La Banmujer, une banque unique au monde, pour les femmes et par des femmes

"Le Venezuela peut se vanter de posséder la seule banque nationale féminine au monde, la Banmujer. Fondée et dirigée par des femmes, elle n’a pratiquement que des femmes pour clientes", rapporte The Guardian de Londres. On constate toutefois que très peu de femmes pauvres ont eu accès à la Banmujer.

Dans le monde entier, le milieu bancaire a toujours été un territoire masculin, discriminatoire envers les femmes, clientes ou employées, ces dernières n’ayant que rarement l’occasion de faire leur chemin parmi les cadres. Rien de tel à la banque Banmujer ou "Banque féminine pour le développement du Venezuela", puisque seules des femmes peuvent y travailler.

L’idée de créer un tel établissement est apparue il y a dix ans, lors d’une conférence internationale sur les femmes où l’on débattait des moyens à mettre en œuvre pour les aider à s’adapter au monde de la finance, totalement dominé par les hommes. La conclusion générale de ces réunions était que, puisque ce sont les hommes qui décident, les femmes passent toujours en second ; et celles des pays en voie de développement sont particulièrement touchées par cette discrimination. Il fallait changer tout cela en commençant par changer les mentalités.

Et "le seul moyen de changer le monde est de changer la vie des femmes. Car, sans droits économiques, elles n’ont pas d’autres droits", explique Nora Castaneda, la présidente de la Banmujer, citée par le quotidien britannique, qui l’a rencontrée lors de l’un de ses passages à Londres. "Les hommes sont contents que leurs femmes gagnent de l’argent, mais, quand ces dernières se mettent à gagner plus qu’eux, ils se sentent menacés. Cela conduit souvent à la violence conjugale car ils veulent exercer leur autorité. La peur et la soumission que cela engendre empêchent les femmes de se lancer dans une activité professionnelle ou dans la création d’entreprise", affirme Mme Castaneda.

Depuis qu’elle a ouvert ses portes, en 2001, la banque a proposé 51 000 crédits à des femmes qui ont créé des coopératives de nettoyage, des entreprises de mode, des salons de coiffure ou encore des fabriques de bonbons. Soixante-dix d’entre elles se sont même rassemblées pour ouvrir un centre de vacances écologique qui rencontre de plus en plus de succès auprès des Européens. Quant aux hommes, ils ne peuvent accéder à un prêt que s’ils travaillent avec des femmes et si leur projet est dirigé par une femme ; ils sont très peu nombreux puisqu’ils ne représentent que 4 % de la clientèle de la banque.

"La banque n’a qu’un seul bureau, à Caracas", poursuit le quotidien, mais des femmes en font la promotion dans tout le pays, et l’on peut en voir certaines, habillées en femmes d’affaires, parcourir les régions les plus reculées de l’Amazonie afin de proposer des prêts à d’autres femmes. Elles font d’une pierre deux coups, car, "en plus de parler finance, elles font passer des messages sur la sexualité, la contraception et tous les sujets qui touchent à la condition féminine", explique Nora Castaneda.

"Quand Hugo Chávez a été élu, en 1998, il avait lancé au peuple : ‘Apportez-moi des solutions, pas des problèmes’. Nous lui avons proposé de créer une banque nationale spécialisée dans les petits prêts, qui tout en aidant financièrement les Vénézuéliennes, défendrait leurs droits ; et il a accepté", se souvient la présidente de la Banmujer, qui a été nommée par Chávez à ce poste.

"Notre but est de prêter aux femmes de petites quantités d’argent à court terme, en moyenne 1 000 dollars, et de faire d’elles des entrepreneuses." La plupart ont réussi. Nombreuses sont celles qui ont pu rembourser leur emprunt plus vite que dans le délai des quatre ans prévus et qui ont eu la possibilité de faire appel à un nouveau crédit dont le taux d’intérêt s’élève à 1 % par mois.

Malgré ce succès, on constate aujourd’hui que très peu de femmes issues des milieux les plus pauvres ont eu accès à la Banmujer. Nora Castaneda reste cependant confiante. "Nous sommes en train de créer une économie au service des êtres humains ; ce ne sont pas les êtres humains qui sont au service de l’économie", dit-elle en guise de conclusion.

Par Anne Collet

Source : http://www.courrierinternational.co...

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