L’intégration du genre dans la gestion des infrastructures hydrauliques dans la région de Sikasso (Mali)

Cette étude de cas a été préparée et présentée par Helvetas Mali et le pS-Eau dans le cadre de la session « Gender in court », 3ème Forum mondial de l’eau, Kyoto, mars 2003.

De quels problèmes hydrauliques parlons-nous ?

Cette expérience aborde la question de l’intégration du genre dans la gestion d’infrastructures hydrauliques dans la région de Sikasso, au Mali. Il s’agit d’ouvrages destinés à alimenter les populations villageoises en eau potable (Water for people). Ce programme a été mis en œuvre en plusieurs parties, dont la dernière, commencée en 2002, vise à re dynamiser le système de gestion, grâce à une approche où les questions de genre sont centrales.

Présentation du Programme d’hydraulique Villageoise Mali-Suisse
(1977 – 1996)

Cadre juridique et organisationnel
En 1977, les gouvernements malien et suisse ont signé un accord cadre de coopération bilatérale, qui a servi de base pour l’accord signé la même année du Projet d’Hydraulique Villageoise « Forages Mali Sud », communément appelé PHV. Ce projet relevait du Ministère des Mines de l’Energie et de l’Hydraulique (MMEH) côté malien et de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) côté suisse. Le financement était assuré côté suisse par la DDC et côté malien, par le Budget d’Etat et par la population des villages concernés. L’exécution était confiée, du côté malien, à la Direction Nationale de l’Hydraulique (DNH) et, du côté suisse, à Helvetas, association suisse pour la coopération internationale, régisseur de la DDC.

Objectifs
Les objectifs fixés se résument comme suit :

- mettre en œuvre un système durable d’entretien et de maintenance de ces moyens d’exhaure (ce qui constitue une avancée remarquable dans la gestion des ressources de l’AEP et de l’implication des femmes dans les prises de décisions concernant l’AEP).

- faire admettre et faire prendre en charge les nouveaux points d’eau par les villageois ;

- acquérir des connaissances approfondies des réalités villageoises.

Bilan des réalisations, au 31/12/2000 :
-  Nombre de villages touchés : 806

-  Avec une population totale de 452.000 habitants

-  Nombre de forages : 1.694

-  Nombre de pompes à motricité humaine posées : 1.450

-  Réparateurs régionaux actifs : 33

-  Réparateurs villageois : 1.200

-  85% de pompes fonctionnelles

-  Adductions d’eau réalisées : 4

Concernant le volet adductions d’eau sommaires (AES) :
La phase 7 du programme, prévoyant la réalisation d’adductions d’eau sommaires a démarré en janvier 1997 et s’est terminée en août 2000.
Les études socio-économiques et de faisabilité se sont déroulées de juillet à novembre 1998 sur 12 centres, aboutissant à la sélection de 4 sites (Kabaya, Yanfolila, Garalo et Kéléya). Ces sites comportent 26 bornes-fontaines pour un budget estimé de 221 millions de francs CFA, avec une contribution villageoise à hauteur de 5% (versée au PHV en avril 1999). Les travaux des AES ont démarré en octobre 1999 et se sont terminés en juillet 2000. Deux sociologues sont intervenus en mai 1999 et mai 2000 pour l’appui à l’organisation et à la gestion.

Historique du Programme d’Appui Institutionnel au secteur Eau
(PAI-Eau) : Phase I : Diagnostic

En août 2002, un nouvel accord fût signé entre les gouvernements malien et suisse pour un projet intitulé le Programme d’Appui Institutionnel au secteur Eau (PAI-Eau). Ce programme pilote a démarré en septembre 2000 pour s’achever le 31 janvier 2002.

Le Programme d’Appui Institutionnel au secteur Eau phase I (PAI-Eau) avait essentiellement deux objectifs :
1. Le renforcement des capacités de l’administration de l’eau ;
2. la définition d’une stratégie de renforcement des autres acteurs du secteur (communes, opérateurs privés et mouvements associatifs).

Etant données les difficultés de fonctionnement des AES constatées lors des visites de terrain, une étude diagnostic a été mené par le PAI-Eau en avril 2001. Le diagnostic émis portaient sur des aspects tant techniques, financiers, organisationnels qu’institutionnels.

