Inde : les justicières roses font respecter les droits des femmes

Dans le district de Banda de l’État de l’Uttar Pradesh, l’un des plus
pauvres de l’Inde, sévit le Gulabi Gang (ou Gang rose), un groupe de 200
femmes issues des plus basses castes de la société. Ayant
toutes subi des sévices, elles traquent les violeurs, les époux et
belles-mères indignes, les malfaiteurs qui volent les pauvres et les
policiers qui ne font pas leur travail.

La plupart d’entre
elles vivent dans des huttes sans eau courante ni électricité, et survivent
avec moins d’un dollar par jour. Vêtues de saris roses, la "couleur de la
vie"
, elles répondent à la violence par la violence afin de punir l’abandon
et l’assassinat d’épouses, la violence conjugale, la corruption et
l’incompétence des fonctionnaires, policiers et élus anti-pauvres.
Les indicateurs de développement humain du district sont très médiocres. Le
taux d’alphabétisation des femmes plafonne à 23,9% contre 50,4 % pour les
hommes ; le ratio hommes/femmes est de 846 femmes pour 1,000 hommes, alors
que la moyenne de l’État est de 879 et qu’au niveau international, il est
de 105 filles pour 100 garçons. Et si la violence conjugale fait des
ravages, les femmes sont les premières victimes de la pauvreté et de la
discrimination dans une société dominée par les hommes et soumise aux
castes supérieures.

"Nous sommes pour l’égalité des droits pour tout le monde"

Le Gulabi Gang a été créé dans les années 1990 par Sampat Pal Devi, une
femme de 47 ans mariée de force à l’âge de neuf ans et mère depuis l’âge de
13 ans, excédée par la corruption et les discriminations dont se rendent
coupables les autorités, notamment à l’égard des femmes des basses castes.
Sampat Pal Devi est fière de ce qu’elle fait : "Nous avons empêché que les
femmes soient violées et nous avons envoyé les filles à l’école. La
violence contre des femmes et le viol sont très communs ici, aussi, nous
essayons de les éduquer pour qu’elles connaissent leurs droits"
. Elles ont
aussi réussi à restituer à leurs maris 11 filles jetées dehors par leur
belle-mère qui considérait leurs dots insuffisantes. "Nous ne sommes pas
contre les hommes. Nous sommes pour l’égalité des droits pour tout le monde
et contre ceux et celles qui la refusent"
, explique Aarti Devi, une
justicière âgée de 22 ans.

Armées de lathi, des bâtons traditionnels, le Gulabi Gang s’en prend aussi
bien aux maris qui brutalisent leur femme parce qu’elle ne réussit pas à
leur donner un fils qu’aux fonctionnaires qui s’enrichissent en vendant au
marché noir des céréales subventionnées par l’État et destinées aux plus
pauvres. Alors que les ressources naturelles du district pourraient assurer
des moyens de subsistance à toute la population, elles sont pillées par un
petit nombre en toute impunité, les autorités locales fermant les yeux.
Dans certains villages, les paysannes ne reçoivent qu’un kilo de céréales
par journée de travail. Le nombre de travailleuses et travailleurs réduits
en esclavage est aussi très important.

Depuis sa création, le Gulabi Gang a été frappé par une série d’accusations
criminelles, mais ses membres résistent aux menaces. Elles gagnent peu à peu
le respect des fonctionnaires locaux réticents et l’appui des hommes. Selon
certains sociologues, le seul espoir pour toute une frange de la population
spoliée et méprisée réside dans des mouvements collectifs comme le Gulabi
Gang. "Lorsque les élus refusent de répondre aux demandes des citoyens
ordinaires"
, observe Prerna Purohit, "ces derniers n’ont pas d’autre choix
que de prendre les choses en main. C’est un coup de semonce pour le
gouvernement de la plus grande démocratie du monde"
.

Source : Liste de diffusion AWID du 10 juin 2008

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