Flash-back sur le Parlement des religions mondiales de 2009

En décembre 2009, la ville de Melbourne en Australie a accueilli le Parlement des religions mondiales, instance mondiale de dialogue entre différentes confessions. Soeur Joan Chittister qui défend depuis de longues années la paix, les droits humains et l’égalité entre les sexes a assisté aux réunions du Parlement et s’est entretenue avec l’AWID (Association pour le Droit des Femmes et le Développement) pour expliquer l’importance que revêtent les travaux du Parlement pour les femmes.

Par Masum Momaya

- AWID : Quel a été, pour vous, l’élément principal du Parlement ?
S.J.C. : Le Parlement des religions mondiales est une icône vivante dans laquelle nous plaçons toutes nos espérances. Il représente un diorama de personnes issues de tous azimuts qui représentent toutes un visage différent du Divin, qui sont toutes unies dans la sainteté, dans un engagement commun à l’égard de la communauté humaine toute entière, et qui se reconnaissent toutes comme Un en Dieu. Ceci est pour moi le message essentiel. Assister à ces vagues de bonté qui parcouraient le hall principal et les salles du Centre de conférences de Melbourne a été pour moi une espèce de vision spirituelle. Et cette vision réaffirme la certitude que les guerres religieuses sont à la fois une abomination et une impossibilité et que le Parlement est une instance sainte et nécessaire pour évoluer vers un avenir libre de guerres de religion ou d’oppression théocratique.

- AWID : Avez-vous quelques « regrets » en termes du dialogue tenu ?
S.J.C. : J’ai participé à un panel sur le thème « Envie sacrée. » Chacun des membres du panel a été invité à décrire ce qu’il aime de sa propre religion et de celle des autres. Ensuite, chacun pouvait demander à l’autre ce qui l’ennuyait le plus de n’importe quelle autre religion représentée à cette réunion. Entendre les intervenants poser des questions réelles relatives, par exemple, à la liberté religieuse dans les états théocratiques ou sur le rapport entre la religion et la politique, ainsi que les réponses formulées en profondeur et sans hostilité a été une expérience unique. Cela prouve qu’un débat interconfessionnel réel est possible lorsque les intervenants s’expriment de façon ouverte et honnête sur les conflits de la foi plutôt que de se défendre ou de condamner les positions de l’autre. Ce débat a également montré le rôle important que des personnalités religieuses sont appelées à jouer dans un État moderne.

- AWID : Les « questions féminines » avaient fait partie des programmes des parlements antérieurs et le parlement de 2009 a abordé le thème du « leadership des femmes ». Comment évaluez-vous l’attention portée à la question des femmes, de l’(in)égalité entre les sexes et des droits des femmes dans ce parlement 2009 ?
S.J.C. : Sincèrement, j’ai été agréablement surprise par le fait que le Parlement a une idée très précise de l’importance des questions féminines et de leur rôle dans la définition d’une conscience religieuse authentique. Laisser le rôle spirituel et l’importance de la dimension féminine de la vie en marge de notre développement théologique et notre pratique religieuse reviendrait à n’avoir qu’une conscience partielle de la plénitude du Divin. La reconnaissance de ce fait par le Parlement a été prophétique. Nous devons aujourd’hui analyser si les femmes sont réellement valorisées par les grandes traditions religieuses de la société, et tenter d’expliquer pourquoi les femmes représentent deux tiers de la population pauvre, deux tiers de la population qui a faim et deux tiers de la population analphabète du monde entier. Quels sont les éléments, dans la religion, qui étayent ce type de négligence ?

- AWID : Pensez-vous que le rôle des communautés confessionnelles qui posent la question de l’égalité de genre s’est accru au cours des dernières années ?
S.J.C. : Malheureusement, je ne suis pas sûre que les communautés confessionnelles aient, dans la plupart des cas, été réellement à la base de l’égalité de genre dans la société contemporaine. Toutes les textes sacrés attestent de l’égalité et de la valeur spirituelle des femmes mais aucune institution religieuse ni critique sociale formulée par celles-ci n’a réellement aidé les femmes au cours des siècles écoulés. La religion devrait être le fer de lance du combat pour l’égalité de genre, mais il arrive trop souvent que ce soient les institutions séculières qui président à l’évolution des consciences. Par ailleurs, il apparaît que, là où les femmes ont assumé des rôles de leaders spirituels et de ministres dans la hiérarchie religieuse, la religion et la société ont connu toutes deux une évolution rapide et positive. Le rôle joué par les femmes dans la religion rend compte de son authenticité. À l’inverse, lorsque les organisations religieuses excluent les femmes des débats, de la planification et de la participation, elles font de Dieu le seul sexiste absolu de la planète.

- AWID : Le parlement inclut un nombre important de femmes qui représentent des communautés autochtones et des communautés du Sud global. Comment évalueriez-vous le statut de l’équilibre Nord - Sud en termes de participation, de dialogue et de planification des agendas ?
S.J.C. : Le Nord et l’Occident déterminent l’agenda religieux depuis des siècles. C’est pourquoi une partie importante de la spiritualité a été perdue, réprimée ou ignorée. Le monde religieux du Nord et de l’Occident est très organisé et fortement institutionnalisé. Son influence a été écrasante dans le monde entier. L’heure est peut-être venue d’écouter et d’apprendre, autant que d’enseigner et de présenter comme modèle.

- AWID : Un des objectifs du Parlement était de se pencher sur le rôle des communautés religieuses face au changement climatique. À votre avis, dans quelle mesure cet objectif a-t-il été réalisé ?
S.J.C. : L’importance accordée cette année par le Parlement à « l’éthique climatique » était opportune, importante et fidèle aux idéaux de création consacrés dans chaque religion. Ceci a permis de donner au Parlement une légitimité dans une société contemporaine qui a été absente depuis trop longtemps de la religion dans toutes les parties du monde. Nous nous rencontrons pas en tant que Parlement pour nous complaire dans nos rituels et nos lectures. Nous nous rencontrons pour nous exprimer d’une seule voix, en tant que témoins spirituels des besoins de la communauté humaine. L’agenda de cette année constitue la preuve vivante et lumineuse de ce désir.

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Source : AWID

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