Problèmes identifiés :

Dans l’ensemble des centres, des associations d’usagers ont été créées au départ, pour l’exploitation des systèmes par les bénéficiaires conformément aux dispositions de la stratégie nationale de gestion du service de l’eau dans les centres ruraux et semi-urbains. Ainsi, des groupements d’usagers (robinets tons) ont été créés autour des différentes bornes fontaines représentés chacun par deux délégués dont un homme et une femme. Dans la pratique, le fonctionnement courant des organes constitutifs des associations a connu des difficultés institutionnelles et opérationnelles.
Ces constats apparaissaient déjà dans le rapport de fin de phase du PHV, à savoir que malgré les appuis organisationnels et les visites régulières de la Cellule Technique (Direction Nationale de l’Hydraulique), des difficultés importantes existent au sein des associations d’usagers après la mise en route des AES.

Ces problèmes peuvent être regroupés selon trois thématiques :
1. Faible à très faible vente d’eau sur tous les sites : niveau de consommation ne permet pas à l’association d’assumer les coûts de fonctionnement et d’amortissement des ouvrages ;
2. Conflits villageois (particulièrement dans deux centres) : transposition des clivages sociaux sur la scène de l’adduction d’eau ;
3. Non fonctionnalité des bureaux des associations : poids des traditions (forte présence des autorités traditionnelles), faiblesse de la base associative et absence de dynamique permanente d’implication des usagers et usagères dans la gestion quotidienne ; absence des femmes comme déléguées actives, faible capacité de mobilisation sociale et financière, etc.
4. Malgré la désignation de certaines femmes en qualité de déléguées des groupements d’usagers, les femmes sont restées absentes de toutes les procédures de prise de décision concernant la gestion des adductions d’eau. Certains bureaux de gestion, comme celui de Garalo, ne comptaient aucune femme.

Raisons de ces mauvais résultats :

a) Etudes socio-économiques mal menées

- Non prise en compte de l’abondance des sources d’eau alternatives ;

- Mauvaise évaluation des effet de transhumance de la population vers les zones aurifères 6 à 8 mois de l’année ;

- Non prise en compte du climat de mésentente social (clivage clanique).

- Non prise en compte des revenus en fonction du genre et de la répartition des charges financières au sein du ménage (qui paiera l’eau ?).

b) Faible mobilisation sociale

- Animation, sensibilisation pré-projet quasi inexistante ;

- Programme de mobilisation sociale trop léger (deux interventions de sociologues pendant deux mois sur un intervalle de deux ans pendant la mise en œuvre du projet) ;

- Pas de mesure d’accompagnement post-projet : le projet a pris fin avec la fin des travaux de réalisation des infrastructures ;

- Projet insuffisamment participatif : travail avant tout avec les chefs de villages et leaders d’opinion, qui n’ont pas su mobiliser les populations et ont monopolisé la gestion des infrastructures.

c) Faible compétence des structures d’accompagnement

- Manque d’adaptation des compétences des ressources humaines (coordination) du projet en fonction de la nouvelle orientation du programme (passage de la réalisation de pompes à motricité humaine (1977 – 1996) à la réalisation d’AES (1997 – 2000)) ;

- Insuffisance de compétences des services administratifs locaux (hydraulique) chargés de l’appui conseil.

d) Dimension genre peu prise en compte
Le diagnostic a constaté la non implication des femmes dans :

- Les prises de décisions ;
- Le choix des sites d’implantation des Bornes Fontaines ;
- La fixation du prix de l’eau ;
- La gestion des AES ;
- Le choix des bornes fontainiers ;
- Les heures d’ouverture et de fermeture des bornes fontaines ;
- La mobilisation des ressources pour la maintenance et les réparations ;
- La mobilisation sociale autour des bornes fontaines.

Contraintes exprimées par les femmes sur le problème du non paiement de l’eau

Un certain nombre de questions a été posé aux femmes sur leur non consommation de l’eau potable.
Les réponses sont les suivantes :
- Elles n’ont pas participé au choix des sites d’implantation des Bornes Fontaines ;

- Elles n’ont pas été impliquées dans la fixation du prix de l’eau ;

- Elles n’ont pas été consultées sur le tarage des récipients d’eau (conflit incessant avec les bornes fontainiers) ;

- Elles n’ont pas participé au choix des bornes fontainiers dont elles sont les principales interlocutrices ;

- Elles n’ont pas été consultées par rapport aux heures d’ouverture et de fermeture des bornes fontaines ;

- Elles ont seules la charge de payer l’eau ;

- L’éloignement des BF des concessions qui augmente la corvée ;

- Elle ne savent pas où va l’argent payé pour acheter l’eau.

e) Compétition entre deux technologies

Coexistence de deux technologies et systèmes de gestion différents (pompes à motricité humaine, et AES)

Actions entreprises pour résoudre les problèmes identifiés : Phase II du PAI-Eau : Re dynamisation de 4 adductions d’eau potable

En janvier 2002, une seconde phase de trois ans fût négociée entre les gouvernements malien et suisse, pour donner naissance au projet dénommé « Programme d’Appui Institutionnel au secteur Eau phase II » (PAI-Eau) (2002-2004). Ce nouveau programme vise entre autre à re dynamiser les 4 adductions d’eau potable sur lesquelles le diagnostic a été émis. Le mandat de gestion de ce programme a été confié à Helvetas.

