Fiche technique : les principes fondamentaux de l’approche genre et développement

Cet article a été rédigé par Lydia Rouamba. Titulaire d’un Ph.D en sociologie, elle a travaillé comme spécialiste genre dans deux projets de coopération bilatérale, a été consultante du bureau pour l’égalité entre hommes et femmes du BIT. Elle a également dirigé le projet Femmes et Filière Karité CECI/UNIFEM. Sa thèse de doctorat a porté sur la participation politique des femmes au Burkina.

Objectif visé par ce texte

Je soumets le présent texte pour bénéficier des critiques des expertes et experts genre d’horizons divers. En général, les formateurs et formatrices en genre retiennent les quatre principes suivants comme étant les fondements de l’approche genre : le concept social, les concepts égalité/équité, le concept pouvoir, les limites du développement. J’aimerais avoir des critiques et commentaires avisés sur le texte ci-dessous que je propose. Je vous remercie.

Fiche technique : Les principes fondamentaux de l’approche genre et développement

En rappel, c’est en réaction aux impacts limités des approches Intégration des femmes dans le développement (IFD) et Femmes et Développement (FED) qui se centrent sur les femmes et n’examinent pas, ni ne remettent pas en cause la division sociale des sexes, qu’est née l’approche Genre et Développement. Développée par des chercheures du Sud, les principaux fondements qui la sous-tendent sont :

La remise en cause du déterminisme biologique  : Rejetant le déterminisme biologique pour expliquer l’état de subordination dans lequel sont cantonnées les femmes, l’approche GED postule que les rapports entre les sexes sont des rapports socialement construits, c’est-à-dire établis par les humains et peuvent, de ce fait, être changés pour le bien-être des femmes et des hommes. Pour l’approche GED, les rôles et les relations sociaux de sexe sont déterminants. Chaque personne se comporte selon ce que la société attend d’elle en fonction de son âge et de son sexe. Ce ne sont donc ni des déterminismes physiologiques et intellectuels qui justifient la domination des hommes sur les femmes.

L’égalité des sexes/l’équité entre les femmes et les hommes L’approche GED se caractérise par l’omniprésence du souci d’équité, d’inclusion afin que hommes et femmes jouissent équitablement des fruits du développement. Elle vise à donner des chances égales aux hommes et aux femmes bénéficiaires d’un projet, d’une activité.

  • L’égalité fait référence à l’égalité de chances, de droits, d’opportunités, d’influence entre hommes et femmes dans l’accès et le contrôle des ressources disponibles. L’égalité ne signifie pas que les femmes et les hommes sont identiques mais que les besoins et aspirations des femmes et des hommes sont promus sur un pied d’égalité.
  • La démarche d’équité vise à corriger des inégalités de départ pour donner les mêmes chances et les mêmes opportunités aux femmes et aux hommes dans une action, une situation. Les mesures de discrimination positives, notamment l’adoption de quotas pour l’un ou l’autre sexe dans un domaine donné participent des mesures d’équité. L’équité mène à l’égalité.

La participation de tous, hommes comme femmes à la prise de décision, au pouvoir (Le renforcement du pouvoir des femmes et des groupes défavorisés ou empowerment). L’approche genre questionne la structure sociale. Elle met en lumière que les relations de pouvoir inégales entre hommes et femmes constituent un frein au développement des différentes sociétés et veut le résoudre, en donnant notamment plus de pouvoir et plus de possibilités aux femmes. Pour cette approche, « [l]a participation égale des femmes et des hommes à tous les aspects de la société est fondamentale pour la croissance durable et la démocratie. » (Commission européenne, Guide EQUAL de l’intégration de la dimension de genre).

Notons aussi que l’approche GED ne vise pas seulement à dénoncer et à transformer les inégalités basées sur le sexe, elle s’attaque également à d’autres inégalités fondées sur la culture, la race, l’ethnie, etc.

Nous retiendrons que le pouvoir est un mot très courant qui fait référence à l’autorité, la puissance, de droit ou de fait détenue sur quelqu’un-e ou quelque chose. Il est à la fois interaction et domination structurelle. L’approche GED distingue quatre types de pouvoir :

  • Le pouvoir qui s’exerce sur une personne ou un groupe de personnes : ce pouvoir est source de divergences, de conflits de volontés et d’intérêts entre deux ou plusieurs acteurs ou actrices. Le pouvoir, dans ce cas, est une relation dans laquelle chacun-e des acteurs et des actrices va chercher à maximiser sa marge de manœuvre et minimiser celle de l’autre ou des autres. Il est donc l’enjeu de stratégies de personnes ou groupes de personnes dans des positions sociales inégales.
  • Le pouvoir avec : ce pouvoir fait appel aux compétences d’une tierce personne. C’est le cas de personnes qui s’unissent pour une cause. L’adage populaire qui dit que l’union fait la force exprime bien la nature de ce pouvoir.
  • Le pouvoir de ou « Empowerment » : c’est la capacité de comprendre, de faire/créer, de réagir. C’est un pouvoir qui rend apte à faire face aux différentes situations rencontrées en société.
  • Le pouvoir intérieur (qui s’exerce intérieurement) est d’ordre spirituel et développe l’esprit d’acceptation de soi et d’autrui

La transversalité. L’Approche GED considère que la problématique des rapports sociaux de sexe (rapports hommes-femmes) intervient dans tous les domaines, tous les secteurs et concerne les catégories sociales et que le genre, doit en conséquence, être pris en compte dans toute politique de développement, dans toute action.

En conclusion, de part ces principes, l’approche du genre constitue à la fois « un concept sociologique analysant les modalités des rapports sociaux entre femmes et hommes et leur caractère inégalitaire ; [et] un objectif politique de mise en œuvre des droits humains fondamentaux. » (Adéquations.org : Fiche 2 : « De l’approche "femmes dans le développement" à "genre et développement )

Bibliographie
Adéquations.org : Fiche 2 : « De l’approche "femmes dans le développement" à "genre et développement », novembre 2009.
Comité Québécois Femmes et Développement (CQFD) 2004. Trousse de formation genre et développement, « s. l. », Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), 148 p.
Commission européenne, Commission européenne, Guide EQUAL de l’intégration de la dimension de genre. Luxembourg : Office des publications officielles des Communautés européennes
2005 — p.7
Rouamba, P.I.Z. Lydia. « Le cadre théorique et conceptuel ainsi que la démarche méthodologique. » Chap in La participation des femmes à la vie politique au Burkina (1957-2009). Thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, Montréal, 2011, p.134-182

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Cet article a été rédigé par Lydia Rouamba. Titulaire d’un Ph.D en sociologie, elle a travaillé comme spécialiste genre dans deux projets de coopération bilatérale, a été consultante du bureau pour l’égalité entre hommes et femmes du BIT.

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