La désignation de Ségolène Royal vue du Cameroun

La directrice du journal camerounais "La Cité", Pauline Biyong, en fait son éditorial du n° 74 (décembre 2006).

SI COMPARAISON ETAIT RAISON : L’EXEMPLE
QUI NOUS VIENT DU PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS

Pauline BIYONG

La désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti socialiste français pour la présidentielle de l’an
prochain constitue une merveilleuse leçon de démocratie pour les Camerounais.

C’est connu, Ségolène Royal, ex-Ministre, Député et Présidente d’une Région de Fran-ce, le Poitou-Charentes, a remporté haut la main, les primaires au sein du parti
socialiste français. Fait plus spectaculaire,
encore, elle a battu un ancien
Premier Ministre, Laurent Fabius, et
un autre grand nom du parti socialiste,
Dominique Strauss Kahn,
ancien Ministre des Finances. Et
enfin, elle est la première dame, de
toute l’histoire de France, à se trouver
en position d’être élue à la
Présidence de la République. De tout
ceci, les Camerounais devraient tirer
plusieurs enseignements.

PAS DE "CANDIDAT
NATUREL "AU PARTI
SOCIALISTE

Le tout premier des enseignements
à tirer de ce qui vient de se
produire en France, est que, la démocratie
commence à l’intérieur d’un
parti politique qui aspire au pouvoir.
Le Parti Socialiste Français est bel et
bien doté d’un leader, en l’occurrence
le Premier Secrétaire, comme les
partis politiques camerounais sont
dotés de Présidents Nationaux. Mais,
il n’est aucunement question de faire
de ce dernier le candidat d’office, du parti, à l’élection présidentielle, ainsi
qu’il est de règle dans la quasi-totalité
des partis politiques camerounais,
à commencer par le parti gouvernemental,
le RDPC, qui est doté
d’un candidat "naturel" en la personne
de son Président National. Et
pourtant, ce ne sont pas les atouts
qui ont fait défaut à François
Hollande pour se prévaloir d’un titre
aussi extravagant. Bien au contraire,
il aurait été aussi un excellent candidat
pour le Parti Socialiste, lui qui
dirige cette formation politique
bourrée de sommités politiques et
intellectuelles. Mais, tel n’a pas été
le cas. Bien mieux, il a été laissé la
possibilité à tout militant qui désirait
se porter candidat à la candidature
de le faire. Au finish, trois d’entre
eux se sont portés candidats. Puis, il
a été demandé aux militants de trancher,
à partir de trois débats au cours
desquels chacun des postulants a eu
le loisir de développer ses idées, sa
vision de la France. La suite, on la
connaît, Ségolène Royal est arrivée
en tête du scrutin, avec un peu plus
de 60% des voix. A ce jour, elle
porte les couleurs du Parti Socialiste
pour la présidentielle de l’an prochain,
avec le consentement des
militants.

Que voit-on plutôt, au Cameroun ? Paul Biya s’est tout bonnement
porté candidat à sa réélection en
2004, à l’insu de quelle que instance
que ce soit du RDPC. Tout s’est réglé
à deux, Owona Grégoire, et lui. Il a
chargé ce fidèle des fidèles ? baron
du régime devant Dieu ? de déposer
son dossier de candidature au
MINATD, pratiquement en catimini,
on dirait presqu’à la sauvette. Ce
n’est que par la voie des ondes que
l’ensemble des militants du RDPC a
appris que leur parti disposait déjà
d’un candidat. Pourquoi ces cachotteries ?
Qui pourrait garantir qu’au sein
du RDPC, il n’existait pas d’autres
personnes désireuses de se porter
candidates à la candidature de ce
parti politique ? Pourquoi fuir toute
compétition électorale, à l’intérieur
du parti, à ce niveau, alors que celle-
ci se produit, depuis déjà longtemps,
pour la désignation des candidats aux
élections législatives et municipales
 ? En d’autres termes, pour quelle raison
la démocratie qui se pratique à la
base du RDPC, ne se poursuit-elle
pas au sommet de celui-ci ?
Existerait-il des militants au-dessus
des autres dans ce parti politique ?