Stratégie Genre mise en œuvre au niveau du PAI – EAU

La problématique de gestion des infrastructures hydrauliques nécessite une organisation des usagers / usagères autour des points d’eau afin d’assurer l’appropriation des ouvrages par ces derniers et faciliter la prise en charge de la maintenance et de l’entretien. Aussi, dans les projets d’hydraulique villageoise, l’accent est dorénavant mis sur le volet animation sensibilisation des usagers / ères et sur la mise en œuvre des mesures d’accompagnement pour une bonne organisation des populations. Le renforcement des capacités de maîtrise d’ouvrage au niveau communal pour une gestion globale de la ressource eau passe nécessairement par la participation active de tous les acteurs y compris les femmes.
Par ailleurs, le choix effectué par Helvetas d’un principe d’action de développement durable et de renforcement de l’égalité hommes et femmes commande la pleine participation de ces dernières afin de défendre leurs besoins et intérêts.

La nécessaire implication des femmes dans tout le processus de réalisation des infrastructures comme :

- la décision de création du point d’eau

- la mise en place de l’association d’usagers d’eau (AEP)

- la création des robinets ton et du comité de gestion

- la formation du personnel technique (gestionnaire, mécanicien, plombier)
s’est imposée comme une condition d’appropriation des ouvrages par les populations ces dix (10) dernières années.

Pour le programme, il s’agira d’œuvrer au sein des associations d’usagers d’eau potable, afin que l’implication des femmes dans l’organisation structurelle de la gestion des infrastructures d’hydraulique soit effective à tous les niveaux.
La démarche a consisté, dans le cadre de la re dynamisation des associations d’usagers :

- à les accompagner avec une approche participative dans un processus d’identification des problèmes, et de mise en œuvre des solutions dégagées ;

- d’informer, de sensibiliser et de former les populations pour un changement des mentalités à l’égard des femmes et un changement de comportement dans la consommation de l’eau (relation eau - santé).

Indicateur Genre du PAI-Eau :

- Degré de sensibilité en Genre des agents des sous-traitants partenaires ;

- Nombre de femmes faisant partie des instances de décisions ;

- Niveau de prise en compte de l’avis des femmes lors des rencontres concernant la gestion des points d’eau et de l’assainissement ;

- Nombre d’animations effectuées dans les villages ;

- Fréquentation des bornes fontaines pensant une période fixe de l’année et à des moments précis ;

- Volume d’eau vendu.

Méthodologie utilisée pour la re dynamisation

Les animations ont eu lieu sous forme de causeries, illustrée par la boîte à image de la méthode SARAR. Elles se sont déroulées en 2 temps :
1. Les animations ont commencé durant la phase de diagnostic, afin de sensibiliser déjà les hommes à la nécessité de leur contribution dans le paiement de l’eau. Ces animations ont été réalisées par 1 socio-économiste et la responsable genre d’Helvetas.
2. Lors de la phase de mise en œuvre des recommandations établies par le diagnostic, les animations ont été réalisées par les sociologues de l’équipe.

En outre, un noyau d’animateurs et d’animatrices a été identifié par l’équipe de consultants lors de la phase d’opérationnalisation. Il s’agit de personnes dynamiques des villages qui peuvent porter des messages et insuffler une dynamique de changement. Ils sont appelés « relais villageois », et il est prévu qu’ils continuent les animations pour mobiliser les populations et les encourager à utiliser systématiquement l’eau potable des points d’eau modernes. Ils résident en permanence dans les villages et seront formés et soutenus par le programme, et contribueront ainsi à la pérennisation des ouvrages et de leur gestion.

Il est à souligner qu’avant cette phase de re dynamisation, des associations traditionnelles ou modernes de femmes existaient dans les villages. Ces associations sont suffisamment organisées et prennent des décisions importantes contribuant à l’amélioration de leurs conditions de vie. Leurs activités sont centrées sur la solidarité féminine : l’entraide pour alléger leurs charges de travail, dans les champs ou lors de l’extraction du beurre de karité ; et un système de tontine pour bénéficier de l’appui de certains partenaires financiers ou pour constituer le trousseau de leurs filles. L’existence de ces groupements constituait une excellente base pour mobiliser et impliquer davantage les femmes.

