La condition des prisonnières palestiniennes dans le système pénitentiaire israélien

22 avril 2016, par ALBA UBIETO OLIVÁN

Article proposé par Alba Ubieto Oliván, traductrice et étudiante en droit et science politique (France)

A l’occasion du 17 avril, Journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens, un état des lieux sur la condition de nombreux palestiniens et palestiniennes détenus en Israël s’impose.

L’association Addameer recense 700 000 palestiniens incarcérés en Israël depuis 1967, début de l’occupation militaire par Israël de Cisjordanie et Gaza. Parmi eux, environ 10 000 sont des femmes.

Encore aujourd’hui, la communauté internationale fait preuve d’une énorme lassitude quant au besoin de libérer les prisonniers politiques palestiniens. Déjà en 1975, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien avait insisté, dans un rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations Unies, sur le besoin pour Israël de libérer tous les prisonniers politiques, en attendant son retrait des zones occupées depuis 1967.

Dans le contexte actuel, la libération des prisonniers politiques est d’autant plus nécessaire que qu’elle aurait un impact déterminant dans la reprise du mouvement politique en Palestine et l’accession de l’Etat à l’indépendance.

Les 7 et 8 mars 2011 se tenait à Vienne une Réunion internationale des Nations Unies sur la question de Palestine, dans le but urgent

« d’examiner le sort des prisonniers politiques palestiniens qui se trouvent dans les prisons et autres lieux de détention israéliens »

, et plus spécialement la situation des femmes et des mineurs.

A l’occasion de ce rapport, l’ONU comptabilisait un total de 37 femmes incarcérées en Israël en 2011. Néanmoins, l’Organisation de femmes pour les prisonnières politiques (WOFPP), estime que ce chiffre s’élève aujourd’hui à 70 femmes, dont 15 mineures.
Si les représentants des Nations Unies signalaient le besoin de

« renforcer l’appui de la communauté internationale »

en la matière afin de trouver une solution rapide à la situation des prisonnières, leur condition demeure pour la plupart inchangée cinq années plus tard.

Au mois de mars 2016, plus de 1 400 femmes palestiniennes avaient fait l’objet de détentions par Israël depuis l’année 2000, tel qu’affirmé par le journaliste et activiste pour la libération des prisonniers palestiniens, Abdul Naser Farwana. Parmi elles on trouve aussi bien des mineures que des femmes âgées, des activistes, ou des femmes enceintes, toutes elles privées d’accès aux besoins minimaux et souffrant de tortures ou traitements inhumains. On constate toutefois que la plupart des détenues sont des femmes politiques ou des membres du Conseil législatif palestinien, ce qui témoigne du caractère purement politique du problème.

Selon Fabrizia Falcione, responsable des droits des femmes pour le Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme, il est nécessaire de porter à la connaissance du monde ces violations systématiques des droits des femmes palestiniennes par Israël. Les défenseurs des droits des femmes exigent, en plus de la libération des prisonnières, le respect par Israël des droits fondamentaux et du droit international, qui font l’objet de violations récurrentes dans le cadre du système pénitentiaire.

En premier lieu, on constate depuis une cinquantaine d’années un recours systématique d’Israël à la détention administrative, mesure privative de liberté qui n’est pas appliquée conformément aux règles de droit international. En effet, en vertu d’un système de décrets militaires en vigueur en Israël, les forces peuvent arrêter les palestiniens et les retenir sans justification aucune, ce qui viole les principes d’une détention et un procès réguliers.

Dans d’autres cas, tout simplement, les forces accusent les palestiniennes d’appartenir à des organisations politiques illégales, ce qui explique la prolifération de femmes politiciennes ou membres du Conseil législatif palestinien parmi les détenues. Info-Palestine souligne également une privation de toute représentation juridique et une violation du droit à la défense, garanties fondamentales également sauvegardées par la Quatrième Convention de Genève de 1949.

Par ailleurs, tout droit à l’intimité est dénié aux femmes prisonnières, puisqu’elles partagent dans la plupart des cas les mêmes espaces que les prisonniers masculins. Ceci viole l’alinéa 3 de l’article 76 de la Quatrième Convention de Genève, qui dispose que « les femmes seront logées dans des locaux séparés et placées sous la surveillance immédiate de femmes ». A ces atteintes s’ajoute la privation totale de soins médicaux, spécialement lors des accouchements, pendant lesquels les femmes demeurent enchaînées.

En définitive, force est de constater que le respect des droits des femmes dans les prisons israéliennes ne fait pas l’objet d’évolutions, la question étant souvent négligée ou totalement mise à l’écart par la communauté internationale.

L’Organisation de femmes pour les prisonnières politiques (WOFPP) s’efforce de diffuser les conditions déplorables dans lesquelles vivent les prisonnières palestiniennes, en visitant les prisons israéliennes et en établissant des bulletins informatifs. A présent, elle travaille notamment dans les prisons de Damon et Hasharon et lance un appel à la solidarité avec les prisonnières et leur libération par Israël : http://www.wofpp.org/french/home.html

Le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, la féministe et politicienne palestinienne, Khalida Jarrar (membre du Front populaire de libération de la Palestine et du Conseil législatif palestinien), arrêtée le 2 avril 2015, a prononcé une déclaration depuis la prison israélienne de Hasharon, où elle purge une peine de 15 mois, afin de soutenir la cause des femmes prisonnières palestiniennes ainsi que de toutes les femmes en lutte pour la défense de leurs droits.

Alba Ubieto Oliván

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