Femmes et Démocratie participative : quelle leçon tirée du succès rwandais en la matière ?

La démocratie participative est une nouvelle forme de démocratie où l’accent est mis sur l’engagement actif de tous les citoyens et citoyennes à tous les niveaux de la gestion des affaires publiques pour l’intérêt national. Son objectif est de favoriser une pleine participation de tous les citoyens au processus démocratique. Par Massan d’ALMEIDA

La démocratie est une « doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens ». (1) Le mot ‘démocratie’ désigne le pouvoir du plus grand nombre ou le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Il existe plusieurs formes de démocratie :

- la démocratie directe : où le peuple exerce directement sa souveraineté ;

- la démocratie représentative : où le peuple élit des représentants ;

- la démocratie électorale ;

- la démocratie d’opinion ;

- la démocratie parlementaire ;

- la démocratie présidentielle ;

- la démocratie socialiste ;

- la démocratie libérale ;

- la démocratie chrétienne : inspirée par la morale sociale chrétienne, un mouvement politique qui s’est développé en Europe à la fin du XIXe siècle et qui s’inspire de la doctrine sociale de l’Eglise catholique ;

- la démocratie populaire : régime à parti unique, reposant sur l’hégémonie du Parti Communiste et sur l’étatisation de l’économie, plus ou moins inféodés à l’URSS et supprimés pour la plupart en 1990.
Les contraires de la démocratie sont : l’aristocratie, la monarchie, l’oligarchie, le fascisme, le totalitarisme. (2)

La démocratie participative est une nouvelle forme de démocratie où l’accent est mis sur l’engagement actif de tous les citoyens et citoyennes à tous les niveaux de la gestion des affaires publiques pour l’intérêt national. Son objectif est de favoriser une pleine participation de tous les citoyens au processus démocratique. C’est pour insister sur l’importance de la participation de l’ensemble des citoyens y compris des femmes à la démocratie que l’Union Interparlementaire a adopté en septembre 1997 une déclaration universelle qui stipule que : « Il ne saurait y avoir de démocratie sans un véritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques où hommes et femmes agissent dans l’égalité et la complémentarité s’enrichissant mutuellement de leurs différences » (3)

Mais malgré les efforts déployés dans ce sens, dans la plupart des pays, plusieurs obstacles entravent toujours la participation effective des femmes à la vie publique et politique. Ces obstacles sont d’ordre socioculturels (éducation de base/socialisation, charges familiales, manque de confiance en soi, analphabétisme, poids des coutumes et traditions, préjugés sociaux, programmes scolaires stéréotypés, mauvaise interprétation de la religion), économiques (pauvreté), juridiques (absence de politiques juridiques en faveur des femmes, dualité entre le droit coutumier et le droit constitutionnel, ignorance, méconnaissance des lois, mauvaise application des lois), politiques (manque d’information et de formation, masculinisation du milieu politique, manque d’ambition) etc.

Comment alors expliquer que malgré tout le Rwanda sur le continent africain fait exception ?

Les facteurs du succès rwandais

En matière d’effectivité de la démocratie participative et de parité dans les instances décisionnelles, le Rwanda est en avance sur tous les pays du monde avec 56,3 % de femmes dans son parlement.

Petit pays d’Afrique centrale avec une superficie de 26 338 km2 et une population d’environ 7 949 000 d’habitants, le Rwanda est depuis 2003, le champion en matière de démocratie participative et de parité avec 48,8% de pourcentage de femmes à son parlement en 2003 et 56,3% aux élections de 2008.

Cependant, il est important de souligner que ce grand succès n’est pas un effet du hasard mais plutôt la résultante d’une série d’actions conjuguées.

Historique du succès rwandais

Le fort pourcentage de la participation des femmes à la vie politique et publique au Rwanda est édifiant compte tenu de son contexte historique particulier. Les rwandaises ont acquis le droit de vote en 1961 en même temps que l’indépendance du pays de la Belgique. En 1965, la première femme rwandaise parlementaire fut élue. Cependant, avant la guerre civile de1990 et le génocide en 1994, la présence des femmes dans la sphère publique rwandaise est marquée par un absentéisme notoire comparable à celle qu’on remarque dans presque tous les pays du monde. Mais au cours de la période de reconstruction après le génocide, les femmes ont joué un rôle actif et déterminant : elles dirigent près du tiers des ménages et occupent des emplois anciennement réservés aux hommes, notamment dans les secteurs du bâtiment et de la mécanique et elles adhèrent massivement aux partis politiques. Elles ont participé activement à l’élaboration de la constitution de 2001 et ont réussi à y faire inscrire le système de quotas qui réserve aux femmes 30 % des postes dans tous les organes de prise de décision et le droit à l’héritage. Elles ont exigé la création d’un Ministère du genre et de la condition féminine et elles ont réussi la création et le fonctionnement des conseils nationaux des femmes, qui constituent un exemple spécifique de la représentation des femmes à chaque niveau du pouvoir (du quartier jusqu’au plus haut niveau national). Les dirigeants politiques du pays n’ont été en reste devant les efforts et les demandes des femmes. Ils leur ont confié des postes de responsabilité et ont inscrit un changement positif en leur faveur dans tous les programmes de développement du pays (4).

Durant la période de transition (1994-2003), la représentation des femmes au parlement (par nomination) a atteint 25,7%. Mais ce fut les premières élections post génocide d’octobre 2003 qui ont favorisé l’ascension des femmes au pouvoir (48,8% des sièges étaient occupées par des femmes).

Quelles leçons tirées de ce succès sans précédent ?