D’autres moyens de communication et de sensibilisation ont été /seront utilisés. Ainsi, des émissions de radio ont été produites par des stations privilégiant l’information de proximité, et incitant les populations à se mobiliser et agir pour leur développement. De nombreuses émissions étaient destinées aux femmes, mais les heures de programmation ne correspondaient pas toujours au moment de disponibilité des auditrices, ou le problème d’accès est lié au fait qu’elles n’ont pas le matériel nécessaire (poste radio, piles). Suite à ce constat, des contrats seront signés avec des troupes de théâtre qui effectueront des tournées dans les centres équipés en AES, pour s’assurer que l’ensemble de la population, hommes et femmes, pourront être informés.

Stratégie de re dynamisation

En Mars 2002, un Bureau d’Etudes et d’Assistance aux Adductions d’Eau Potable a été commis par le programme pour mener une mission d’appui institutionnel aux associations des usagers des 4 adductions d’eau ayant bénéficié d’une AES (centres de Kéléya, Garalo, Kabaya et Yanfolila), dans le cercle de Bougouni.

La re dynamisation des organes de l’association a essentiellement été axée sur la notion de responsabilité citoyenne des usagers et démocratisation de la gestion.
La stratégie a consisté à :
1. Renforcer chez l’ensemble des acteurs locaux le sentiment d’appropriation des installations, par l’information et la participation démocratique ;
2. Faciliter une plus grande implication des femmes dans les activités de gestion de l’adduction d’eau ;
3. Renforcer les capacités de gestion financière, technique des divers organes de l’AUEP ;
4. Favoriser le transfert progressif de la gestion par l’Etat aux communes à travers leur implication.

Objectifs de cette stratégie

Les mesures d’appui institutionnel ont consisté à développer des stratégies d’intervention maîtrisables par les acteurs locaux en vue de :
-  réussir la mobilisation sociale et la re dynamisation des associations d’usagers ;

-  favoriser la participation des femmes aux divers organes des associations ;

- définir des stratégies de mobilisation financière pour le fonctionnement courant et l’amortissement des installations d’approvisionnement en eau ;

- promouvoir des mesures d’hygiène du milieu ;

- encourager l’utilisation courante de l’eau de l’AEP par les usagers et soutenir une plus

-  grande participation des hommes au paiement de l’eau ;
-  favoriser l’implication des communes à qui reviendra la gestion des infrastructures.

Actions menées

1. Information des habitants sur les conditions d’exploitation du système et ses enjeux ;
2. Organisation de réunions d’information et de sensibilisation avec tous les groupements formels et informels dans les quartiers notamment ceux des femmes ;
3. Organisation des réunions préparatoires avec les bureaux pour l’organisation des rencontres avec les délégués et les groupements de femmes ;
4. Organisation d’assemblées d’information dans chaque quartier pour faire le point sur les difficultés rencontrées et les perspectives de relance et re dynamisation des activités ;
5. Recensement intégral des familles et des habitants usagers des différentes bornes fontaines, pour élargir la base associative de la gestion de l’adduction ;
6. Elargissement de la base associative de l’association et l’augmentation du nombre de délégués dans le cadre d’une représentation proportionnelle à la taille démographique des groupements ;
7. Augmentation du nombre des membres du bureau, avec un renforcement de la représentativité des femmes dans les instances de décision ;
8. Création d’un comité de surveillance de trois personnes (dont une femme), chargé du suivi et du contrôle de la gestion assurés par le bureau d’adduction d’eau, et veillant aussi à l’implication des femmes ;
9. Organisation régulière de réunions d’information des délégués par le bureau ;
10. Décision d’instituer aux pompes manuelles le mode de paiement de l’eau en vigueur pour les bornes fontaines ;
11. Campagne de marketing sur l’eau potable et l’hygiène du milieu engagée par l’équipe d’accompagnement avec les groupements de femmes et leur forte mobilisation pour les activités de re dynamisation de l’association ;
12. Sensibilisation des hommes par rapport à leur participation à l’achat de l’eau ;
13. Retour à des relations de confiance entre les responsables d’association et les usagers, grâce à l’augmentation du nombre de délégué(e)s et à la restructuration de l’Assemblée Générale ;
14. Organisation de rencontres entre les délégués et les usagers, sur suggestion de la commission de suivi des consommations ou des autres organes de l’association ;
15. Mise en place d’une stratégie de gestion transparente autour des pompes manuelles permettant leur prise en charge avec les ressources qu’elles génèrent.

Organisation de ces actions : moyens mobilisés

L’organisation des mesures d’accompagnement nécessaires à ce processus de re dynamisation a eu une durée de 14 jours par village, soit un total de 56 jours pour les quatre villages.

