L’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des petites filles

Cinquante-et-unième session de la Commission sur la condition de la femme (CSW en anglais) tenue à New York du 26 février au 9 mars 2007.

Par Sarah Rosenhek

Introduction

La session annuelle de la Commission sur la condition de la femme a pris
fin aujourd’hui. Pour la cinquante-et-unième fois, les États membres se
sont réunis au siège des Nations Unies à New York, du 26 février au 9
mars, pour « évaluer les progrès accomplis dans l’égalité entre les
sexes, identifier les défis à relever, établir des normes à l’échelon
mondial et formuler des politiques concrètes en faveur de l’égalité
entre les sexes et la promotion de la femme dans le monde entier » [1].
Le thème prioritaire de cette année était « L’élimination de toutes les
formes de violence à l’égard des petites filles ».

Le Dossier du Vendredi de cette semaine constitue la première partie
d’une série de deux articles élaborés par le personnel de l’AWID sur les
travaux de la CSW. Le premier article a pour but de donner au public une
vision générale de la réunion, en soulignant les thèmes principaux et
mettant en évidence l’impact des ONG et des groupements de femmes au
sein de cette importante instance. À la fin de cette journée, la
Commission adoptera des résolutions finales et des Conclusions
concertées (qui sont les principaux documents produits par la CSW [3]).
Ces documents seront affichés sur le site Internet de la Division de la
promotion de la femme (DAW) [4]. Dans deux semaines, l’AWID publiera le
second article de la série qui contiendra une évaluation plus
approfondie des résolutions adoptées, des Conclusions concertées et de
la dynamique politique qui a entouré les négociations.

La parole aux jeunes filles !

La semaine dernière, les voix des jeunes se sont fait entendre pour la
première fois à la séance d’ouverture de la cinquante-et-unième session
de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies (CSW).
Le discours liminaire prononcé par une jeune Sud-africaine de 17 ans,
Quilinta Nepaulas, a donné le coup d’envoi à deux semaines de débats et
de négociations au sein de la CSW sur le thème prioritaire de cette
année, à savoir « L’élimination de toutes les formes de discrimination
et de violence à l’égard des petites filles ». Plus de dix ans après les
acquis obtenus à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes tenue à
Beijing et dans le Programme d’action issu de la Conférence
internationale sur la population et le développement (CIPD), une jeune
fille de 17 ans a rappelé aux participants que la discrimination et la
violence exercées à l’égard des petites filles continuent de
compromettre leurs droits et, dans le même temps, de provoquer des
effets désastreux sur l’ensemble des sociétés.

L’impact des ONG à la CSW

Plus de 1000 représentants d’ONG ont participé à la CSW, conjointement
avec plus 100 états membres des Nations Unies et des représentants des
institutions des Nations Unies et des organismes multilatéraux. La
participation active des organisations de femmes et d’autres ONG est
essentielle afin de garantir le succès de la CSW, en particulier pour
obliger les gouvernements à rendre des comptes sur les engagements
contractés pour « mettre en place un cadre mondial de politiques
relatives à l’autonomisation des femmes et à l’égalité entre les sexes »
[5] Une intervention éloquente des ONG a eu lieu durant un débat général
au début de la dernière semaine : Rahal Saeed, de l’organisation Aahung
Pakistan, a fait une intervention devant la Commission au nom de la
Coalition internationale pour les droits reproductifs et sexuels
(ISRRC). Bien que ne disposant que d’une minute pour prendre la parole,
intercalée entre les déclarations des États membres, Rahal a été la
seule personne, durant la plénière, à soulever de façon provocatrice et
déterminée le problème de la violence sexuelle contre les petites filles
et à souligner le rôle crucial que peuvent jouer les organisations de
femmes pour élargir les cadres conceptuels et faire avancer les
définitions traditionnelles des droits humains [6].

