Formation en genre, Burkina Faso (avril 2015)

L’Institut Supérieur des Sciences de la Population (ISSP) de l’Université de Ouagadougou avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA/Burkina Faso) a organisé une formation régionale en genre du 13 au 25 avril 2015.

Cette formation a eu pour but de favoriser la prise en compte de la problématique genre dans l’enseignement, la recherche, les politiques, les programmes et projets de développement. Elle a regroupé une quinzaine de cadres, de décideurs et d’acteurs travaillant dans les domaines de la population, de la santé, de l’éducation, de la réduction de la pauvreté et du développement, venu-e-s de plusieurs pays d’Afrique.

Claudy Vouhé, co-fondatrice de Genre en Action, présidente de 2009 à 2014 et experte en genre et développement a animé une conférence inaugurale, intitulée "Faut-il genrer pour vivre ou vivre pour genrer ? ou ce que j’ai appris pendant 25 ans d’immersion dans le domaine du genre et du développement".


Le présidium à l’ouverture des travaux. De g. à d. : Claudy VOUHE, Jean-François Kobiané, directeur de l’ISSP, et Bilampoa Gnoumou, coordonnatrice de la formation.

Féministe, Claudy VOUHE l’est devenue au fil des ans, à travers ses expériences personnelles et professionnelles, tantôt actrice tantôt témoin de « situations » qui l’ont amenée à se battre pour un projet de société basé sur l’égalité réelle des femmes et des hommes. Claudy VOUHE prône un féminisme qui défend le respect de l’altérité, la liberté des choix personnels et la justice sociale pour toutes et tous.

Faut-il vivre pour genrer ? Oui, on ne naît pas sensible au genre. La vie, notre conscience sociale et politique nous mettent face à des inégalités, il faut être à l’écoute et réagir. Tout le monde contribue au système, tout le monde peut le faire changer. Pour Mme VOUHE, l’égalité des femmes et des hommes est une affaire personnelle et collective. Elle est aussi éminemment politique. Ainsi, pour aboutir à des solutions durables en matière de genre, la conférencière a appelé, entre autres, à une volonté politique affichée et à un engagement militant des organisations. Elle invite aussi chaque acteur à faire de la question du genre une affaire de conviction, et recommande que l’approche genre ne soit pas seulement méthodologique mais soit perçue sous l’angle d’une lutte sociale.

Faut genrer pour vivre ? Sans aucun doute ! Les inégalités femmes-hommes tuent, humilient, dévalorisent les femmes, de par le monde. Les hommes sont aussi prisonniers des conventions sociales. Travailler aux changements des relations inégales entre les femmes et les hommes peut sauver des vies, mais aussi rendre la vie des femmes et des hommes plus riche en ouvrant des espaces de liberté favorables pour toute la société. « Conquérir des droits pour les femmes est essentiel, mais pas suffisant. Il faut changer le regard que la société pose sur les femmes et les hommes, et déconstruire les systèmes qui soutiennent la hiérarchie entre les sexes ».

Du haut de ses 25 ans d’expérience, Claudy VOUHE constate que les programmes de développement exigent la prise en compte du genre dans leurs conditionnalités. « On s’est battu-e-s pour ça, donc tant mieux si c’est maintenant le cas ». Le problème, c’est la « monétarisation » des questions de genre. Alors que de nombreuses femmes (mais de plus en plus d’hommes rejoignent la lutte) travaillent dans le domaine du genre sans en tirer de revenus et tentent de faire vivre des associations militantes, le domaine du genre devient un marché où de nouveaux acteurs viennent au genre « pour vivre ». L’essence du genre se dilue (la notion de pouvoir en particulier), le genre devient mécanique alors que la question doit rester politique, rappelle Claudy VOUHE. Pour cela, il faut que les associations militantes féminines et féministes et les structures (de recherche notamment) vraiment motivées aient les moyens techniques et financiers de travailler. Le sujet est trop grave pour être laissé à des organisations ou personnes attirées par la seule possibilité de « genrer pour vivre », a conclu la conférencière.

En savoir + : http://www.issp.bf/

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