Moyens mobilisés (par phase et activité)

Le pourcentage consacré à la re dynamisation s’est élevé à 17 % du budget total. Il était réparti comme suit :

-  Diagnostic/re dynamisation/suivi-évaluation : 9,2 % du budget total du PAI-Eau ;

-  Formation/suivi/contrôle technique et financier : 2,5 % du budget total du PAI-Eau ;

-  Formation approfondie des techniciens des centres : 5 % du budget total du PAI-Eau .

Avant le diagnostic
- 2 à 3 visites de terrain de la cheffe de projet et de la direction du programme dans les centres ;

- Rencontre avec les services techniques chargés du suivi.

- Résultat : constat de non fonctionnement et décision d’établir un diagnostic.

Diagnostic (phase I du PAI-Eau)
-  1 socio-économiste (bureau d’études 2AEP) et la responsable genre d’Helvetas Mali ;

- Le diagnostic a été réalisé avec des missions de 2 jours par centre, avec une durée totale de 8 jours.

Re dynamisation (phase II du PAI-Eau)
-  la cheffe de programme (visites ponctuelles)

-  1 socio-économiste et 3 sociologues (2AEP) et la responsable genre d’Helvetas Mali ;

-  La re dynamisation s’est effectuée en 2 missions d’1 semaine par centre (avec un intervalle d’1 semaine entre chaque mission dans chaque centre), avec une durée totale de 1 mois.

Suivi-évaluation
-  1 socio-économiste et 2 sociologues (bureau d’étude 2AEP) ;
1 séjour de 3 jours par centre, avec une durée totale de 8 jours.

Suivi / contrôle technique et financier
-  1 économiste formateur, 1 ingénieur électromécanicien, 2 agents locaux de l’administration Hydraulique ;

-  1 mission de 2 à 3 jours par centre, avec une durée totale de 8 jours.

Formation-suivi technique et financier
-  1 économiste formateur, 1 électromécanicien ;

-  1 mission de 5 jours par centre, avec une durée totale d’1 mois.

Restitution des résultats des comptes d’exploitation et vérification de la gestion technique et financière
-  la cheffe de programme (visites ponctuelles) ;

-  1 économiste formateur, 1 électromécanicien ;

-  1 mission de 2 jours par centre, avec une durée totale de 8 jours.

Formation approfondie des techniciens
-  2 ingénieurs, 1 technicien, 1 économiste ;

-  formation des plombiers et mécaniciens (2 par centre) : 1 mission de 2 semaines ;

-  formation des gestionnaires (1 par centre) : 1 mission d’1 semaine ;

-  Durée totale : 3 semaines.

Actions menées (par phase)

Première phase opérationnelle (1ère semaine re dynamisation) :

Cette phase a consisté à impulser les activités de re dynamisation à travers l’implication de l’ensemble des acteurs locaux dans la gestion des installations et la sauvegarde du service de l’eau. Cette phase comprenait les activités suivantes :
- les rencontres de programmation avec les bureaux en place ;
- l’information et l’implication des services administratifs et socio-sanitaires locaux ;

-  le recensement et la codification des groupements d’usagers ;

-  l’organisation de rencontres d’information et de sensibilisation autour des bornes fontaines et dans les quartiers sur la consommation d’eau potable et l’hygiène du milieu ;

-  la mise en place d’une commission de représentants des groupements féminins pour les activités de mobilisation des femmes

-  l’élaboration d’un plan d’action pour la désignation de nouveaux délégués et l’organisation des assemblées générales re constitutives des organes de gestion ;

Retrait d’1 semaine de l’équipe, pour permettre aux populations de s’organiser :

L’équipe de sociologue s’est retirée pendant une semaine afin de permettre une maturation des actions entreprises au sein des populations. Il s’agissait aussi de responsabiliser les populations en leur laissant l’initiative d’organiser entre eux la mise en œuvre du plan d’action élaboré avec l’appui de l’équipe de sociologue.

Seconde phase opérationnelle (2ème semaine re dynamisation) :

Cette 2ème semaine d’intervention dans les centres était destinée à appuyer la mise en œuvre du plan d’action, avec les usagers et les usagères, à savoir l’organisation de l’assemblée reconstitutive, l’élection d’un nouveau bureau et d’un comité de surveillance et la formation des nouveaux responsables élus à la maîtrise de leurs rôles et fonctions.

Impacts de ces actions : résultats de cette re dynamisation

Les stratégies développées au cours de cette mission de re dynamisation ont favorisé le contact, l’information et l’implication de la communauté toute entière. Les impacts de cette phase ont donc concerné l’ensemble des populations, même s’il est à souligner que les retombées ont été particulièrement positives pour les femmes, en terme d’ouverture à la gestion de la vie du village, à travers la question de l’eau.

