Kenya : le virus du sida, entre tragédie et lueur d’espoir.

Cet article apporte autant d’espoir qu’il témoigne (trop implicitement) d’une violence grandissante envers les femmes. Une prostitution et une épidémie qui se développe... Et pourtant au coeur de ce constat tragique, un espoir pour la recherche sur le Sida.

Une étude menée auprès de travailleuses du sexe kényanes qui semblent être immunisées contre le VIH pourrait apporter d’importants éléments pour le développement d’un vaccin efficace contre le sida.

Une équipe de chercheurs de l’université canadienne de Manitoba et de l’université kényane de Nairobi, qui a étudié un groupe de travailleuses du sexe au Kenya pendant plus de 20 ans, a récemment identifié plus de 15 protéines présentes dans les organismes de certaines des femmes, qui apparaissent comme étant des marqueurs d’une immunité naturelle contre le VIH.

Le docteur Blake Ball, professeur de microbiologie à l’université de Manitoba, l’un des principaux auteurs de l’étude, a révélé que 140 femmes, sur une cohorte de 2 000 travailleuses du sexe recrutées en 1985, étaient restées séronégatives en dépit de leur exposition répétée au virus, et pourrait fournir « la meilleure des dernières chances d’identifier des corrélateurs de protection [contre l’infection au VIH] ».

Dans une étude pilote, les chercheurs ont examiné des secrétions vaginales de 10 des travailleuses du sexe qui paraissaient être résistantes au VIH et ont comparé les échantillons de femmes séropositives et séronégatives.

Ils ont découvert 15 protéines présentes à des taux plus élevés dans les organismes des femmes résistantes au VIH que chez les autres, dans certains cas jusqu’à huit fois plus. « Nous pensons que ces protéines peuvent jouer un rôle dans la protection de ces femmes contre le VIH », a expliqué M. Ball à IRIN/PlusNews.

Ces résultats ont suscité de l’enthousiasme dans le secteur de la prévention du VIH, particulièrement parmi les chercheurs en recherche vaccinale, qui ont subi plusieurs revers dernièrement. En 2007, un essai vaccinal majeur a été interrompu après que des résultats préliminaires ont montré que non seulement cela ne protégeait pas les participants contre le virus, mais cela pouvait même avoir augmenté leur risque d’être infecté.

En juillet 2008, l’Institut national américain d’allergie et de maladies infectieuses a annoncé qu’il n’irait pas plus loin dans le développement d’un essai vaccinal impliquant 8 500 participants pour tester un candidat vaccin ayant des propriétés similaires à celui qui avait échoué l’année précédente.

« Bien qu’elles ne soient pas directement utilisables pour mettre au point un vaccin, ces études [parmi les travailleuses du sexe au Kenya] peuvent être informatives », a dit M. Ball. « L’application la plus directe pourrait concerner le développement d’un microbicide, et ces protéines pourraient être des candidates pour le développement d’un microbicide à base de protéines humaines ».

Les microbicides incluent toute une gamme de produits contrôlables par les femmes -gels, films et éponges- qui sont actuellement testés cliniquement pour vérifier s’ils pourraient aider les femmes à se protéger du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles.

Pauline Irungu, coordinatrice pour l’Afrique de l’Est de la Campagne mondiale pour les microbicides, une coalition d’organisations dont l’objectif est d’accélérer la recherche dans ce domaine, a décrit l’étude menée au Kenya comme « excitante ».

« Bien qu’il soit un peu trop tôt pour dire si cette étude mènera au développement d’un nouveau candidat microbicide, ce genre d’avancées donne une meilleure compréhension des facteurs biologiques et socio-économiques qui influencent la transmission du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « C’est ce type de recherche fondamentale qui nous aidera à développer de nouveaux outils pour stopper la propagation du VIH ».

M. Ball a souligné que les résultats étaient toujours préliminaires et avaient besoin d’être reproduits dans le cadre d’études impliquant une plus large cohorte de femmes. D’autres recherches seront aussi nécessaires pour déterminer la biologie précise des protéines isolées.

Source : All africa

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