Genre et transport rural

Depuis la fin des années 80, la reconnaissance des besoins différenciés des femmes et des hommes et la recherche de l’équité dans l’accès aux infrastructures et aux services de transport sont devenues des enjeux majeurs pour les politiques et programmes de transport ruraux et urbains dans la lutte contre la pauvreté et le développement économique. Le Forum International pour le Transport Rural et le Développement (IFRTD) est un des organismes qui promeut activement la nécessité de faire le lien entre le transport et le genre.

La problématique sur le transport a changé. De "comment construire et entretenir de façon efficace et rentable l’infrastructure de transport", principalement les routes, le questionnement évolue vers "comment le transport contribue-t-il à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions d’existence ?" Les professionnels commencent à remettre en cause l’idée que l’existence d’une infrastructure de transport se traduit naturellement par des services de transport qui fonctionnent, par une mobilité des personnes améliorée facilitant leur accès aux biens et aux services. Ils commencent à reconnaître que les routes simplement ne suffisent pas et qu’il y a un besoin d’encourager les services de transport et d’assurer l’équité dans la distribution des ressources de transport et l’accès à celles-ci. A ce titre, les questions de genre ne peuvent pas être ignorées. Les femmes et les hommes ont des responsabilités et des besoins de transport différents, déterminés par les relations de genre.

Genre et transport : une problématique en émergence

La prise de conscience de l’importance des questions de genre a commencé a prendre forme dans le secteur du transport. Quand le Forum International pour le Transport Rural et le Développement, (IFRTD) a introduit son programme "Equilibrer les charges" en 1998, il y avait seulement quelques études innovantes sur le sujet. Aujourd’hui, un volume croissant de connaissances et d’initiatives de transport cherche à réduire la charge inégale des tâches de transport, à améliorer la participation de la femme dans l’activité de transport et à encourager l’accès de la femme aux services et aux moyens de transport. L’analyse avec une perspective genre se justifie parce qu’elle se traduit par une efficacité accrue des actions dans le transport et donc d’un plus grand impact sur la réduction de la pauvreté. Les agences de développement soutiennent une gamme variée d’efforts pour la prise en compte des questions de genre dans l’agenda du transport et pour développer les outils qui peuvent être utilisés par les planificateurs de transport, les décideurs politiques et les praticiens.

mais qu’il faut conforter

Si les professionnels du transport ont accordé peu ou pas d’attention aux questions de genre, les personnes travaillant sur les questions de genre dans le développement ont souvent échoué dans la résolution des problèmes d’accès et de mobilité des femmes et des hommes dans les zones rurales. Le travail du FITRD pour Equilibrer les Charges a été conçu pour combler le vide et encourager le dialogue entre les personnes travaillant dans le genre et dans le transport pour leur avantage respectifs. Depuis peu, des organisations comme HelpAge International s’intéressent à la relation entre les personnes âgées, le genre et le transport. Ainsi, l’intérèt pour le genre et les manières de faire dans le domaine du transport progressent.

Cependant, le sentiment d’une considération juste additionnelle, légèrement irritante qui entre dans le processus de construction de routes et de conception de voitures ressenti par les ingénieurs et les planificateurs de transport devant prendre en compte le genre dans les projets de transport, n’a pas complètement disparu. Le genre relève toujours de la responsabilité désignée de femmes ou d’une unité/division spéciale. Les ingénieurs et les économistes (le plus souvent des hommes) continuent le travail réel - celui de l’augmentation de la productivité, sans penser que la dimension genre puisse avec un impact sur l’augmentation de la productivité économique. En Afrique, où pendant les quarante années passées la productivité agricole a baissé relativement à la croissance démographique, les femmes sont les principaux producteurs agricoles et les principaux transporteurs. Lorsque toutes les tâches d’eau et de ramassage de bois de chauffage, d’agriculture de subsistance et de soins de santé ont été réalisées, les femmes rurales Africaines n’ont plus le temps ni l’énergie pour augmenter la production agricole de rente. Dans ce contexte, réduire la charge de transport des femmes devient non pas juste une question de femme, mais une question cruciale pour la sécurité alimentaire. Les recherches effectuées en Asie montrent combien le faible accès au transport limite la capacité des femmes à étendre leurs entreprises économiques, réduisant les revenus du ménage et la productivité nationale globale. Un argument pour encourager la participation de la femme (par exemple dans des programmes de construction de route à haute intensité de main d’œuvre) est basé sur le fait que les femmes sont beaucoup plus portées que les hommes à dépenser leurs revenus pour le bien-être de leurs familles.

Mais doit-on seulement justifier la résolution des questions de genre en termes de pratiques économiques et de programmation ? Les femmes représentent la moitié de la population mondiale. Aujourd’hui encore les opportunités de participer aux processus politiques, d’avoir un revenu, d’avoir accès à l’éducation et à la Sécurité Sociale et d’être capable de voyager sans risque sont souvent très différentes pour les femmes et les hommes. Au Bangladesh, par exemple, la charge de transport des femmes est beaucoup moins élevée qu’en Afrique. Les distances à parcourir pour chercher de l’eau et de l’énergie sont relativement faciles. Encore une fois les relations de genre et les normes sociales établies limitent la mobilité des femmes. Dans les zones rurales à l’extérieur de Calcutta en Inde, les femmes n’ont souvent aucune autre option, que de laisser la maison et chercher du travail dans la ville soit pour compléter le revenu du mari soit pour assurer la seule source de revenus pour la famille. Des services de transport médiocres et les durées de voyages très longues rendent difficile pour elles de combiner, efficacement, leur double rôle. Leurs difficultés à répondre aux exigences liées à leur rôle de femme de foyer créent des tensions dans la famille. Le renforcement du pouvoir des femmes est un problème d’équité et de justice et il est important de considérer les questions de genre autant pour ces raisons que pour d’autres.

Le Bulletin du Forum de Septembre 1994 avait pour thème principal "Satisfaire les besoins de transport des femmes". L’article principal traite des "deux images radicalement différentes des femmes rurales dans les pays en voie de développement". La première montre le fardeau de transport des femmes et dépeint les femmes comme isolées, surchargées et sans pouvoir. Le deuxième était relatif aux femmes prenant en main leur destin suite aux initiatives qui ont augmenté leur mobilité. L’auteur remarque que "malheureusement, la première de ces images continue à représenter la réalité pour les femmes dans la plupart des pays". La difficulté vient du fait qu’après plusieurs années et beaucoup de millions de dollars dépensés, rien n’a vraiment changé. Le défi ne doit pas juste être de développer des projets sensibles aux besoins des femmes ou même des manuels et directives politiques, mais d’assurer qu’une analyse de genre a lieu dans tous les plans de projets. C’est une question de volonté et de compétence.

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Le FITRD vient de sortir un CD-rom "Manuel pour la promotion d’unfrastructures durables de transport en milieu rural" qui aborde les questions de genre (2003).

Pour l’Afrique de l’Ouest, contactez Bamba Thioye

Autre ressources Genre/transport sur le site de la Banque Mondiale.

P.-S.

Forum International pour le Transport Rural et le Développement

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