Inde : le genre transsexuel enfin reconnu

Les hommes, les femmes et les transsexuels : l’Etat du Tamil Nadu vient de reconnaître un troisième genre en ajoutant une case « T » sur des papiers officiels.
Dans cet article, Nina Casal traite de cette mesure inédite dans le pays qui s’adresse aux eunuques. Les hijras, qui sont pour la plupart des individus biologiquement hommes mais qui ont décidé de se faire émasculer à un très jeune âge. Ils se considèrent de fait comme asexués.

Les autorités du Tamil Nadu viennent de reconnaître le statut de transsexuel à l’un des habitants de l’Etat, ouvrant ainsi la voie à l’acceptation d’un troisième genre. « C’est un pas de plus pour supporter ces gens marginalisés », a commenté la ministre de la Santé de l’Etat, Poongothai Aladi Aruna citée par le quotidien Times of India qui publie cette information.

Les eunuques pourront cocher une troisième case dite « T »(transsexuel) sur les papiers officiels distribués au Tamil Nadu, comme les cartes de famille ou les cartes de rationnement. Cette reconnaissance leur permettra d’apparaître comme le troisième sexe et de bénéficier des droits accordés à chaque citoyen sans être obligé de se caractériser en tant qu’homme ou femme.

Si les eunuques vivent partout en Inde, une forte proportion se trouve au Tamil Nadu. « Le Tamil Nadu compte la plus forte population de transsexuels en Inde. Il y en a au moins 100 000 », a déclaré au quotidien Times of India P Surendran, un célèbre auteur malayalam [1]. Les hijras étaient jusqu’à maintenant privés de toute forme de reconnaissance par le gouvernement. « Il est rare de trouver un transsexuel avec des papiers d’identité. Ils sont souvent illettrés. Il gagnent leur vie en mendiant à la sortie des temples ou en se prostituant », explique P Surendan.

Un statut social complexe

Les eunuques occupent une place particulière dans l’histoire indienne. Les maharajahs les employaient comme gardes de leur harem. Les hijras étant des hommes castrés, les nobles leur accordaient toute leur confiance pour entourer les femmes. Ils étaient également utilisés comme prostitués de luxe et comme danseurs lors des soirées mondaines. La fin des maharajas les a fait sortir des palais, pour se retrouver le plus souvent au ban de la société. Aujourd’hui, ils ont un rôle symbolique à la sortie des temples, notamment lors des mariages. Leur donner de l’argent porte bonheur, tandis qu’ils menacent de jeter un sort à ceux qui les méprisent. Ils continuent aussi de danser lors de cérémonies religieuses, et prétendent apporter la fortune.

Le lieu d’adoration de la communauté eunuque se trouve au Tamil Nadu dans un petite village appelé Koovagam, à 30 kilomètres de Villupuram. Chaque année, les eunuques se rassemblent dans un temple un jour de pleine lune en mai, afin de se marier à Iravan [2]. Ce rassemblement est aussi l’occasion de séminaires où sont abordés leurs problèmes, leur statut social et leur santé.

Source : Aujourd’hui l’Inde

Notes

[1Le malayalam est une langue parlée au Kérala dans le sud de l’Inde.

[2Iravan est la divinité du temple eunuque de Koovagam. Il est le fils du prince guerrier Arjun.

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