Femmes et conflits armés : la commission de consolidation de la paix sollicitée

Devant le Conseil de sécurité réuni le 26 octobre pour une séance publique sur les femmes, la paix et la sécurité, des espoirs ont été placés dans la Commission de consolidation de la paix et l’accent mis sur l’abrogation des lois discriminatoires à l’égard des femmes, préalable à la modification des comportements.

New York, Oct 26 2006 4:00PM

« La Commission de consolidation de la paix pourrait promouvoir l’égalité et aider les gouvernements nouvellement formés à comprendre l’étendue du concept de démocratie, qui doit composer avec l’action de la société civile » a déclaré aujourd’hui Carolyn McAskie, Sous-Secrétaire générale du Bureau d’appui à la consolidation de la paix.

Elle a annoncé que cet organe intergouvernemental dont la création a été décidée au Sommet mondial de 2005 s’efforcera de développer des stratégies et des partenariats, notamment avec la société civile, en vue d’améliorer le statut des femmes, comme cela a été le cas lors des premières réunions consacrées au Burundi et à la Sierra Leone.

« La Commission doit aussi veiller à ce que la consolidation de la paix soit toujours durable, notamment en s’efforçant de garantir que les femmes ne soient plus l’objet de discriminations », a-t-elle affirmé. La résolution 1325 (2000) peut être l’un des instruments pour parvenir à atteindre un tel objectif, a-t-elle souligné.

La résolution du Conseil de sécurité demandait au Secrétaire général « d’étudier les effets des conflits armés sur les femmes et les petites filles, le rôle des femmes dans la consolidation de la paix et la composante femmes des processus de paix et de règlement des différends ». Elle demandait aussi entre autres à tous les Etats Membres d’adopter des mesures garantissant la protection et le respect des droits fondamentaux des femmes et des petites filles, en particulier dans les domaines de la constitution, du système électoral, de la police et du système judiciaire.

Le Fonds de consolidation de la paix, a poursuivi Carolyn McAskie, doit permettre de fournir une partie des ressources nécessaires en vue de renforcer les capacités nationales des États qui auront été autorisés à en bénéficier. Elle a enfin souhaité un rôle accru des femmes au sein du système des Nations Unies, et particulièrement au sein du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP), pour assurer la mise en oeuvre des dispositions de la résolution 1325 (2000).

Enfin, a conclu la Sous-Secrétaire générale, « pour permettre à la Commission de réussir, les gouvernements devront se consulter pour amender leurs législations en vue d’assurer l’égalité entre les sexes et la participation des femmes à la vie politique ».

Prenant la parole à sa suite devant le Conseil de sécurité, Rachel Mayanja, Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a indiqué qu’elle « comptait beaucoup sur la toute nouvelle Commission de consolidation de la paix, pour mettre l’accent sur les perspectives touchant à l’égalité des sexes dans les processus de paix ».

De la République démocratique du Congo, au Soudan et de la Somalie au Timor-Leste, les femmes continuent d’être exposées à la violence, prises pour cibles par les parties en présence et marginalisées dans les processus formels, a-t-elle déploré. Par ailleurs, « même lorsque la volonté politique est présente au sommet et qu’à la base les organisations de femmes sont actives, de nombreux États sont souvent hésitants à aller à l’encontre des valeurs établies dans les sociétés qui sont souvent patriarcales », a-t-elle dit.

Dans la même veine, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, s’est félicité de ce que, depuis la tenue de la dernière réunion du Conseil de sécurité sur la question, une femme ait été élue à la tête du Libéria, dont le gouvernement a adopté une loi contre le viol, et que les législations de pays comme la Sierra Leone aient été amendées en vue d’améliorer la condition des femmes.

« Mais ce n’est pas suffisant de faire en sorte que les femmes soient élues, comme en Afghanistan, où elles sont dignement représentées au sein de la Chambre basse, il faut encore leur donner les moyens d’exercer leurs prérogatives », a dit Jean-Marie Guéhenno. S’agissant de la discrimination au niveau juridique, il a cité notamment nombre de pays africains, où la transmission de l’héritage, soumise à des lois coutumières, continue de poser problème.
Enfin, sur la question fondamentale de la sécurité, Noeleen Heyzer, Directrice exécutive du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), a souligné que la sécurité physique des femmes devait être assurée dans les processus de consolidation de la paix. « Souvent les femmes sont sous la menace d’assassinat lorsqu’elles défendent leurs droits », a-t-elle dénoncé, « or il arrive que l’armée et la police soient elles-mêmes à l’origine de la violence ».
Jean-Marie Guéhenno avait lui aussi rappelé qu’en Afghanistan par exemple, les attaques contre les établissements scolaires se multiplient alors que les jeunes filles essaient d’améliorer leur éducation, tandis qu’au Darfour, elles sont l’objet de violences sexuelles lorsqu’elles sortent chercher du bois ou de l’eau. « La justice pour les femmes est aussi un point fondamental, en particulier la mise en oeuvre d’une législation égalitaire », a ajouté Noeleen Heyzer. « Souvent, le viol est considéré comme un crime mineur ». Mme Heyzer a cité le Kosovo où les femmes souvent ne parviennent pas à obtenir réparation en dépit des promesses qui leur ont été faites.

En outre, la loi coutumière prévaut souvent dans les pays sortants de conflit et celle-ci tend à perpétuer la domination d’un sexe sur l’autre, a-t-elle estimé. Citant le philosophe français Montaigne, Mme Heyzer a expliqué que « les femmes n’avaient pas tort de rejeter les lois les concernant, celles-ci ayant été faites par les hommes sans les consulter ».

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Source  : Liste Attac Genre

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