Les organisations féministes et les militantes progressistes des droits
des femmes du monde entier se sont distinguées tout au long de la
réunion de la CSW par leur travail intensif et leur persévérance. Les
défenseures du mouvement n’ont cessé d’exercer des pressions sur les
délégations, ont réalisé d’importantes recherches et ont réuni et
disséminé des informations de référence et relatives à la rédaction des
documents pour les processus de négociations. Cet effort a sans nul
doute contribué au maintien des acquis historiques obtenus dans les
accords et instruments antérieurs des Nations Unies. Les défenseures ont
également contribué à faire évoluer l’agenda de manière à garantir que
les résolutions soient rédigées de façon à souligner l’importance
d’accorder aux jeunes filles le droit de devenir des femmes dotées de
leurs propres droits humains.

Cependant, les organisations progressistes de défense des droits des
femmes et les militantes ne sont pas les seuls groupes à faire du
plaidoyer et du travail de pression au sein des Nations Unies. Tout
comme il existe des groupes progressistes qui militent en faveur des
droits des femmes et font pression, par exemple, pour que les
gouvernements s’engagent à assurer aux jeunes filles l’accès à une
éducation sexuelle et à des services de santé en matière sexuelle et de
procréation (en fonction de leurs niveaux de croissance), il existe
aussi un groupe puissant et actif d’organisations de droite qui font
pression en faveur de leur propre agenda qui est très différent du nôtre.

Des représentants de groupes opposés au planning familial et à la
liberté de choix comme l’Alliance mondiale de la jeunesse continuent
d’assister en force aux réunions des Nations Unies telles que celles de
la CSW. Ces groupes appuient depuis toujours le groupe de pression qui
s’oppose aux droits reproductifs au sein des Nations Unies et cherchent
à restreindre la liberté des jeunes filles et des femmes en matière de
procréation. Les forces conservatrices qui souhaitent « protéger les
petites filles » ont vu dans le thème prioritaire de cette année
l’occasion d’invalider certains engagements contractés par les
gouvernements à Beijing, notamment en ce qui concerne la capacité des
femmes de contrôler leur propre sexualité, sans faire l’objet de
cœrcition, de discrimination ou de violence [8]. De nombreuses
organisations confessionnelles de droite qui adhèrent aux agendas fixés
par l’actuelle Administration des États-Unis, le Vatican et d’autres
gouvernements conservateurs tels que ceux d’Égypte, de la Syrie et, dans
une certaine mesure, du Pakistan, sont extrêmement bien organisées et
étaient massivement représentées à la CSW.

Renforcer l’architecture des Nations Unies en matière d’égalité entre
les sexes

Un thème central abordé en profondeur au sein et hors des espaces des
Nations Unies durant la réunion de la CSW a été la recommandation de
renforcer l’architecture des Nations Unies dans le domaine de l’égalité
entre les sexes figurant dans le rapport « Delivering as One » (« Unis
dans l’action ») présenté par le Groupe d’experts de haut niveau sur la
cohérence du système des Nations Unies. [9] Ce groupe a été chargé de la
tâche homérique de formuler des recommandations en vue d’introduire des
changements structurels dans la structure actuelle des Nations Unies
afin de construire une Organisation des Nations Unies plus forte et plus
unie. Dans ce rapport, le Groupe a réaffirmé clairement son engagement
vis-à-vis de l’égalité entre les sexes, ce qui est en partie dû aux
efforts déployés à la CSW l’année dernière par les mouvements et les
groupes de femmes.

Les caractéristiques clés d’une entité uniquement consacrée aux femmes
au sein des Nations Unies incluent : une autonomie institutionnelle, une
direction au plus haut niveau, une présence dans tous les pays du monde
et des ressources adéquates. À la session de la CSW de cette année et en
commémoration de la Journée internationale des femmes, des
représentantes de plus de 150 organisations de femmes et d’organisations
partenaires ont remis au Secrétaire Général et aux États membres des
Nations Unies une Lettre Ouverte dans laquelle elles expriment leur
soutien au projet d’une architecture sexospécifique au sein de
l’Organisation des Nations Unies [10]. Cette déclaration est le fruit
d’une série de discussions tenues au sein de la Coordination des ONG
convoquée par le Centre pour le leadership mondial des femmes (CWGL),
l’Organisation des femmes pour l’environnement et le développement
(WEDO) et le Comité sur la condition de la femme.

