L’ONU, alliée des femmes ?

Les politiques de genre, largement mises en avant par les instances des Nations Unies, répondent-elles véritablement aux intérêts des femmes ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on observe l’interpénétration croissante des discours et des pratiques des institutions internationales d’une part, et de la fameuse « société civile » d’autre part.

Les mouvements sociaux ont certes obtenu au sein des Nations Unies des victoires qu’il serait injuste de négliger. Mais, l’ONU, ayant réussi à s’attirer la sympathie des mouvements de femmes, s’est arrangé pour absorber le travail des mouvements sociaux, y compris celui des femmes, par exemple avec la tenue de conférences internationales. Les mouvements perdent alors en autonomie face aux États et les positions féministes sont noyées dans un consensus large.

Il est donc important d’être critique face au système ONUsien. En effet, si les institutions internationales prennent de plus en plus en compte les préoccupations issues de « la société civile », les mouvements sociaux ont tendance à se dépolitiser. La volonté de transformer le système finit par se muer en une série de revendications aménagées selon le bon gré de l’ONU.

Les groupes féministes se professionnalisent au détriment d’une militance politique volontaire pour ne devenir que des sous-traitants des Nations-Unes, participant du projet de « bonne gouvernance ». L’ONU exploite la soif de participation et les idées des femmes et les fait paradoxalement participer à leur propre destruction.

Les mouvements de femmes en Amérique latine et dans les Caraïbes sont particulièrement préoccupés par ce phénomène d’ONGisation des mouvements sociaux, qui perdent en analyse critique politique et en potentialité transformatrice.

La politique internationale en ce qui concerne la gestion planétaire démographique rejoint ces préoccupations. En effet, les projets mis en œuvre contre la surpopulation sont-ils là pour répondre aux intérêts des femmes ou pour mieux contrôler leur fécondité ? La notion de « surpopulation », largement critiquée par les féministes du Sud, recouvre en effet une théorie raciste et sexiste qui présente les femmes latinas, indiennes, noires, arabes et asiatiques comme « trop prolifiques » et par là coupables de leur propre pauvreté.

Par ailleurs, le considérable développement des politiques de micro-crédits, pour les femmes achève d’illustrer la collusion entre intérêts privés, FMI, Banque mondiale, ONU et USAID. Le micro-endettement permet de poursuivre la mise en coupe réglée du Sud et l’enrichissement du Nord, tout en aggravant la situation des femmes et en détournant l’attention des origines réelles de leur oppression-exploitation. On voit ici encore comment les programmes « d’aide aux femmes » soutenus par l’ONU se combinent harmonieusement avec les politiques prônées par le FMI et la Banque mondiale qui ont pour but principal de capter pour le marché l’immense « trésor caché » que constituent ces systèmes économiques traditionnels, largement tributaires des femmes.

L’ONU essaie de se présenter comme une instance qui « rattraperait » les catastrophes provoquées par le FMI et la Banque Mondiale, alors qu’elle constitue une pièce centrale du dispositif de mise en place du nouvel ordre mondial. Il faudrait donc rompre avec les instances internationales et reprendre une véritable indépendance idéologique et organisationnelle.

P.-S.

Pour en savoir plus et lire le texte de Jules Falquet qui a inspiré cet article, cliquez
ici.

Ce texte constitue la version courte d’un article plus complet paru dans « Regards de femmes sur la globalisation », Karthala, 2003, dirigé par Jeanne Bisilliat.

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