L’écriture pour militer autrement

En littérature comme ailleurs, les femmes n’ont réussi que récemment à faire entendre leur(s) voix propre(s). Mais cette parole féminine constitue, à n’en pas douter, un acte militant d’engagement.
La création écrite marocaine d’expression française, née au lendemain de l’indépendance, est d’abord balbutiante et timide. Cet article retrace l’histoire de la naissance de la production littéraire féminine et dévoile le militantisme des écrivaines.

La production littéraire féminine a véritablement commencé, dans les années 80, à explorer toutes les voies du romanesque. Des romans et des écrits audacieux, comme, par exemple Le voile mis à nu de Badia Hadj Nasser ou encore Au-delà de toute pudeur de Soumaya Nouamane Guessous, donnent le ton à une écriture qui secoue les carcans du passé et transcende les tabous et les interdits.

« Force est de constater que la littérature féminine au Maroc, liée à la dynamique interne de la société, surgit en rupture avec les pratiques des écrivains masculins. Exclues de la parole dans la société marocaine traditionnelle, les femmes sortent de leur mutisme et on assiste réellement à un début d’expression féminine dans le champ littéraire placée sous le signe d’une conquête identitaire.
Dépassant leur statut d’objet de représentation masculine, de nombreuses femmes s’imposent par leur capacité de révolte contre le silence imposé, par un jaillissement de paroles longtemps refoulées, interdites, anesthésiées, dévoilent leur être social, et pensent enfin après n’avoir été que pensées
 », souligne Rajaa Nadifi, professeur à la faculté de lettres Aïn Chock Casablanca.

C’est ainsi que les écrits féminins « ont franchi des domaines jusque-là entourés de silence permettant à la présence de la femme écrivain, de part la vision qu’elle porte sur les problèmes sociaux, de contribuer à la promotion de sa situation ».

Les années 90 marquent, dans ce sens, une véritable libération de la parole féminine. Les écrivaines s’approprient toutes les formes d’expression (autobiographies, essais, nouvelles, romans, poésies, etc.) pour changer les mentalités. « Cette génération d’écrivaines comptait parmi ses rangs des femmes qui aspiraient, par le biais de l’écriture, à la réalisation d’un Moi différent et authentique », relève Najib Redouane dans son ouvrage Écritures féminines au Maroc, continuité et évolution.

La plupart des écrivaines interrogées refusent, toutefois, d’être cataloguées dans une catégorie donnée.
« Parle-t-on de littérature masculine  ? », demandent-elles. « Je ne veux pas qu’on dise de moi que j’écris comme une femme… », insiste, pour sa part, Ghita El Khayat.

Les romancières, comme les femmes politiques, sont plus proches du quotidien que les hommes.
En effet, l’écriture dite féminine est associée au sentimentalisme, dans le mauvais sens du terme. C’est ce qualificatif que rejettent en bloc nos écrivaines. Les romancières, comme les femmes politiques, sont plus proches du quotidien que les hommes. « C’est dans l’infiniment petit que nous décelons l’infiniment grand, autrement dit nos problèmes de société », assurent-elles. « Parler d’écriture féminine n’est pas enfermer les femmes dans un ghetto reproduisant le ghetto social : circonscrire un objet d’études précis, c’est attirer l’attention sur un domaine d’écriture peu connu que l’on noierait à intégrer dans un ensemble plus ancien, plus peuplé et riche de sons prestigieux… », note encore Najib Redouane.

Écrire, acte libérateur s’il en est, permet aussi aux écrivaines d’imposer cette égalité entre les hommes et les femmes à laquelle le champ littéraire semble encore bien réfractaire.
« Jusqu’à une époque très récente, les femmes en littérature étaient bien entendu une création d’hommes », écrivait déjà Virginia Woolf en 1929. Aujourd’hui, les écrivaines qui ont investi le champ littéraire ont démontré, de la plus belle des manières, la force d’une écriture forte et engagée. À l’image d’une parole libérée et sans concession.

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Source : Yabiladi.com

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