L’Assemblée générale tiendra prochainement une réunion pour analyser les
recommandations du Groupe d’experts et, entre-temps, la société civile
et en particulier les groupes de femmes élaboreront des stratégies et
s’organiseront pour décider des prochaines étapes de ce processus [11].
La possibilité qui s’offre aujourd’hui aux défenseur(e)s des droits des
femmes et aux organisations de femmes de se pencher sur le modèle
d’organisation des Nations Unies est une occasion exceptionnelle qui ne
s’était pas présentée depuis la création de l’UNIFEM à l’issue de la
Conférence de Mexico en 1975. Il y a actuellement énormément d’activités
et de manifestations de soutien à la proposition d’une instance
sexospécifique de l’ONU et il est essentiel que les mouvements de femmes
continuent d’élaborer des stratégies et de construire un pouvoir
collectif afin d’exercer une pression sur les états membres pour qu’ils
appuient les propositions du Groupe d’experts [12].

Après la première semaine de réunion de la CSW, le Centre pour le
leadership mondial des femmes (CWGL) et l’Organisation des femmes pour
l’environnement et le développement (WEDO) ont organisé une réunion
stratégique cruciale durant laquelle les organisations régionales et
internationales ont analysé, durant deux jours d’intenses débats, les
prochaines étapes du processus de réforme des Nations Unies et de
l’architecture de genre. Dans les semaines à venir, le groupe diffusera
des informations relatives à cette réunion.

***

Projets de résolutions émanant de la cinquante-et-unième Commission sur
la condition de la femme.

Durant la première semaine de la réunion de la CSW, les États membres
ont soumis cinq projets de résolution, à savoir :

• Les femmes, les petites filles et le VIH/Sida (soumis par le Lesotho
au nom de États membres des Nations Unies qui sont membres de la
Communauté de développement de l’Afrique australe) ;
• Situation des et assistance aux femmes palestiniennes (le Pakistan au
nom du Groupe des 77 et de la Chine) ;
• Mettre fin à la mutilation génitale féminine (soumis par l’Afrique du
Sud au nom des États membres des Nations Unies qui sont membres du
Groupe africain) ;
• Mariage forcé et précoce (soumis par les États-Unis d’Amérique) ;
• Élimination des pratiques préjudiciables de la sélection du sexe avant
la naissance et de l’infanticide féminin (soumis par la République de
Corée et les États-Unis d’Amérique).

Dans deux semaines, l’AWID terminera sa série relative à la CSW et les
modératrices du Dossier du Vendredi intervieweront une conseillère en
politique internationale et féministe de renom qui expliquera la teneur
de ces résolutions ainsi que des Conclusions concertées.

Regarder vers l’avenir

Le thème prioritaire de la CSW pour l’année prochaine sera consacré au
financement de l’égalité entre les sexes. En prévision de cette réunion,
la Directrice exécutive de l’AWID, Lydia Alpizar, a participé à un
groupe informel chargé de travailler sur l’agenda intitulé « Financer
l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes ». Lydia était
la seule représentante des ONG et elle a présenté les résultats de la
recherche de l’AWID sur la situation des organisations de défense des
droits des femmes en matière de financement et sur quelques aspects
cruciaux qui devraient être abordés par la CSW dans le cadre de ses
délibérations lors de sa session annuelle qu’elle tiendra l’année
prochaine [13].

