Faire traverser la loi des livres à la rue

Chansoda Phonetio vient du Laos. Une des rares Asiatiques présentes à la conférence sur le genre de l’OIF. Discrète mais tenace, elle écoute, prend des notes, prend acte des bonnes pratiques et leçons apprises de ses homologues africaines ou québécoises. Elle reste convaincue, que deux stratégies se combinent : le soutien aux organisations de femmes et la sensibilisation des hommes, au pouvoir.

Tailleur rose entrelacé de beige, voix presque secrète, œil vif, Chansoda Phonetio, Directrice de la Commission Laotienne de l’avancement des femmes, parle avec passion de son engagement pour les droits des femmes dans son pays auprès de ses homologues francophones. « Je veux collaborer avec d’autres partenaires francophones hors du Laos afin d’apprendre d’elles », martèle-t-elle.

Rappelant l’histoire du Laos et de sa colonisation, française, elle explique son attachement politique mais aussi personnel. Politique, car les organisations des pays voisins, la Malaisie, la Thaïlande…, n’utilisant pas la même langue, n’ont pas les mêmes approches. Personnellement, car trois générations auparavant, toute sa famille était française, et petit à petit, les couples se sont métissés. Maurice, Jacques, André, Lucien, Bruno… sont ses ancêtres comme Madeleine ou Suzanne. Cette langue, qu’elle comprend mais ne parle pas, est devenue son repère politique.

Soutenir les femmes et interpeller les hommes

Revenant aux enjeux qui l’ont amenée à participer à la conférence de l’OIF Du dire au faire, elle explique que son pays connaît deux mécanismes nationaux, est bien armé « stratégiquement », mais reste sur la question « Comment concrétiser ». Bien que le Laos ait signé la Déclaration de Paris et celle de Luxembourg, et donc obligé d’en appliquer les termes, l’égalité entre les hommes et les femmes est loin d’être effective. Néanmoins, le Laos, comparativement à ses voisins asiatiques, n’est « pas si mal placé en matière d’égalité hommes/femmes ».

Pourtant, les femmes y occupent très peu de postes de décision – seulement 25% de femmes au Parlement – si bien que les changements en termes de genre n’avancent pas. Chansoda Phonetio explique alors qu’il existe deux stratégies : celle qui s’adresse aux femmes afin de renforcer leurs initiatives en faveur de l’égalité et celle qui interpelle les hommes au pouvoir qu’il est impératif de conscientiser. Ces deux approches se complètent parfaitement. Par exemple, en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, qui se présente en tête des priorités nationales, le niveau des besoins urbains et ruraux est tellement différent, qu’il est nécessaire de s’adapter et de faire jouer les différents acteurs là où ils sont le plus efficaces.

Tout reste à faire

Chansoda Phonetio a traversé deux continents pour faire son marché dans les bonnes pratiques du monde. « Nous avons besoin de budget, plus que nous n’en avons. Nous avons tellement d’activités à mettre en œuvre », affirme-t-elle. Et d’ajouter, « Les lois sont dans les livres mais pas dans la rue ».

Joelle Palmieri
Unité genre de l’OIF
joelle.palmieri chez gmail.com

Source : Etudes féministes

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