Genre et VIH/SIDA

Un panorama par Bridge

La traduction française de ce Cutting Edge Pack "Gender and HIV/AIDS" de Bride est téléchargeable. Il montre que le risque du VIH n’est pas seulement conditionné par les inégalités entre les sexes ; il aggrave cette inégalité, exposant les femmes, les hommes et les enfants à un risque accru.

Résumé

Le virus VIH/SIDA n’est pas seulement conditionné par les inégalités entre les sexes ; il aggrave cette inégalité, exposant les femmes, les hommes et les enfants à un risque accru. La caractérisation et la stigmatisation des populations « à risques » sous diverses catégories : hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, travailleurs du sexe et toxicomanes, n’a que récemment été contredite par le taux d’infection croissant des personnes présumées « sans risques », dont les femmes mariées et dans leur maturité. Les relations hétérosexuelles sont devenues le facteur de risque dominant. Près de 50 % des personnes atteintes du VIH et du sida seraient aujourd’hui des femmes. Les femmes, en tant qu’individus et dans leurs rôle sociaux de mères et de pourvoyeuses de soins, accusent un taux d’infection nettement supérieur et disproportionné par rapport à celui des hommes.

Causes et conséquences

Les approches traditionnelles, à dominante sanitaire, ont été et demeurent inadaptées, ignorant les dimensions sociales, culturelles, économiques et les aspects relatifs aux droits humains. Mettre l’accent sur les droits sexuels et reproductifs des femmes et des hommes est une mesure de correction importante. Il faut cependant un cadre de droits humains élargi, abordant l’ensemble des inégalités qui permettent au VIH/SIDA de progresser – dont la pauvreté – et qui reconnaisse les droits des personnes infectées par des voies de transmission non sexuelles. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) offre un tel cadre. Un autre instrument utile est la Déclaration des droits de Barcelone sur les femmes et le VIH-SIDA (‘Women and HIV/AIDS : The Barcelona Bill of Rights’ (juillet 2002)) qui inclut, entre autres, le droit à l’égalité, à l’indépendance économique et à l’éducation.

Le rejet, la culpabilité et la stigmatisation attachés au VIH ont empêché toute discussion ouverte, différé l’adoption de mesures efficaces et accablé un peu plus les personnes vivant avec le VIH et le sida. La sexualité des femmes, en particulier, est souvent stigmatisée et frappée d’interdits. La construction sociale de la sexualité – le droit « moral » des individus (gays, jeunes, personnes handicapées, ou qui ne sont plus en âge de procréer notamment) à en exprimer une – ne leur permet généralement pas d’accéder à des services et informations adaptés en matière de santé sexuelle.

Dans les relations entre hommes et femmes, c’est l’homme qui est censé décider, les femmes restant passives. Or, deux parties inégales ne peuvent négocier le moment de leurs rapports sexuels, leur fréquence, ni le moyen de se protéger des infections sexuellement transmissibles (IST) et du VIH. La tradition qui légitime la multiplicité des partenaires sexuels chez les hommes et leur prête une plus grande expérience en ce domaine, renforce les risques pour eux-mêmes et pour leurs partenaires, et les dissuade de rechercher des conseils en santé sexuelle.

Le VIH, le genre et la pauvreté entretiennent des rapports complexes. La nécessité de survivre à court terme peut conduire des femmes pauvres à accepter des relations sexuelles et à s’exposer au VIH, hypothéquant ainsi leurs chances de survie à plus long terme. La pauvreté limite également l’accès des individus, hommes et femmes, aux informations en matière de santé sexuelle, aux technologies de prévention et aux traitements. Cependant, du fait des inégalités entre les sexes, hommes et femmes n’ont pas les mêmes expériences de la pauvreté, ni les mêmes capacités d’en sortir. La réduction des budgets sociaux reporte souvent sur les femmes et les filles la charge de s’occuper des parents malades et de faire vivre la famille, à mesure que ses membre tombent malades et disparaissent et que les revenus diminuent. C’est l’une des répercussions invisibles du VIH/SIDA.

