L’art des matrones revisité. Naissances contemporaines en question

L’objet proposé à examiner dans le présent ouvrage concerne certaines questions contemporaines autour de la naissance dans des pays du Sud. Il s’agit de les saisir en nous intéressant spécifiquement à ce qui constitue l’art des matrones. L’objectif n’est nullement de remettre en cause les effets bénéfiques de la bio médicalisation de l’accouchement mais de montrer, selon des perspectives et des focales diverses, comment, et pourquoi se construisent les pratiques des matrones actuellement.

Introduction
De l’usage du savoir des matrones
Pascale Hancart Petitet
Avant le grand réquisitoire lancé contre elles, en Angleterre puis étendu en France et sur toute l’Europe en 1760, les matrones 1 étaient les femmes qui assistaient les accouchements dans les sociétés paysannes anciennes. L’aide qu’elles apportaient lors des accouchements, conçu comme un service rendu par charité, était décrit par des représentants administratifs et religieux de cette époque comme un ensemble de pratiques répugnantes à supprimer. Ainsi, en France, aux XVIe et XVIIe siècles, les matrones accusées de sorcellerie furent parfois envoyées au bûcher. Puis, au XVIIIe siècle, elles devinrent un objet de contrôle assidu de l’Église, du corps médical et de l’État (Gélis, 1984). Dés lors, une « nouvelle conception de la vie » (Gélis 1988), se traduisant, en particulier, par la mise en place de formation de sages-femmes diplômées et par la généralisation du recours aux médecins accoucheurs, ont conduits à évincer les matrones du domaine de la naissance 2.
Dans les pays du Sud, la limitation des budgets alloués au secteur de la santé, la privatisation des soins médicaux, l’emphase donnée à la technologie biomédicale et à la mise en place de programmes d’interventions selon des schémas « verticaux » associées parfois à des contextes économiques et politiques instables conduisent à observer les phénomènes suivants : selon les dernières estimations, un nombre absolu de 529.000 femmes meurent chaque année durant la grossesse, l’accouchement et dans les 40 jours qui suivent la naissance. Parmi ces femmes, 99.6% vivent dans des pays du Sud et dans des contextes économiques et sociaux où l’accès aux soins est limité. De nombreuses initiatives ont été menées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), par les organisations onusiennes en charge de la santé des mères et des enfants (UNICEF, et UNFPA) par la Banque Mondiale ainsi que dans des actions du « Millennium Development Goal (MDG 5) » visant à réduire la mortalité maternelle de trois quart en 2015. Pourtant, dans certaines régions, en partie en raison de la guerre et de l’épidémie à VIH la situation s’est dégradée (Kidney, Winter, Khan, Gülmezoglu, Meads, et al. 2009). Parallèlement, depuis les années 1970 3, les taux de césarienne n’ont cessé d’augmenter dans de nombreux États comme au Chili (Murray 2000) et en Inde (Misha 2004), où, dans certaines cliniques, ils sont supérieurs à 60%. Enfin, tous États confondus, alors que, la proportion des accouchements fait par des « accoucheurs qualifiés » 4 devait atteindre les « 80% en 2005, 85% en 2010 et 90% en 2015 » (WHO, 2004), les dernières statistiques 5 publiées à ce sujet laissent penser qu’en Afrique et en Asie du Sud et du Sud-est, en particulier, ces chiffres sont loin d’être atteints et qu’une grande proportion des accouchements ont toujours lieu à domicile avec l’aide des matrones.
L’objet que nous proposons d’examiner dans le présent ouvrage concerne certaines questions contemporaines autour de la naissance dans des pays du Sud. Nous souhaitons les saisir en nous intéressant spécifiquement à ce qui constitue l’art des matrones. Comme le note Didier Fassin à propos de la construction des objets de l’anthropologie, cet art, est ici revisité au moyen d’approches méthodologiques et analytiques choisies en rapport avec notre engagement dans la cité (2008). L’objectif n’est nullement de remettre en cause les effets bénéfiques de la bio médicalisation de l’accouchement mais de montrer, selon des perspectives et des focales diverses, comment, et pourquoi se construisent les pratiques des matrones actuellement. Réunir dans un même ouvrage des acteurs appartenant à des champs d’intervention et disciplinaires divers était un pari difficile. Il explique aussi la diversité des formes, des tons et des expériences vécues et rapportées, aux confins de l’exercice académique et des enjeux posés par l’appliqué.
Informations sur le livre :

- sous la direction de Pascale Hancart Petitet
Manoelle Carton - Jessica L. Hackett - Pia Maria Koller - Paola Lavra -
Brigitte Nikles - Laurence Pourchez - Priscille Sauvegrain - Nelly Staderini - Roger Zerbo - postface de Yannick Jaffré
Titre : L’art des matrones revisité. Naissances contemporaines
en question
Éditions Faustroll Descartes
Parution : 2011

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site : Editions Faustroll

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