Interview. Le chemin vers l’égalité impose de tenir compte des contraintes spécifiques des femmes

Dans son dossier consacré aux droits des femmes, la revue Bordelaises a interviewé Elisabeth Hofmann, enseignant-chercheure à l’Université Bordeaux Montaigne et membre active au sein de Genre en Action.

Le chemin vers l’égalité impose de tenir compte des contraintes spécifiques des femmes

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Bordelaises magazine : l’entrepreneuriat au féminin reste très discret, notamment dans l’économie numérique…

Elisabeth Hofmann : Le développement économique concentre de nombreuses inégalités, souvent subtiles, car sur le papier l’égalité des chances existe. Une des grandes problématiques est celle du temps des femmes : l’arbitrage entre un travail rémunéré et le travail reproductif, gratuit, fourni dans la sphère domestique, reste un exercice d’équilibriste.

L’investissement horaire nécessaire au lancement d’une entreprise reste souvent incompatible avec un emploi du temps éclaté… La prise de risque est d’autant moins évidente chez les femmes qu’elle suppose de mettre en péril la stabilité du foyer, tant en termes de revenus que de qualité de vie.

Les mentalités, l’éducation, sont-elles également un frein à cette prise de risque ?

Elisabeth Hofmann : Les médias, la publicité, et même les livres scolaires, véhiculent des stéréotypes bien marqués : les gants de vaisselle de maman, les gants de jardin de papa. On y valorise très peu l’initiative et la réussite au féminin.

S’agissant d’éducation, une donnée éloquente : les filles qui au lycée intègrent la filière S - considérée comme la voie royale - ont une moyenne en math généralement plus élevée que celle des garçons. Et rares sont celles qui osent les formations d’ingénieurs par exemple. Au phénomène d’auto-limitation, s’ajoute une approche militante : les femmes sont davantage en quête de sens, leur travail doit refléter certaines valeurs, le souci de compétitivité ou de gains n’étant pas forcément décisif.

C’est pourquoi l’économie sociale et solidaire, collaborative, est volontiers investie par les femmes. À cet égard, le numérique s’avère un outil très précieux - leur permettant de travailler où elles veulent, quand elles veulent.

Le numérique est donc une piste d’avenir pour l’entrepreneuriat au féminin ?

Elisabeth Hofmann : En voyant se succéder les générations d’étudiants, je constate que les filles sont en effet de plus en plus présentes et impliquées dans le numérique, avec une approche plus pragmatique que les garçons (plus nombreux dans l’univers du jeu, par exemple). On s’éloigne peu à peu de la figure emblématique du geek mâle.

Reste que le soutien spécifique à l’entrepreneuriat féminin est moins développé que chez certains de nos voisins étrangers, notamment dans les pays du Nord. La discrimination positive reste mal vue en France, comme étant contraire à l’esprit républicain : or, l’égalité de traitement ne consiste pas à obliger les partis à mettre tant de femmes sur leurs listes, ou inciter les entreprises à embaucher tant de collaboratrices, mais à tenir compte des contraintes spécifiques qui sont les leurs, et qui entravent de fait, l’exercice de leurs fonctions.

Source : le magazine "Bordelaises", Février 2015

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