L’ANC, à l’avant-garde, adopte un quota de 50% de femmes aux postes décisionnels

LE CAP, 4 janvier (IPS) - Les dernières semaines ont été tumultueuses pour
les femmes du Congrès national africain (ANC) au pouvoir en Afrique du
Sud.

D’une part, elles terminent l’année avec un gain important en main :
l’acceptation du parti selon laquelle 50 pour cent des postes dans ses
structures de prise de décision doivent être détenus par des femmes (encore
qu’une exception soit faite aux six premiers postes dans le Comité exécutif
national de 86 membres, qui comprennent juste deux femmes : Baleke Mbete,
présidente et Thandi Modise, secrétaire générale adjointe). Précédemment,
la représentation des femmes était fixée à un tiers des postes.

D’autre part, elles se retrouvent en train de servir sous un président qui
a attiré la colère des activistes pour ses commentaires sur le SIDA et les
femmes — un président, pour lequel la Ligue des femmes de l’ANC a par
ailleurs joué un rôle déterminant dans son élection et qui peut devenir le
président du pays pendant les élections de 2009.

Jacob Zuma a gagné la présidence de l’ANC début décembre dans une bataille
éprouvante qui a évincé le chef de l’Etat Thabo Mbeki du premier rang du
parti. Ceci s’est fait malgré la menace que Zuma puisse être poursuivi en
justice pour des allégations de corruption relatives à un trafic d’armes de
plusieurs millions de dollars — allégations qui ont conduit à son limogeage
en tant que vice-président de l’Afrique du Sud en 2005. Quelques jours après
son élection, le nouveau président du parti a été en effet accusé de
corruption, de blanchiment d’argent, de racket et de fraude.

La décision de la ligue est venue après des années de ferme résistance à
l’inégalité de genre, quelque chose contre lequel l’ANC même n’est pas
immunisé. Quand le parti a été créé en 1912, des femmes étaient
formellement admises en tant que membres seulement en 1943. La ligue a été
formée en 1948.

En soutenant Zuma, la ligue a appuyé un homme qui, au moment où il passait
en jugement pour le présumé viol d’une activiste séropositive qui était
également une amie de la famille (une accusation pour laquelle il a été
acquitté), a notamment déclaré qu’il avait pris une douche pour réduire son
risque de contracter le VIH du fait des rapports sexuels non protégés. Zuma
a également insinué que certains types d’habillement portés par des femmes
peuvent être interprétés comme une invitation aux rapports sexuels.

Cet appui est venu comme un choc pour certains.

’’Nous sommes en train d’assister à une disparition de l’agence des femmes.
Les femmes de ce pays... n’ont pas utilisé leur agence pour promouvoir une
femme à une position de leadership. Leur vote a montré une faiblesse du
mouvement dans la lecture de la situation et la protection des avantages
acquis au cours des décennies’’, a indiqué à IPS, Mohau Pheko, un analyste
politique indépendant et principal activiste de genre.

Lisa Vetten, une chercheuse à ’Tshwaranang Legal Advocacy Centre’ (Centre
de plaidoyer légal de Tshwaranang) à Johannesburg, la capitale économique
de l’Afrique du Sud, prévoit que les questions de genre glisseront du
programme de l’ANC sous Zuma — tandis que pour Mbuyiselo Botha, secrétaire
général du Forum des hommes de l’Afrique du Sud, le choix de Zuma montre le
pouvoir permanent du patriarcat.

’’Des femmes dans ce pays pensent encore que des hommes sont décrétés par
Dieu pour les diriger. Quel message ces femmes ont-elles envoyé aux jeunes
filles qui cherchent des modèles ? Ou à ces jeunes femmes qui aspirent à
devenir des leaders dans ce pays ?’’, a demandé Botha. ’’Nous avons encore
un long chemin à faire avant que les questions d’inégalité de genre soient
entièrement abordées’’.

Mbeki avait indiqué qu’il aimerait qu’une femme lui succède, et a aussi
nommé une femme — ancienne ministre des Mines et de l’Energie Phumzile
Mlambo-Ngucka — pour être la première femme vice-présidente de l’Afrique
du Sud.

Toutefois, en tant que commentatrice politique, Karima Brown a affirmé dans
une interview à la radio que ce soutien pour l’égalité de genre n’a pas pu
rapporter un ’’dividende politique’’ tant voulu pour le président. Le
contraire est plutôt vrai avec Zuma qui accuserait le camp de Mbeki
d’utiliser la question de genre pour influencer la course à la succession,
plutôt que pour une vraie émancipation des femmes.

Le secrétaire général du Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU),
Zwelinzima Vavi, aurait également dit que la parité était en train d’être
soutenue par des ’’coureurs de jupons légendaires’’ parmi les supporters de
Mbeki en vue de profiter des femmes élues au pouvoir. Le COSATU est en
alliance politique avec l’ANC et le Parti communiste sud-africain.

L’ancien président du parlement et membre de l’ANC, Frene Ginwala, a été
plus tard cité pour avoir déclaré qu’il y avait aussi des coureurs de
jupons dans les camps du COSATU et de Zuma qui passaient facilement
inaperçus, et pour avoir demandé jusqu’à quel point les femmes étaient
présentes dans le leadership du COSATU.

C’est un débat qui ne prendra vraisemblablement pas fin, en 2008.
(FIN/2008)

Source : http://www.ipsinternational.org/fr/...
Pour en savoir plus, vous pouvez également surfer sur :
http://www.jeuneafrique.com/jeune_a...

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