Notes

[1] La Commission sur la condition de la femme (CSW) est une commission
fonctionnelle du Conseil économique et social des Nations Unies
(ECOSOC), exclusivement consacrée à l’égalité entre les sexes et à la
promotion des femmes. Une description exhaustive du mandat de la
Commission est disponible à l’adresse suivante :
http://www.un.org/womenwatch/daw/csw/index.html#about

[2] Les débats de cette année ont été basés sur le rapport du Secrétaire
général intitulé « L’élimination de toutes les formes de discrimination
et de violence à l’égard des petites filles ». La conclusion de ce
rapport est que, malgré certains progrès, les droits humains des petites
filles continuent d’être bafoués. Le rapport du Secrétaire général est
disponible à l’adresse suivante :
http://daccess-ods.un.org/access.nsf/Get?OpenAgent&DS=E/CN.6/2007/2&Lang=E

Hier, lors de la célébration de la Journée internationale de la femme,
le Secrétaire général Ban Ki-Moon a réaffirmé son engagement vis-à-vis
de l’égalité entre les sexes et a déclaré que « l’autonomisation des
femmes n’est pas seulement un objectif en lui-même. C’est aussi une
condition requise pour construire de meilleures vies pour tout le monde
dans le monde entier ». Ce discours est disponible à l’adresse suivante :
http://www.un.org/events/women/iwd/2007/sg-message.shtml

[3] Durant les deux dernières semaines, les délégations officielles se
sont attachées à peaufiner les Conclusions concertées sur les thèmes
prioritaires. Les Conclusions concertées constituent le principal
document de la CSW. Elle y identifie les principaux sujets de
préoccupation à propos des jeunes filles et formule une série de
recommandations et d’engagements à l’intention des gouvernements, des
organisations intergouvernementales et d’autres institutions, des
acteurs de la société civile et d’autres parties prenantes importantes
en vue de leur application aux échelons international, national,
régional et local. Conjointement avec les Conclusions concertées, la
Commission a adopté plusieurs résolutions négociées qui sont incorporées
à un rapport global qui sera soumis à la considération du Conseil
économique et social (ECOSOC).

[4] Site Internet de la Division de la promotion de la femme :
http://www.un.org/womenwatch/daw/csw/51sess.htm

[5] Un rapport technique des rôles joués par les ONG à la CSW est
disponible à l’adresse suivante :
http://www.un.org/womenwatch/daw/ngo/index.html

[6] Déclaration de la Coalition pour les droits sexuels et corporels
dans les sociétés musulmanes :
http://www.iwhc.org/docUploads/COALITION%20FOR%20SEXUAL%20AND%20BODILY%20RIGHTS%20statement.pdf

Déclaration d’organisations basées aux États-Unis envoyée au
Représentant des États-Unis à la CSW
http://www.iwhc.org/docUploads/Letter%20to%20USG%202%2D26%2D07%20%5F2%5F.pdf

[7] Mars 2005 « Influence des catholiques conservateurs en Europe : série
d’études », préparé par les Catholiques pour un libre choix.

[8] Programme d’action de Beijing, p.225 de la Section sur les droits
humains des femmes
http://www.un.org/womenwatch/daw/beijing/platform/human.htm#back2-3

[9] Le rapport de 52 pages du Groupe d’experts intitulé « Unis dans
l’action » est disponible à l’adresse suivante :
http://www.un.org/events/panel/resources/pdfs/HLP-SWC-FinalReport.pdf

[11] Si vous souhaitez continuer à participer aux discussions sur la
réforme des Nations Unies, abonnez-vous à la liste de diffusion de WEDO
et recevez les futures déclarations de plaidoyer par courrier
électronique : unreform chez wedo.org

[12] D’autres déclarations favorables à la proposition du Groupe
d’experts sur l’architecture des Nations Unies en matière d’égalité
entre les sexes sont disponibles sur le site Internet du Centre pour le
leadership mondial des femmes (CWGL) :
http://www.cwgl.rutgers.edu/globalcenter/policy/unadvocacy/index.html

[13] Les déclarations des membres du groupe sur le « Financement de
l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes » peuvent être
téléchargées sur le site :
http://www.un.org/womenwatch/daw/csw/csw51/Panel_financing.html

L’intervention de Lydia Alpizar est disponible à l’adresse suivante :
http://www.un.org/womenwatch/daw/csw/csw51/pdfs/panelpapers/Lydia%20Alpizar.pdf.

Source : AWID

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