IVG : des lois et des luttes

Jeudi 17 avril 2014, Genre en Action participait à un séminaire sur l’IVG organisé par le laboratoire de recherche "Les Afriques dans le Monde" (LAM), de l’Université de Bordeaux.

Les faits sont sans appel. Interdire l’avortement n’a jamais empêché les femmes de le pratiquer et ce, d’autant plus massivement qu’elles ont des besoins contraceptifs insatisfaits. C’est dans les pays qui punissent l’avortement qu’on le pratique le plus et que la mortalité maternelle est la plus élevée.

Claudy Vouhé, présidente de Genre en Action, et Mathilde Fois-Duclerc, actuellement en stage au sein de l’association, ont présenté un panorama général des droits et des pratiques de l’avortement dans le monde, puis plus particulièrement en Afrique francophone.

Les faits sont sans appel. Interdire l’avortement n’a jamais empêché les femmes de le pratiquer et ce, d’autant plus massivement qu’elles ont des besoins contraceptifs insatisfaits. La mise en perspective des législations sur l’avortement et du taux de prévalence contraceptive est à cet égard très parlante. Il apparaît même que c’est dans les pays qui punissent l’avortement qu’on le pratique le plus et que la mortalité maternelle est la plus élevée.

Autre constat saisissant : l’avortement provoqué, un acte des plus bénins s’il est réalisé par une personne qualifiée et dans de bonnes conditions sanitaires, est un véritable problème de santé publique en Afrique francophone, où plus de la moitié des avortements réalisés sont « à risque ». En Afrique, on estime qu’environ 40 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement clandestin, et que plusieurs millions de femmes souffrent de complications parfois graves et souvent mal soignées. Faut-il préciser qu’encore une fois, ce sont les jeunes filles et les pauvres qui sont le plus durement frappées ?

Plaidoyer pour l’avortement en Afrique : santé publique ou droits des femmes ?

Marc-Eric Gruénais (LAM/CNRS) a ensuite présenté une partie de ses recherches, effectuées au Burkina Faso avec Ramatou Ouedraogo. Au Burkina peut-être plus qu’ailleurs, l’avortement décime. Pratiqué dans le secret et souvent via des méthodes extravagantes, il cause des dégâts sans commune mesure sur la santé et la vie des femmes : intoxications, hémorragies, perforations utérines et infections qui entraînent la stérilité ou la mort. M. Gruénais a particulièrement insisté sur la responsabilité des professionnels de santé, dont le rôle est parfois ambigu du fait des avortements que beaucoup pratiquent clandestinement. Que dire du cas de cette femme qui se présente à l’hôpital dans un état critique, après qu’un infirmier a « commencé le travail » à domicile dans le but qu’elle puisse être considérée comme « en danger » et donc prise en charge ?


Photo : Chloé Guilhem du Collectif de Lutte des Etudiantes Féministes (Bordeaux)

De si graves conséquences sanitaires semblent suffire à justifier les luttes pour la légalisation de l’avortement. Mais le débat a jailli entre les participant.e.s : faut-il formuler les revendications en termes de nécessité de santé publique, ou bien revendiquer la légalisation de l’avortement comme un droit des femmes ? Dans quels cas insister sur l’un ou l’autre ? La discussion est ouverte, n’hésitez pas à partager votre point de vue en commentant cet article !

Retour aux Nords avec Marie Mathieu qui a présenté une partie de ses recherches comparatives sur le vécu des femmes qui avortent en France et au Québec. Revenant sur le fait que l’avortement est une intervention relativement facile à réaliser, elle a rappelé que dans les années 1970, les féministes s’étaient formées à le pratiquer à domicile selon la méthode Karman. Cette perspective historique ainsi que la confrontation avec le contexte canadien, où le recours à la pilule est beaucoup moins fréquent qu’en France, ont orienté ses recherches sur le rapport à la médicalisation de la contraception et de l’avortement.

L’intervention-video de Belén Zurbano Berenguer est finalement venue rappeler que les évolutions législatives n’ont rien de linéaire lorsqu’il s’agit d’un sujet comme l’avortement. Le cas espagnol montre assez bien que le sujet est tout aussi tendu dans les pays « développés » que dans les pays en voie de développement, et qu’aucune société n’est à l’abri de graves reculs sous la pression des conservateurs de tous poils.

La conclusion : ici comme ailleurs, les féministes se mobilisent contre les conservatismes et pour leur droit à la santé et au libre choix !

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