Résultats obtenus / mobilisation des villageois autour de l’eau :

-  mise en place de commission de relecture des statuts et du règlement intérieur ;

-  organisation de plusieurs rencontre dans les quartiers avec des thématiques relatives à l’hygiène, au paiement du prix de l’eau par les hommes, la représentation des femmes dans les instances de prise de décision, etc.

-  production d’émission radiophoniques animées par les femmes sur des messages relatifs à l’hygiène et à la participation active des femmes dans les activités de l’AEP,

-  définition des critères de sélection des délégués de borne fontaine,

-  dénombrement des familles riveraines des bornes fontaines,

-  recentrage des rôles des délégués et désignation de nouveaux délégués (un homme et une femme) pour chaque borne fontaine,

-  uniformisation du système de vente à toutes les bornes fontaines et la validation du prix du m3 à 500 FCFA dans certains centres pour permettre à toutes les femmes d’accéder à l’eau de l’AEP ;

-  le tarage du bidon de 20 litres avec de la peinture à titre de récipient témoin ;

-  volonté des hommes de participer à l’achat de l’eau,

-  implication des élus /es et surtout de la commission de travail Santé / Eau potable.

Impact sur l’implication des femmes :
- des campagnes d’animation et de sensibilisation ont été conduites notamment avec les femmes ;

-  les réunions de quartiers, les AG autour des B.F et PM ont surtout été une réussite grâce à la participation massive des femmes et à tout l’intérêt qu’elles accordent à l’approvisionnement de l’ensemble des populations des centres, au problème de fixation du prix de l’eau, et à celui de la gestion des ressources de l’AEP ;

-  L’élargissement de la base associative pour la gestion des installations a permis la réorganisation de l’association et une plus grande responsabilisation des usagers et usagères.
- La représentationproportionnelledesdélégués (4 délégué(e)s pour 1 à 100 habitants) offre un cadre plus démocratique pour la composition de l’assemblée générale de l’association (participation paritaire des femmes et des hommes aux AG) ;

-  La mise en place des nouvelles assemblées générales après de larges consultations des groupements de femmes et des campagnes de sensibilisation ;

-  L’arrivée massive des femmes dans les bureaux de gestion (on passe de 2% à 32% de femmes membres). Elles ont accédé aux postes de vice présidente, de trésorière, de trésorière adjointe, de secrétaire à l’organisation et de secrétaire aux conflits. leur offre un cadre propice pour intégrer leurs préoccupations dans toutes les actions conduites par les femmes. Ceci constitue une avancée remarquable dans la gestion des ressources de l’AEP et de l’implication des femmes dans les prises de décisions concernant l’AEP ;

-  De par leur droit de vote elles influenceront la politique générale de l’AUAEP et défendront toutes les actions devant permettre la desserte complète en eau potable des centres, préoccupation centrale des femmes ;

-  L’apparition de femmes dans les comités de surveillance chargés du suivi et du contrôle de la gestion réalisée par le bureau d’adduction d’eau.

-  Les actions des femmes déléguées sont renforcées par celles qui sont membres du comité de gestion en tant qu’organe d’exécution de l’AUAEP ;

-  La prise de décision collégiale (hommes, femmes) d’une augmentation de la consommation spécifique de 3 à 5 litres/habitant/jour a été adoptée par l’association dans le cadre d’une stratégie de sauvegarde des installations ;

-  L’implication massive des groupements de femmes dans les activités de sensibilisation est un gage de durabilité du processus engagé, ce qui s’est concrétisé par une augmentation notoire de la consommation d’eau immédiatement après les mesures d’accompagnement ;

-  L’agent de collecte des cotisations des pompes manuelles de certains centres (1) sera désormais secondé par une femme.

-  D’une gestion unipersonnelle, monopolisée et d’exclusion totale des femmes, l’association passe à une gestion collégiale dans laquelle les femmes sont représentées de façon paritaire avec les hommes, les femmes ont accédés à de nouvelles fonctions, alors qu’auparavant, elles se limitaient au gardiennage et à l’assainissement des ouvrages ;

Impacts de l’implication accrue des femmes

-  Un certain nombre d’acquis ont pu être obtenus par la participation féminine :

-  Le tarage des récipients de mesure d’eau qui ont permis une mise en confiance des femmes avec les bornes fontainiers ;

-  La fixation des heures de fermeture et d’ouverture des BF ;

-  Le sentiment d’appropriation de l’AES autour des BF ;

-  Une meilleur connaissance de la gestion des ouvrages ;

-  Une reconnaissance des femmes en tant que partenaires par les hommes ;

-  L’augmentation de la consommation d’eau potable (de 3 à 5m3 / jours) ;

-  Et donc la mise en place d’un système de gestion plus efficace et pérenne.

