"Etre femme en Egypte, au Maroc et en Jordanie" de Alain Roussillon et Fatima Zahra Zryouil

Abir Kréfa de l’Université Aix-Marseille I a publié une note de lecture de cet ouvrage dans Travail, Genre et Sociétés n° 21, Avril 2009, (pp. 200 à 202). Béatrice Borghino, membre actif du réseau Genre en Action, réagit à cette notre de lecture afin de nourrir un débat bien au-delà de cet ouvrage. Elle pose des questions cruciales : Dans l’intérêt de qui les "classes" (et les clans) de femmes et d’hommes s’engagent-elles/ils ? En faisant "pour soi", faisons nous aussi pour d’autres ? A quelles conditions ?

"Etre femme en Egypte, au Maroc et en Jordanie", de Alain Roussillon et Fatima Zahra Zryouil, Editions Aux lieux d’Etre, Paris/Le Caire/Rabat, 2006, 144p.
Présenté par une note de lecture de Abir Kréfa, Université Aix-Marseille I
Note parue dans Travail, Genre et Sociétés n° 21, Avril 2009, (pp. 200 à 202)

Co-écrit par des spécialistes de l’histoire contemporaine du monde arabo-musulman, ce livre pointe dans l’introduction "les difficultés de nommer l’objet analysé [.....] et attire l’attention sur les risques d’une double essentialisation, celle du "monde arabo-musulman" et celles des "femmes", deux catégories extrêmement hétérogènes".
Chacun des chapitres est consacré à un des trois pays.
"Au Maroc comme en Egypte, les premiers "féministes" ont été des hommes, pour qui il s’agissait moins toutefois de libérer les femmes de la tutelle masculine, que d’élargir le champ de leurs droits et de leurs activités, afin d’en faire de bonnes mères et des épouses convenables pour les membres d’une élite masculine indigène, dont la formation apparaissait comme l’une des conditions de libération de la domination coloniale. Cependant, lorsque les premières femmes commencent, comme en Egypte dans les années 20, à apparaître publiquement et à revendiquer elles-mêmes leurs droits, la légitimité de leur démarche est très vite remise en cause par les membres de l’élite masculine nationaliste".
........
Au Maroc, la réforme du statut personnel est devenue, à partir du début des années 1990, la revendication principale des féministes marocaines, ce qui n’était pas le cas des premières féministes des années 50. "Issues de l’élite monarchique et disposant, par conséquent, des ressources sociales leur permettant d’être protégées des dispositions les plus inégalitaires du droit musulman au travers du contrat de mariage, les premières féministes marocaines se sont désintéressée de cette question. C’est seulement après que les femmes se soient confrontées aux difficultés d’occuper des positions de pouvoir au sein des partis de gauche, à partir des années 1970, et se soient heurtées à la contradiction entre leurs droits civiques qui les plaçaient, théoriquement, à égalité avec les hommes et leurs droits personnels qui les maintenaient sous tutelle masculine, que la réforme de la Moudawana est devenue leur cheval de bataille".
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"En Jordanie, depuis le début des années 1990, c’est la question féminine que les islamistes jordaniens ont choisie pour marquer leur différence avec le régime hachémite, dont l’engagement "féministe" est à la fois un moyen de contenir les revendications féministes dans les limites qu’il juge acceptable et un terrain de légitimation externe. Inversement, pour les islamistes jordaniens, la question des relations entre les genres représente une stratégie de délégitimation du régime, destinée à pointer son inféodation aux Etats Unis".
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"Les auteurs s’interrogent également sur le faible rendement des mobilisations féministes dans les trois pays. C’est, selon eux, l’inscription des féministes dans des logiques élitistes qui en fournirait l’explication. Tournées vers l’objectif d’accès à des positions de pouvoir, dans la haute administration et sur la scène politique, leurs mobilisations se feraient souvent au détriment d’intérêts plus larges susceptibles d’améliorer les conditions appartenant aux catégories populaires et moyennes [......]."

La note de lecture se termine, non par une remise en cause du principal de ces points d’analyse, mais par un appel à plus de nuances et de précisions à partir de la composition sociologique des différents groupes évoqués : en ce qui concerne l’excision en Egypte ou les "crimes d’honneur" en Jordanie, par exemple, les groupes de femmes des classes populaires, moyenne ainsi que les couches les plus défavorisées sont concernées.

Voir aussi le forum de discussion à ce sujet

Béatrice Borghino
Intervenante en France et en Algérie

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