L’Inde en déficit troublant de petites filles

On ne dénombre aujourd’hui que 927 filles pour 1 000 garçons âgés de zéro à six ans. 10 millions de foetus féminins auraient été victimes d’avortement, en raison de leur sexe, au cours des vingt dernières années.

"Elever une fille, c’est comme arroser le jardin du voisin", dit-on parfois en Inde. Dans le sous-continent, où on ne dénombre aujourd’hui que 927 filles pour 1 000 garçons âgés de zéro à six ans, 10 millions de foetus féminins auraient été victimes d’avortement, en raison de leur sexe, au cours des vingt dernières années. C’est la principale conclusion d’une étude conduite par des chercheurs de l’université de Toronto et de Shandigahr. Publiée dans le journal Lancet du 9 janvier, elle permet de préciser l’origine de ce sex-ratio défavorable au genre féminin.

Alors que depuis 1994, il est interdit en Inde de faire des examens prénataux pour déterminer le sexe du foetus et de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse sur ce seul critère, il apparaît que cette loi est "souvent ignorée", soulignent les signataires de l’article. Si la religion ne semble pas être un facteur discriminant, l’étude du niveau socioculturel de la mère montre que plus son bagage intellectuel est élevé, plus le sex-ratio est défavorable aux filles : le déficit peut être jusqu’à deux fois plus élevé, lorsque la femme est "éduquée", que lorsqu’elle est illettrée. Le phénomène est plus marqué en zone urbaine.

AVORTEMENT SÉLECTIF

Pour les auteurs de l’étude, l’avortement sélectif est l’explication la plus probable du sex-ratio défavorable aux filles. Leur travail semble écarter le recours à l’infanticide après la naissance. Mais il ne laisse guère de doute sur la tendance croissante à la sélection prénatale. Alors qu’en Occident, il naît 103 à 106 garçons pour 100 filles, entre 1997 et 2002, le sex-ratio en Inde est passé de 899 à 892 filles pour 1 000 garçons.
"L’infanticide féminin du passé s’est raffiné et est devenu une technique aiguisée sous ces nouveaux atours", indique Shirish S. Sheth, du Breach Candy Hospital de Bombay, dans un commentaire publié par le Lancet. En 1986, rappelle-t-il, les sociétés d’obstétrique et de gynécologie d’Inde avaient déclaré le "foeticide" féminin "crime contre l’humanité". Mais l’éradiquer sera une "tâche herculéenne", convient le chercheur. Le cas de l’Inde n’est pas isolé. En Chine, le déséquilibre homme-femme est encore plus marqué.

Hervé Morin
Article paru dans l’édition du MONDE du 10.01.06

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