L’amorce d’un réseau européen de solidarité

Le Planning familial vient d’organiser, à Paris, un colloque sur le droit à
l’avortement. Entretien avec Françoise Laurant, sa présidente.


À l’issue de votre colloque, quelle appréciation portez-vous sur l’évolution
de la situation en Europe concernant le droit à l’avortement ?

Françoise Laurant. Sur les 27 pays qui composent l’Union européenne, quatre
interdisent totalement l’avortement (1). Un assez grand nombre a une
législation très restrictive qui s’applique uniquement en cas de viol,
d’atteinte grave à la santé de la femme ou de malformation foetale.

Enfin, dans d’autres pays, la loi est favorable à l’avortement mais très mal
appliquée par manque de moyens ou à cause d’une clause de conscience offerte
aux professionnels. En Italie, dans certaines villes, on ne trouve pas un
seul médecin qui accepte de faire une IVG. Les milieux conservateurs et
religieux exercent actuellement de fortes pressions pour faire reculer ce
droit. Pour le moment, cela n’a pas d’effet en termes législatifs. Mais on
constate une aggravation des conditions pratiques, et les évolutions
politiques qui se profilent dans plusieurs pays font craindre pour l’avenir.


Comment faire pour qu’au niveau de l’Europe ce soit les législations les
plus avancées qui tirent les autres et non l’inverse ?

Françoise Laurant. Nous ne réclamons pas l’élaboration d’une législation
européenne qui s’imposerait à tous les pays. Étant donné le contexte
politique, il pourrait en ressortir une loi très restrictive. À l’exception
d’une déléguée polonaise, cela a été l’avis général. Par contre, nous
pensons important de faire circuler les informations - c’était le premier
objectif de ce colloque qui comptait des délégations de 17 pays -, de mieux
connaître les différentes stratégies et les initiatives qui permettent des
avancées. Par exemple, le Conseil de l’Europe a voté une résolution, en mai
dernier, qui demande aux 47 États membres de dépénaliser l’avortement et de
garantir l’accès à ce droit pour toutes les femmes. Cela devrait peser sur
les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme à laquelle il est
possible d’avoir recours.

Des actions communes peuvent-elles être envisagées ?

Françoise Laurant. La déclaration finale que nous avons adoptée (2) va dans
ce sens. Nous voulons engager ensemble des démarches, une sorte de lobbying,
auprès des institutions européennes. Mais nous voulons aussi organiser
l’échange d’expériences d’un pays à l’autre et des solidarités concrètes,
par exemple pour permettre à des femmes d’avorter dans un pays voisin si
c’est impossible chez elles. Cette solidarité demande un minimum
d’organisation, des contacts suivis entre associations, élus. Nous espérons
avoir jeté les bases d’une sorte de réseau européen.


Qu’attendez-vous de la prochaine période, notamment de l’élection européenne
 ?

Françoise Laurant. Nous allons interroger les différentes listes sur nos
propositions concernant les droits des femmes, l’IVG, la contraception. En
France, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a salué la résolution du
Conseil de l’Europe mais, lors du vote quatre parlementaires UMP sur cinq
ont voté contre. À gauche, des représentantes des différents partis ont
participé au colloque. Mais nous voulons avoir l’assurance qu’au Parlement
européen des élus se battront, seront actifs, prendront des initiatives sur
ces questions. Nous ferons donc pression sur les uns et les autres pour
obtenir des engagements. Dans la déclaration finale, nous faisons appel aux
organisations féministes, aux partis politiques, aux syndicats. La dimension
européenne intéresse et pourrait redynamiser le partenariat sur cette
question. En France, la situation s’aggrave dans le système de santé, or la
mobilisation n’est pas suffisante pour défendre les services d’IVG, leur
assurer les conditions matérielles de fonctionnement, le personnel
nécessaire. Nous pourrions être plus opérationnels en travaillant ensemble.

(1) Irlande, Malte, Pologne, Chypre.

(2) www.planning-familial.org

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

Source : L’Humanité du 30 septembre

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