Genre et indicateurs - le Cutting Edge Pack de Bridge en Français

Les instruments de mesure pour une évaluation "genrée" sont limités et mal utilisés, et il est difficile d’apprécier si les
efforts déployés contribuent à la réalisation des objectifs et des engagements en faveur de l’égalité de
genre. Ce Panorama s’intéresse aux approches conceptuelles et méthodologiques, notamment les indicateurs. Il explore les débats et les
bonnes pratiques, des organisations de base aux internationales.

Les évaluations sensibles au genre sont indispensables pour démontrer la nécessité de s’attaquer
réellement aux inégalités entre les hommes et les femmes, améliorer la planification et l’action des
spécialistes agissant ou non dans le domaine de l’égalité des genres, et pour pousser les institutions
à rendre compte de leurs engagements dans ce domaine. Cependant, les instruments de mesure et
les données permettant l’évaluation sont limités et mal utilisés, et il est difficile d’apprécier si les
efforts déployés contribuent à la réalisation des objectifs et des engagements en faveur de l’égalité de
genre. Ce Panorama s’intéresse aux approches conceptuelles et méthodologiques utilisées pour
mesurer les changements dans ce domaine, notamment les indicateurs. Il explore les débats et les
bonnes pratiques, des organisations de base aux niveaux internationaux.

Mesurer : quoi et comment ?
Si l’évaluation est souvent perçue comme un exercice technique, la décision de mesurer les progrès
en matière d’égalité des genres est politique, car ce domaine est souvent considéré comme une
question marginale. La décision de mesurer tel aspect de l’égalité des genres plutôt que tel autre est
également politique. Cela reflète généralement les priorités des responsables politiques plutôt que
celles des femmes et des hommes censés bénéficier de la politique ou du programme concerné (les
« bénéficiaires »). Dans le choix de ce que nous mesurons, nous devons d’abord établir des objectifs
et des buts principaux ; puis, en second lieu, identifier les changements nécessaires pour les
atteindre ; enfin, en troisième lieu, choisir le type d’indicateurs qui nous permettra une mesure
optimale des progrès en direction des changements visés. Il reste ensuite à envisager quelles
méthodes d’évaluation utiliser et quel type de données collecter. Les « chiffres bruts » issus des
méthodes quantitatives sont cruciaux pour démontrer la nécessité de lutter contre les disparités de
genre. Les méthodes qualitatives permettent, quant à elles, un examen plus approfondi des relations
hommes-femmes et d’autres problèmes difficilement « mesurables ». La méthodologie idéale réside
dans une approche combinée, incorporant des techniques participatives sensibles à la dimension de
genre, et veillant à ce que les thèmes d’investigation intéressent et « appartiennent » aux « sujets »
de la recherche.

Mesurer l’intégration du genre
De nombreuses agences de développement ont adopté une stratégie d’intégration systématique du
genre mais manquent de procédures pour contrôler si les engagements au niveau des politiques se
reflètent dans la structure, les procédures et la culture internes d’une organisation et s’ils se
retrouvent dans les pratiques de programmation. De nombreuses organisations de développement
ont aujourd’hui recours aux audits internes en matière de genre et aux auto-évaluations
sexospécifiques pour évaluer des questions comme l’égalité des chances à l’embauche, les horaires
variables, les crèches d’entreprise et les capacités techniques du personnel sur les questions de
l’égalité des sexes. Pour évaluer le degré d’intégration du genre dans la programmation concrète,
notamment sur le terrain, des organisations de développement ont élaboré des tableaux de bord pour
mesurer le respect des procédures de genre (analyse selon le genre, planification, allocations de
moyens, systèmes d’évaluation).

Plus rares sont les évaluations portant sur l’impact des programmes d’intégration du genre sur leurs
bénéficiaires, hommes et femmes. Il peut s’agir d’évaluations qualitatives et de listes de vérifications,
telles que celles élaborées par Oxfam et utilisées avec des organisations partenaires, ou
d’évaluations de bénéficiaires réparties par genre.