De même, au sein du SDF, de
l’UNDP, de l’UDC, de l’UPC, de
l’ADD, etc, les candidats de ces différentes
formations politiques ont affronté quels concurrents pour
bénéficier de leurs investitures lors
des dernières présidentielles ? Ne
sont-elles pas, toutes, dotées, à l’instar
du RDPC, de " candidats naturels
" ? Garga Haman Adji, Adamou
Ndam Njoya, John Fru Ndi, tous
champions toutes catégories de la
démocratie, sur les ondes des radios
camerounaises, ne sont-ils pas, tous,
les " candidats naturels " de ces partis
politiques qu’ils gèrent comme
des propriétés privées depuis 15 ans ?
Combien de militants du RDPC, de
l’UNDP, de l’ADD, de l’UDC ou du
SDF, ont-ils été simplement au courant
du montant de l’enveloppe budgétaire
allouée par le gouvernement
aux candidats de leurs partis politiques ?
Ont-ils au moins été informés
du jour où ces fonds ont été débloqués ?
La gestion transparente qu’ils
exigent du Gouvernement qu’ils exécrent,
la pratiquent-ils déjà, à leur
niveau ? Combien ont-ils touché lors
de la consultation pour la CENI chez
le Premier ministre en Novembre
2006 ?

LES VAINCUS SE SONT
RANGES DERRIERE
LE VAINQUEUR

Sur ce point, également, les
Français viennent d’administrer, aux
Camerounais, une merveilleuse
leçon de démocratie. Laurent Fabius
et Lionel Jospin, anciens Premiers
ministres, Dominique Strauss Kahn,
ancien Ministre des Finances, baron
des barons du Parti Socialiste, se
sont, immédiatement leur défaite
connue, rangés derrière Ségolène
Royal. Imagine-t-on au Cameroun,
un tel comportement ? Combien
d’anciens ministres du RDPC se sont-ils rangés derrière Paul Biya,
après que celui-ci eut été désigné,
président de la République par
Ahmadou Ahidjo, en 1982 ? N’a-t-on
pas vu un grand nombre d’entre eux
démissionner du RDPC, dès lors que
cela leur était devenu possible, c’està-
dire dès le mois de Janvier 1991 ?
N’est-ce pas ainsi que se sont comportés
Bello Bouba Maïgari,
Adamou Ndam Njoya, pour ne citer
que ceux-là ? Que dire de John Ngu
Foncha, de Tandeng Muna, tous
grands barons du RDPC ?
Actuellement, ce ne sont pas les
créatures politiques de Paul Biya qui
multiplient les intrigues par journaux
interposés et autres actions pour le
chasser bientôt du pouvoir ?

SEGOLENE ROYAL N’EST PAS
UNE APARATCHICK

Autre enseignement essentiel à
tirer des primaires au sein du Parti
Socialiste, c’est que l’heureuse élue,
tout comme les battus, sont toutes
des personnalités dotées de mandats
électifs, à des degrés divers : Maires,
Députés, Conseillers Généraux, etc.
Elles ne sont pas de simples fonctionnaires,
pupilles de la Nation, qui
ont, de nomination en nomination,
gravi les marches conduisant au
sommet de l’Etat. Et lorsque l’on
parle de mandats électifs, en France,
rien à voir avec les combines qui ont
cours au sein du RDPC, ou tout se
règle entre le Comité Central et le
bourrage des urnes, spécialité des
Sous-préfets, à travers le territoire
national. Ségolène Royal - il est
important de le rappeler - pour se
faire élire député, consacrait trois
jours par semaine, à sillonner sa circonscription
électorale. Elle a véritablement " mouillé le maillot ",
comme on dit au Cameroun, pour se
retrouver à l’Assemblée Nationale.
Rien à voir avec nos députés
Camerounais qui, très souvent, se
font élire sans jamais avoir effectué
la moindre descente ne serait-ce
qu’au centre commercial de leur
chef-lieu de département, pour serrer
la main aux bayam sellam, aux boutiquiers,
aux sauveteurs, etc.
Nombreux sont ceux qui estiment
même que les villageois sentent
mauvais… Voici une cuvée qui finit
ses 5 ans et qui est incapable de montrer
ce que les électeurs peuvent retenir
de leur passage à l’Assemblée
Nationale ou dans les Mairies. Tout
se passe, dans la pénombre, c’est-àdire
à travers des tractations sordides
entre les " élites " de la République,
bien loin du peuple, à l’écart de ce
dernier. Résultat, on se retrouve au
Cameroun avec des candidats à
l’élection présidentielle qui ne sont
même pas de simples Conseillers
Municipaux, nulle part, y compris
dans leurs propres communes natales.
Ils touchent les 15 millions de
francs CFA du contribuable sous
forme d’enveloppe de campagne et
disparaissent, une aberration.

Les femmes arrivent en force
dans le monde entier pour l’exercice
du pouvoir suprême. Allemagne,
Chili, Liberia, Etats-Unis, Finlande,
France, etc. Notre pays restera t-il en
marge de cette évolution porteuse
d’espoir ? Non, nous en sommes
convaincues.

***
Source : La Cité N°74, décembre 2006,
pauline_biyong chez yahoo.fr

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