L’éradication des MGF manque de volonté politique

TOKYO, 29 mai (IPS) - Le célèbre livre de l’auteur sénégalais Khady Koita ’’Mutilée’’ est sorti en librairie au Japon le 19 mai et a été un succès immédiat. Ecrit à l’origine en français, il rappelle l’expérience de l’auteur par rapport à l’horrible coutume de la mutilation génitale de la femme (MGF) et son travail contre la pratique.
La version japonaise traduite du livre ’Setsujyou Sareta’ (mutilée), de Khady Koita, publiée par Sony Magazines Inc., avait une première commande d’impression de 20.000 exemplaires, un nombre exceptionnellement élevé au Japon. Le correspondent de IPS, Suvendrini Kakuchi, a rattrapé Khady il y a quelques jours au milieu d’une tournée de promotion animée.

’’L’éradication des MGF manque de volonté politique’’
Interview avec Khady Koita

IPS : Comment aimeriez-vous que la question des MGF soit perçue dans le monde ?

KHADY KOITA (KK) : L’Afrique a compliqué le problème qui est une forme de violence à l’égard des femmes. La dure réalité est que la plupart des dirigeants africains sont des hommes et qu’ils ne veulent pas bien reconnaître que cette violence reste fermement ancrée dans notre société. Le fait que la MGF soit traitée comme une tradition en a également fait une question complexe.

IPS : Qu’est-ce qui vous met le plus en colère ?

KK : Je suis irritée par le manque de volonté politique en Afrique pour éradiquer les MGF. Le soutien politique, je crois, est crucial pour donner l’éducation aux femmes qui auront ensuite la capacité de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises traditions en Afrique. Par exemple, lorsque je visite des villages, je me rends compte que c’est souvent les femmes qui soutiennent l’excision. Elles croient que leurs filles doivent subir cette mutilation afin de les empêcher d’avoir plusieurs partenaires sexuels et pour également pouvoir trouver des maris en prouvant leur chasteté. Les femmes défendent les MGF de cette façon et soutiennent que c’est une tradition.

Par conséquent, je crois que la MGF est un problème africain et nous devons chercher les moyens de régler ce problème au niveau africain. Une façon de faire cela est de se conformer au dernier Protocole de Maputo visant à contraindre à l’action plutôt qu’à faire des promesses. Des leaders politiques et des activistes doivent travailler ensemble pour mettre en œuvre les propositions beaucoup plus rapidement qu’on ne le fait actuellement.

IPS : Quelle est l’efficacité du mouvement anti-MGF ?

KK : Les gouvernements africains ne se préoccupent pas assez de la protection des droits des femmes dans leurs pays. Il y a beaucoup de discours sur l’émancipation des femmes africaines à des conférences et à des rencontres internationales et les droits des femmes sont protégés dans des constitutions nationales. C’est très général. Ce qui manque, c’est l’action sur le front national pour promouvoir le statut des femmes dans la société. Je suis désolée, la politique nationale consiste à attendre que des dirigeants et activistes européens prennent l’initiative dans ce domaine.

IPS : Le financement est-il suffisant ?

KK : Le financement public pour les programmes de la santé de la reproduction en faveur des femmes et filles africaines est terriblement insuffisant en dépit du fait que tout le monde sait que c’est l’instrument le plus efficace pour arrêter les MGF. L’accès à la contraception, la prévention des maladies sexuellement transmissibles et l’alimentation sont tous des facteurs qui sont inestimables dans notre combat. Au Sénégal, mon pays, 60 pour cent de femmes n’ont pas accès à ces soins de santé. Nous savons également à partir des données recueillies que 20 pour cent des femmes au Sénégal continuent de subir les MGF. Pourtant, au même moment, des groupes de la base qui travaillent inlassablement dans des villages pour éduquer les femmes sur les questions des MGF ont enregistré des succès à travers l’éducation.

Lorsque des femmes et des hommes apprennent les risques médicaux de l’opération ainsi que les cicatrices psychologiques terribles chez la victime, ils souhaitent ardemment changer leur opinion. Cette stratégie qui a fait ses preuves doit être étendue aux villages où la population est pour la plupart analphabète et doit avoir accès à l’éducation. La meilleure façon de s’y prendre est de passer par des travailleurs non gouvernementaux qui sont soutenus par le gouvernement. Le travail n’est pas facile et doit être perçu sur une base du long terme, il doit également être accompagné d’un financement adéquat pour les salaires et les programmes.

IPS : Comment combattez-vous les MGF sur le plan international ?

KK : Les MGF peuvent être liées à la pauvreté, qui est une question internationale. En Afrique, les femmes rurales en particulier, sont défavorisées à cause de la pauvreté. Il est courant de voir des filles abandonner les classes avant l’âge de dix ans parce qu’elles doivent aider leurs parents dans les fermes ou à la maison. En conséquence, elles reçoivent une mauvaise instruction et la plupart ne peuvent ni lire ni écrire. Par ailleurs, elles sont contraintes par leurs familles de se marier lorsqu’elles atteignent la puberté, donc à l’âge de 13 ou 14 ans, ces jeunes filles épousent des hommes beaucoup plus âgés qu’elles et fondent des familles. Les maris sont leur source de stabilité économique.

La malnutrition constitue également un énorme problème dans les rangs des femmes et est une question mondiale. Et puis, il y a bien sûr la violence à l’égard des femmes. La violence domestique est courante aussi bien dans les pays riches que dans les nations pauvres. En incluant les MGF comme une forme de violation à l’égard des femmes, je montre l’importance d’une lutte concertée des femmes pour arrêter cette pratique.

IPS : Qu’est-ce qui fait que vous êtes particulièrement très sollicitée dans le mouvement anti-MGF ?

KK : De diverses manières, j’ai souffert des problèmes de MGF en Afrique. Lorsque j’avais sept ans, une femme âgée m’a mutilée dans mon village. J’ai été mariée à 13 ans à un homme beaucoup plus âgé que moi, qui me maltraitait. J’ai vécu en France avec lui et j’ai eu cinq enfants. Il ne me donnait pas d’argent et me laissait me démener pour m’occuper de la famille. De plus, je souffre encore de certains maux dus aux MGF.

Mes expériences sont similaires à celles des victimes africaines et elles peuvent comprendre ce que je ressens, une position importante dans l’activisme. Comme beaucoup d’autres, j’ai pris conscience du mouvement anti-MGF en France. J’ai réalisé que la pratique ne respecte pas les droits des femmes et je sais que nous pouvons l’arrêter. Cette initiative a montré à mes homologues en Afrique que nous avons le soutien international pour éradiquer les MGF. (FIN/2007)

Source : http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=3660

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