Enjeux et leçons à tirer

Enjeux :

-  Cette re dynamisation des AES par une implication du plus grand nombre d’usagers et surtout des femmes a souvent été considéré comme un « coup d’Etat » par les chefs traditionnels et les leaders d’opinion ;

-  Si cette implication a été possible c’est parce que les statuts et règlement élaborés par le projet le stipulaient ;

-  Un contrat provisoire de gestion (Etat- association) ne permettait pas une trop grande résistance de la part des leaders et chefs traditionnels ;

-  Dans certains centres, il a fallu une intermédiation sociale (imam, confrérie de chasseurs etc.) pour trouver un consensus acceptable par tout le village de la représentativité des membres du bureau ;

-  Accélérer le transfert de compétences Etat-Communes en matière de maîtrise d’ouvrage pour un implication plus effective des élus communaux faciliterait la levée de la main mise des leaders et chefs traditionnels sur la gestion, dont l’influence est encore trop forte.

-  Le constat est que les femmes ont participé massivement aux Assemblées Générales, (parfois plus nombreuses que les hommes) ce qui démontre leur grand intérêt, mais aucune n’a pris la parole en public, ce qui dénote le poids social et traditionnel encore présent ;

-  La reconnaissance par les femmes de leurs rôles de citoyennes et d’actrices du développement à part entière ;

-  Le désir des femmes de s’impliquer davantage dans les discussions relatives à l’eau en tant que principales utilisatrices.

Leçons à tirer de cette expérience :

-  Les objectifs de mise en place d’un système de gestion et de paiement de l’eau pour pérenniser les ouvrages n’ont pas été atteint dans la 1ère partie de ce programme, du fait que les sociologues n’ont pas suffisamment analysé les enjeux, les besoins des unes et des autres, et insuffisamment consulté et impliqué les populations, en particulier les femmes.

-  Les études préalables doivent analyser précisément les relations (sociales, politiques et économiques) que les différents groupes (hommes, femmes, garçons, filles, jeunes, vieux, notables, …) entretiennent entre eux, afin de savoir sur quelle base et avec quelles contraintes le projet va se développer.

-  L’analyse de genre réalisée pour le diagnostic, dans la dernière phase du programme, a permis de révéler des enjeux non seulement hommes-femmes, mais aussi ceux existant entre les différents groupes sociaux (notables et non notables). Ceci nous montre que le genre ne se limite pas à la seule dichotomie hommes-femmes, mais qu’elle englobe l’ensemble des différentes catégories constituant une population.

-  Mener un travail en profondeur avec les populations (différentes composantes), directement sur le terrain, en les associant aux décisions et en les mobilisant comme acteurs de la gestion des ouvrages est la meilleure garantie que l’on puisse offrir aux communautés pour que l’eau potable soit accessible à tous et à toutes de manière durable, avec une réduction notoire de la durée et de la pénibilité des tâches d’approvisionnement et l’apparition de nouvelles opportunités pour les femmes.

-  Les différentes phases de cette action soulignent tout l’intérêt qu’il y a à suivre les actions sur du long terme lorsque l’on veut travailler dans une perspective de genre. L’originalité de ce programme est qu’Helvetas a pu être mandaté, suite au constat de mauvais fonctionnement des ouvrages, pour retourner dans certains villages, afin de réorganiser, cette fois en lien étroit avec l’ensemble de la population (dont les femmes), la gestion de l’eau.

-  Helvetas a d’ailleurs prévu un suivi régulier des 4 sites, afin d’inscrire les évolutions dans la durée : rencontres trimestrielles avec les différents groupes ; visite des points d’eau ; échanges/mise en relation avec la commune, ainsi qu’avec d’autres associations d’usagers et partenaires impliqués dans l’eau (bureaux d’études, entreprises, ONG, bailleurs) ; formation et recyclage des membres du bureau ; sensibilisation participative sur la relation eau/santé

-  La mise en place d’un système de gestion participatif, avec la nomination de femmes dans les associations d’usagers, et de délégués (1 homme, 1 femme) pour représenter les usagers et usagères de chaque borne fontaine, n’est réellement efficace que si cette démarche est doublée de mesures d’accompagnement (sensibilisation, animation, formation avec les différentes composantes du village), et précédée d’une analyse de genre de la population. Ici, l’absence de telles actions a permis à l’élite masculine du village de s’accaparer des ouvrages, et de rendre la gestion opaque et non participative (la présence des femmes se limite à une façade), ce qui a généré un désintérêt des autres villageois, pour la gestion, et aussi parfois pour la consommation d’eau.