Mesurer la difficulté de mesurer
Certains aspects des inégalités hommes-femmes sont particulièrement difficiles à mesurer. La
dimension de genre de la pauvreté et l’émancipation des femmes, par exemple, entrent difficilement
dans un concept. D’autres aspects touchent à des sujets sensibles, comme la violence
sexospécifique, ou se produisent dans des contextes délicats tels que les conflits armés.
Mesurer la pauvreté selon une perspective de genre requiert toute une gamme d’indicateurs
sexospécifiques qui prêtent attention aux relations de pouvoir relatives aux questions de genre au
sein du foyer comme aux niveaux sociétaux. Les études sur la « pauvreté de temps » qui permettent
de mesurer le travail reproductif non rémunéré des femmes, et les évaluations participatives de la
pauvreté sensibles à la dimension de genre sont des approches utiles. Pour mesurer efficacement les
avancées en termes d’émancipation des femmes, il est nécessaire de combiner des indicateurs
multidimensionnels et de différents niveaux. De nombreuses organisations incorporent des données
qualitatives dans leurs évaluations de l’’emancipation des femmes, afin de tenter d’en saisir les
complexités. En ce qui concerne la violence sexospécifique, l’intégration de modules ou de listes de
contrôle dans les enquêtes ou les services axés sur d’autres thèmes a donné des résultats. Les
évaluations de la violence sexospécifique et les dimensions de genre des conflits armés doivent
comporter des dispositifs en vue de réduire les risques pour les femmes qui participent aux enquêtes.

Mesures internationales
Les objectifs et indices sexospécifiques internationaux et régionaux sont utiles en ce qu’ils permettent
d’établir des comparaisons entre pays en matière d’égalité des genres, et traduisent des données
complexes en messages clairs concernant les accomplissements et les écarts en matière d’égalité
des genres. Les indicateurs internationaux ont cependant leurs limites. Les données issues des
recensements nationaux sont notoirement peu fiables et s’entendre sur les éléments de l’égalité des
genres à mesurer et sur la meilleure manière de capturer ces éléments à travers un nombre limité
d’indicateurs est un défi continuel.
Parmi les approches novatrices, des efforts ont été déployés pour incorporer une gamme plus large
d’indicateurs dans le troisième objectif du millénaire pour le développement (OMD 3) et réviser les
éléments d’indicateurs composites tels que l’indicateur sexospécifique du développement humain
(ISDH) et l’indicateur de la participation des femmes (IPF) du Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD). D’autre part, un travail est en cours pour élaborer de nouveaux indicateurs
tels que l’indice des écarts entre les hommes et les femmes du Forum économique mondial, dont la
formule intégrant une vaste gamme de dimensions et d’indicateurs et combinant données qualitatives
et quantitatives semble prometteuse. L’adaptation d’indicateurs internationaux afin de mieux
représenter les écarts entre les genres dans des contextes régionaux spécifiques, les efforts en vue
de suivre les engagements des donateurs et des gouvernements en faveur de l’égalité des genres dans le contexte de la nouvelle architecture de l’aide internationale, ainsi que diverses initiatives
visant à élaborer des ensembles harmonisés d’indicateurs sexospécifiques, constituent autant de pas
importants.

Recommandations
Problèmes fondamentaux et transversaux :

- Toutes les organisations de développement, des agences internationales aux organisations
de base, devraient réfléchir aux moyens de combiner méthodes qualitatives et quantitatives
afin de recouper les résultats et de permettre une interprétation plus fine des données.
- L’élaboration d’indicateurs de genre adaptés à des contextes précis – et leur utilisation dans
les rapports – devrait être rendue obligatoire au sein des agences de développement
international, des gouvernements et des organisations de base.
- Dans le cadre des nouvelles modalités de l’aide internationale, les donateurs et les
gouvernements devraient créer des mécanismes d’imputabilité au regard de leurs
engagements en faveur de l’égalité des genres.
- Les gouvernements et les ministères chargés de l’égalité des genres devraient appuyer les
programmes de renforcement des bureaux de statistiques nationaux en vue de produire des
données répertoriées selon le genre.
Il convient de garder à l’esprit que les évaluations sexospécifiques ne peuvent réduire à elles seules
les écarts entre les genres. Pour être utiles, les données doivent être collectées, analysées, diffusées
et utilisées.


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