Approches

Malheureusement, nombre d’approches en vue de limiter l’expansion et les conséquences du VIH/SIDA ne prennent toujours pas en compte les différences et les inégalités entre les sexes. Certaines ont réaffirmé l’existence d’une passivité féminine et d’une domination masculine dans les décisions en matière de sexe et de reproduction. D’autres ont tenté de répondre aux besoins et contraintes spécifiques des hommes et des femmes, sans remettre en cause le status quo. Les interventions doivent viser le double objectif d’autonomiser les femmes et de transformer les relations entre les sexes.

Il est indispensable de partir des réalités quotidiennes des gens et de leurs priorités. La communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/SIDA (International Community of Women Living with HIV/AIDS (ICW)) cherche à définir ce que veulent les femmes séropositives et le projet Sonagachi, en Inde, soutient les priorités définies par les travailleuses du sexe elles-mêmes, jusqu’à la négociation de rapports protégés avec leurs clients. Ces deux programmes sont menés par les femmes elles-mêmes. Il ne peut y avoir de réelle autonomisation sans une participation véritable des publics concernés à la définition des problèmes et des solutions.

Les hommes et les femmes qui vivent avec le VIH peuvent mener une vie digne et enrichissante si, au lieu d’être stigmatisés, ils ont le soutien de leur société et communauté. Ils doivent pouvoir dire, comme l’a exprimé une femme séropositive de Mexico : « je sais que je suis une femme [un homme] de valeur ». Ces renforcements positifs sont le fruit des efforts concertés d’individus, de communautés, et d’organisations telles que l’ICW.

Cependant, « l’autonomisation » risque de rester au niveau du discours sans une véritable prise en compte des inégalités de pouvoir entre les sexes, aux niveaux personnel, collectif, institutionnel et sociétal. Le rééquilibrage des rapports sociaux de sexe est au cœur de l’approche participative de Stepping Stones en matière de VIH, qui travaille avec des hommes et des femmes sur une programme de renforcement de leurs capacités communicatives et relationnelles. Cette démarche a permis de réduire la violence conjugale et d’améliorer la communication entre hommes et femmes sur les questions de sexualité.

L’inégalité de pouvoir entre les institutions de développement et les publics auxquels elles cherchent à venir en aide doit être remis en cause, pour des approches autonomisantes et transformatrices. Les praticiens du développement doivent s’interroger sur leurs propres préjugés et facteurs de risques face au SIDA, afin d’effacer la barrière artificielle entre « experts » et populations « à risques ». De même, les tendances récentes à travailler uniquement avec des hommes doivent être questionnées, dès lors qu’elles se font au détriment des programmes en direction des femmes ou ciblent les hommes sans répondre aux inégalités sexuelles. L’Instituto PROMUNDO travaille avec succès avec de jeunes « propagandistes » animant un groupe de pairs contre l’acceptation des violences sexospécifiques au Brésil.

La nature complexe et l’ampleur de la pandémie du VIH/SIDA exigent une réponse coordonnée à tous les niveaux, embrassant diverses stratégies comme la provision de services, le renforcement des capacités, la recherche et le plaidoyer, intégrée à l’ensemble des secteurs. En Afrique du Sud, le programme commun d’Oxfam sur le VIH/SIDA (Joint Oxfam HIV/AIDS Programme (JOHAP)) a, par le dialogue et le soutien financier, aidé des organisations partenaires à intégrer une approche du genre et du VIH/SIDA dans l’ensemble de leur travail.

L’efficacité des réponses au VIH/SIDA dépend de notre capacité à répondre aux inégalités qui, à la fois, véhiculent la pandémie et se renforcent à son contact. Nous devons pouvoir débattre ouvertement des questions de sexualité, aborder le problème de l’égalité des sexes dans les relations sexuelles et combattre la stigmatisation et la discrimination auxquelles sont confrontés les malades du sida. C’est aux personnes les plus touchées de délimiter les problèmes et d’identifier les solutions. Par l’action collective à tous les niveaux, du local à l’international, nous pouvons trouver l’énergie de traduire ce défi en action coordonnée.

Résumé de Emma Bell, adapté de l’article principal du bulletin En Bref n°11.

Cliquez ici pour télécharger ce Kit’Actu dans son intégralité.

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