-  Les femmes, en tant que principales usagères, doivent être consultées sur le choix des emplacements des points d’eau, des tarifs (ici, elles assumaient seules le paiement de l’eau), des fontainiers (dont elles sont les principales interlocutrices), des heures d’ouverture/fermeture des bornes fontaines.

-  Les femmes, en tant que principales usagères, doivent être impliquées à tous les niveaux de la gestion : comme usagères, comme déléguée des usagers et usagères d’un point d’eau, et comme gestionnaire au sein de l’association d’usagers. La mobilisation des femmes doit être accompagnée de sensibilisation et de formation, afin qu’elles développent les compétences nécessaires à leur participation aux prises de décisions, et ce avec l’accord du reste de la population.

-  Il est indispensable d’aborder avec l’ensemble des composantes de la population (hommes et femmes) la question du paiement de l’eau (modalités, tarifs), au même titre que ceux liés aux choix techniques et géographiques des infrastructures. Ici, la consommation d’eau potable n’était pas suffisante pour garantir l’entretien et l’amortissement des ouvrages, parce que les femmes n’avaient pas été consultées pour les emplacements des points d’eau ; qu’elles ne parvenaient pas à assumer seules la totalité du coût de l’eau (l’étude préalable n’avait détecté ce problème) et qu’aucune sensibilisation n’avait été menée auprès des hommes pour leur faire saisir la nécessité de leur contribution financière. En outre, le manque de transparence dans la gestion a renforcé ce sentiment d’exclusion des usagers et des usagères, qui les a conduit à se détourner parfois des ouvrages hydrauliques aménagés.

-  Les AES ont besoin d’être soutenues par des activités génératrices de revenus permettant une augmentation des ressources financières des femmes et des hommes. La sensibilisation et les formations n’ont de sens que si les femmes ont les ressources nécessaires pour acheter l’eau, sinon elles continueront à utiliser les sources alternatives.

-  Pour s’assurer que les besoins et opinions des différentes catégories de la population villageoise sont pris en compte, il est conseillé de conjuguer Assemblées Générales et réunions en plus petits groupes (mixtes et non mixtes). De plus, il est souvent utile d’organiser des causeries préparatoires lorsque de grandes réunions sont programmées, nécessitant la prise de décisions concernant l’ensemble du village.

-  En dehors des incontournables processus de consultation et d’implication des usagers et usagères, le travail d’information doit avoir une place importante dans les actions. En effet, c’est en donnant à chacune et chacun toutes les informations nécessaires à la prise de décisions qu’on augmente les chances d’obtenir un compromis qui soit accepté par toutes et tous comme répondant à l’intérêt général, et ainsi de pérenniser les ouvrages. Ce type de démarche (information, implication) doit d’ailleurs se poursuivre après le projet, entre les différentes structures de gestion et les usagers/usagères, pour assurer un fonctionnement transparent et démocratique du système, basé sur la confiance mutuelle.

-  L’eau, parce qu’elle est vitale et que les femmes en sont les principales usagères, constitue un excellent point de départ pour permettre aux femmes d’accéder à de nouveaux rôles et responsabilités et ainsi rééquilibrer les relations de genre au sein d’une population. Ici, la phase de re dynamisation a permis d’intégrer les femmes dans les différents organes de gestion, et les a motivé pour mettre en œuvre des actions de sensibilisation (au sein du village par des animations et à l’extérieur par des émissions radiophoniques) sur les questions d’hygiène, de paiement de l’eau, ainsi que sur les enjeux d’une implication accrue des femmes.

Conclusions présentées à Kyoto

Recommandations
-  Femmes et hommes devraient être considérés comme les premières parties concernées par les ressources en eau et non comme les bénéficiaires passifs d’un projet ou d’un programme.

-  L’intégration du genre par du personnel formé à cet effet devrait commencer dès la conception du projet et continuer tout au long du cycle du projet.

-  Un suivi régulier et à long terme est nécessaire pour que les changements liés à l’eau et au genre s’inscrivent dans la durée.

Appel pour l’action
L’intégration transversale du genre nécessite l’allocation de réelles ressources. Elle doit être prise en compte dès la conception et la définition des budgets des programmes hydrauliques. Il est indispensable que les bailleurs de fonds, les gouvernements, les ONGs mobilisent des fonds spécifiques pour le recrutement de personnel tel que spécialistes du genre et sociologues, qui consacrent du temps à l’élaboration d’un vrai travail participatif avec les femmes et les hommes.

***

Le rapport détaillé de la session Gender in Court est sur le site www.pseau.org/genre. Un résumé de la session est disponible sur ce site

Pour tout contact : Denis Désille desille chez pseau.org

P.-S.

Helvetas Mali

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