Le succès inédit des femmes rwandaises est le résultat de la mise en place de mécanismes spécifiques qui ont favorisés l’augmentation de la participation politique des femmes. Au nombre de ces mécanismes, nous pourrons citer la garantie constitutionnelle, le système de quota et des structures électorales innovatrices.

Le cadre constitutionnelle

En 2000, le Rwanda a entrepris l’élaboration d’une nouvelle constitution et a établi une commission constitutionnelle de 12 membres dont trois femmes chargée d’élaborer l’ébauche de la constitution et d’organiser des consultations avec la population pour solliciter leur contribution. L’une de ces femmes était une (et la seule) représentante de la société civile. Elle a joué un rôle important au sein de la commission à la fois comme experte en genre et en raison de son lien avec le mouvement des femmes au Rwanda.

Bien que les élites politiques ont contrôlé le contenu et le processus des consultations avec la population rwandaise dont la majorité est illettrée, sa nature participative a permis aux femmes et aux organisations de femmes d’y faire des contributions importantes et de s’assurer que l’égalité devienne la pierre angulaire de la nouvelle constitution. Réunies sous l’organisation chapeau « Collectifs Pro-Femmes/ Twese Hanwe », les ONG rwandaises ont beaucoup influencé le processus à travers une coordination prudente et habile de leurs efforts avec les femmes parlementaires et le Ministère du Genre et des femmes pour le développement.


Le système de quota et des structures électorales innovantes

Votée en 2003, la nouvelle constitution exhibait un engagement ouvert à l’égalité des sexes et elle garantit aux femmes 30% des postes dans les organes de prise de décision. Elle a augmenté de façon exponentielle le nombre des sièges réservés aux femmes dans toutes les structures gouvernementales.

Le Sénat
Sur les 26 membres du Sénat élus ou nommés pour un mandat de 8 ans, les femmes comme l’indique la constitution occupent 30% des sièges.

Le parlement

Le parlement rwandais est composé de 80 députés élus pour un mandat de 5 ans dont 53 sont directement élus à travers un système de représentation proportionnelle. Le reste des sièges (27) est disputé comme suit : 24 (30%) députés sont élus par les femmes de chaque province et de la capitale, Kigali ; 2 députés sont élus par le Conseil National de la Jeunesse ; et un député est élu par la Fédération des Associations des Handicapées.

Il faut souligner que les 24 sièges parlementaires qui sont réservés aux femmes sont disputés dans des élections exclusivement féminines ; c’est-à-dire que seule une femme peut se porter candidate pour ces élections, et seules des femmes peuvent voter. L’élection pour les sièges des femmes sont coordonnées par le système national des Conseils des Femmes et ont lieu au cours de la même semaine que les élections générales. En 2003, cela a permis aux femmes de gagner en plus des 24 sièges qui leurs étaient réservés, 15 sièges additionnels dans les élections générales totalisant 39 sièges sur les 80, soit 48,8%.

Les Conseils des femmes
Les Conseils des femmes sont des structures communautaires élues au niveau des cellules (la petite unité administrative) uniquement par des femmes et ensuite à travers une élection indirecte à chacun des niveaux administratifs successifs (secteur, district, province). Ils opèrent parallèlement avec les conseils locaux généraux et représentent les points de vue des femmes. Ces conseils de 10 membres assurent au niveau local le renforcement des capacités et la sensibilisation sur les droits des femmes. La présidente du Conseil des femmes occupe un siège réservé au Conseil local général afin d’assurer la représentation officielle des points de vue des femmes et le lien entre les deux systèmes.
Ces conseils de femmes sont très importants au Rwanda en terme de décentralisation, favorisent l’engagement citoyen des femmes à la base et permettent de combler les sièges parlementaires réservés aux femmes, même si le manque de ressources les empêche de maximiser leur impact et d’être actifs à travers tout le pays. (5)

CONCLUSION

La démocratie participative est une nouvelle forme de démocratie où l’accent est mis sur l’engagement actif de tous les citoyens et citoyennes à tous les niveaux de la gestion des affaires publiques pour l’intérêt national. Son objectif est de favoriser une pleine participation de tous les citoyens au processus démocratique. Elle constitue une stratégie efficace de promotion de l’égalité de sexe certes, en raison de son insistance sur l’égale et effective participation de tous les citoyens, mais encore faut-il que les mesures appropriées soient prises pour que les obstacles qui entravent l’engagement citoyen des femmes soient ôtés et que les femmes elles-mêmes décident aussi de s’engager réellement et d’apporter leur contribution à la construction de leur pays.

Le courage, la détermination et le succès des femmes rwandaises est un exemple et un encouragement pour nous femmes de tous les pays d’Afrique et d’ailleurs. Elles ont fait et font encore des efforts pour avoir des capacités leurs permettant d’occuper les postes les plus importants du pays. Elles ont réussi à construire au-delà de leur affinité politique et ambition personnelle, une véritable solidarité et alliance féminine pour porter haut les préoccupations féminines, défendre leurs droits en tant que femmes et revendiquer leur place en tant que citoyenne dans les organes de décision et dans tous les secteurs de la société.

Références

1. Le Petit Robert Grand Format, Paris, 2006
2. Massan d’ALMEIDA, Démocratie par le partenariat entre hommes – femmes in « Genre – Gouvernance – Accès Des Femmes Au Pouvoir » AFARD Togo, 2004
3. La déclaration a été adoptée par l’UIP en septembre 1997. Le texte se trouve sur le site Web de l’UIP à
4. Emeline UWIZEYIMANA, La participation politique des femmes en Afrique francophone : « Cas du Rwanda »
5. Elizabeth Powley, Rwanda : Women Hold Up Half the Parliament in Women in Parliament : Beyond numbers, A revised edition, IDEA, 2005

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