L’accès à l’avortement sûr et légal partout !

Il y a une véritable urgence à défendre le droit fondamental des femmes et des filles à l’interruption volontaire de grossesse légale et sans risque.

Alors que 2014 se penchera sur l’évolution des droits sexuels et reproductifs 20 ans après la Conférence Internationale du Caire sur la Population et le Développement (ICPD) et à la veille de la mise en place de l’agenda des Objectifs du Développement Durable (agenda post-2015), il y a une véritable urgence à défendre le droit fondamental des femmes et des filles à l’interruption volontaire de grossesse légale et sans risque.

Malgré une tendance mondiale à la libéralisation des lois sur l’avortement (depuis 1998, source Guttmacher Institute), le droit et l’accès à l’avortement sûr et légal sont loin d’être garantis dans tous les pays et même, régulièrement remis en cause.

Tandis que le Parlement Européen a refusé de reconnaître l’avortement comme un droit européen (rejet du rapport Estrela le 10 décembre 2013) et que d’autres pays comme l’Equateur durcissent la répression de l’avortement déjà limité (nouveau code pénal impulsé par le président Rafael Correa), c’est dernièrement le gouvernement espagnol qui s’apprête à réviser la loi de 2010 sur l’avortement afin de réduire ce droit à trois exceptions et ainsi caractériser un dramatique retour en arrière dans la reconnaissance de la liberté reproductive comme droit humain fondamental.

Au-delà des textes sur l’interruption de grossesse, c’est l’accès lui-même qui met souvent à mal le droit à l’avortement. Ainsi, en Italie, environ 80% des médecins font appel à la clause de conscience pour ne pas pratiquer d’avortement (chiffres de l’Institut italien de la statistique, Istat), en Hongrie, la seule clinique offrant l’avortement médicamenteux a fermé en janvier sous la pression politique (donnée du MFPF). Egalement, l’aide publique au développement américaine (l’USAID) impose des restrictions sur l’avortement dans les pays du Sud et ainsi, bien que l’avortement soit légal en Ethiopie par exemple, seulement 27% sont pratiqués dans de bonnes conditions sanitaires (selon l’étude « The estimated incidence of induced abortion in Ethiopia », 2008).

Pourtant, l’accès limité, les lois restrictives et les sanctions pénales ne conduisent nullement à une diminution du nombre d’avortements (le taux annuel varie d’ailleurs très peu d’un continent à l’autre : 27 pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans pour l’Europe (occidentale et orientale), 29 pour 1000 en Afrique, 28 pour 1000 en Asie, source Alan Guttmacher Institute, 2008). Les restrictions n’empêchent donc pas les avortements mais les renvoient au contraire dans des pratiques à risque qui mettent en danger la vie et la santé des femmes. Le manque d’accès à l’avortement légal contribue effectivement largement aux hauts taux de mortalité et morbidité maternelles enregistrées dans le monde (en 2008, l’OMS a estimé que 47 000 femmes meurent annuellement suite à des avortements mal pratiqués, sans compter les femmes victimes de complications sur le long terme). Au contraire, la légalisation de l’interruption de grossesse, si elle soutenue par une politique de prévention, en plus d’éviter les risques pour la santé des femmes, conduit même à faire baisser le nombre d’interventions (Institut Alan Guttmacher).

Les mobilisations locales et internationales se multiplient pour défendre le droit et l’accès à l’interruption volontaire de grossesse pour toutes les femmes. De plus en plus nombreux sont les témoignages et les enquêtes qui dénoncent les obstacles opposés en pratique au droit de l’interruption de grossesse.

Aux Etats-Unis, le New York Magazine a ainsi publié en 2013 le témoignage de 26 femmes anonymes dévoilant les difficultés dans leur accès à ce droit.

En France, le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes a remis un rapport au gouvernement le 7 novembre 2013 sur les écueils marquant la prise en charge des interruptions volontaires de grossesses, 40 ans après la loi Veil légalisant l’interruption volontaire de grossesse (1974).

Récemment, dix-huit organisations et associations pour la défense des droits humains, réunies sous le nom de « Task Force », ont appelé l’Etat sénégalais, via une pétition publiée dans un quotidien national le 6 novembre 2013, à respecter ses engagements vis-à-vis du protocole de Maputo signé et ratifié en 2005.

Plus largement, la campagne My Body Is Mine (Mon Corps M’appartient) a lancé un appel au droit à l’avortement libre, gratuit et accessible à toutes.

C’est dans ce contexte que, depuis plusieurs mois, Genre en Action, en collaboration avec Osez Le Féminisme et Le Mouvement Français pour le Planning Familial, nourrit un dossier thématique sur le droit et l’accès à l’avortement sûr et légal au sein des pays d’Afrique francophones. A travers trois rubriques et une cartographie, l’objectif de ce nouveau dossier sera d’informer au plus près des réalités de chaque pays en présentant législations et données du terrain, mais également d’informer sur les ressources documentaires et humaines existantes, au niveau local aussi bien qu’international.

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