La formation en Genre et Micro-Macro Economie est essentielle. Compte-rendu du premier atelier MIC MAC.

Madagascar, mars 2013

La formation est un pilier essentiel du projet MIC-MAC. Dans le monde francophone, le genre est très peu présent dans les enseignements en économie : un gros travail de plaidoyer et de sensibilisation est à faire dans ce domaine pour que de nouvelles actions en faveur des femmes se mettent en place.

Premier atelier de formation Genre et Economie à Madagascar. En mars dernier, dans le cadre du projet MIC MAC, Genre en Action et ses partenaires [1] ont mis en place un atelier de sensibilisation et de formation en « MICro- MACro- économie et Genre ». Les questions abordées ont porté sur l’articulation entre le genre et l’économie, les limites de l’approche « classique » du développement pour réduire les inégalités de genre et les approches alternatives. La formation a été dispensée par des expertes en Genre et Economie : Zo Randriamaro [2] et Jeannine Ramarokoto [3]

« Les politiques macro-économiques ne sont pas neutres par rapport à l’évolution des relations de genre. Prendre en compte le genre dans le processus de prise de décisions macro-économiques, c’est tenir compte des différences de comportement économique entre les hommes et les femmes et de l’effet que les politiques exercent sur eux » (Jeannine Ramarokoto).

Plaidoyer pour la prise en compte du genre en contexte pré-électoral à Madagascar. Suite à la formation, les participant(e)s [4] ont saisi l’urgence de sensibiliser et de plaider pour la prise en compte du genre dans les politiques économiques, d’autant plus que les circonstances s’y prêtent, Madagascar étant dans une période pré-électorale. A cet effet, un forum de discussion ouvert au grand public a été organisé. Un groupe de travail s’est réuni pour travailler sur le plan de relance économique du gouvernement et se tenir prêt à faire pression lors de l’élaboration du prochain programme de développement économique.

Parité, alphabétisation, inégalités économiques constituent les principaux domaines sur lesquels les femmes souhaitent faire entendre leur voix.
Quelques chiffres : Les femmes travaillant dans le secteur informel sont plus nombreuses que les hommes. Le revenu du travail des hommes est estimé à 1,4 fois plus que celui des femmes. Les femmes malgaches sont particulièrement discriminées en matière d’héritage. Malgré un droit qui spécifie une égale distribution, l’application de la loi coutumière pénalise le genre féminin dans beaucoup de régions de l’île. L’alphabétisation des femmes reste inférieure à celle des hommes. La représentation des femmes dans les instances de prise de décision publique et politique reste faible (15% en moyenne au Parlement ; moins de 5% de femmes maires…) [5].

Les politiques d’austérité impactent directement les conditions de vie des femmes. La réduction des budgets alloués aux services publics est un facteur aggravant des inégalités de genre. A Madagascar comme ailleurs, ce déficit de service public augmente les charges de travail des femmes et les discrimine. Quand les hôpitaux, les écoles, les crèches réduisent leur budget et modifient leur fonctionnement, ils transfèrent au privé (le ménage) une partie des tâches : or ce sont les femmes, en raison de leur assignation de genre au « care », qui vont prendre le relais de ces collectivités déficitaires : soins domestiques, prise en charge des personnes âgées et des malades, garde d’enfants, éducation, etc. Ce travail qui repose de façon soi-disant « naturelle » sur les femmes est invisibilisé et non rémunéré. Il contribue à les écarter du marché du travail, ce qui pèse sur leur autonomie financière. Toutes les décisions politiques de niveau macro-économique doivent ainsi être analysées au prisme du genre, car les conséquences peuvent très vite aggraver les inégalités entre les sexes.

Une dynamique est lancée. La formation MIC MAC puis le forum ont permis de réaliser un travail de « réseautage » destiné à susciter l’engagement des diverses institutions participantes en vue de l’intégration du genre dans les politiques économiques et de la budgétisation sensible au genre [6]. Cette dynamique doit beaucoup à l’association Simiralenta, membre du réseau Genre en Action et qui oeuvre pour la promotion du Genre à Madagascar. Simiralenta participe également au Réseau des Observatoires de l’Égalité de Genre (ROEG), un projet ambitieux du réseau Genre en Action dont l’objectif est de renforcer l’analyse et la compréhension des inégalités de genre dans les pays de la francophonie.

Le projet MICMAC cherche des partenaires prêts à accueillir et co-organiser des ateliers sur le modèle testé à Madagasar. Contactez-nous.

Sources : Mina Rakotoarindrasata et Jeannine Ramarokoto, membres de Simiralenta et de Genre en Action à Madagascar.

En savoir plus sur Genre et Economie :

Vidéo : Macro, micro : quel genre d’économie ?
Ce film fait le point sur les alternatives féministes dans le domaine de l’économie. Entre macro et micro-économie, quels sont les obstacles comme les percées rencontrés par les organisations de femmes un peu partout dans le monde ?

Notes

[1La formation s’est déroulée du 25 au 29 mars 2013 à Madagascar, à l’Université d’Antananarivo. Elle a été organisée par Genre en Action, Simiralenta (Centre d’Observation et de Promotion du Genre - Madagascar), le Centre de Recherche et d’Appui pour les Alternatives de Développement – Océan Indien (CRAAD-OI) et le Département Eaux et Forêts de l’Ecole Supérieure des Sciences Agronomiques (Université d’ Antananarivo, Madagascar)

[2Militante des droits humains et pour l’égalité des sexes, Zo Randriamaro exerce la profession de sociologue à Madagascar. Elle met son expertise des questions de genre, d’économie et de commerce au service des organisations internationales de développement, notamment des agences des Nations unies (ONU) et de l’agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Ancienne directrice du programme régional de Réformes en matière de genre et d’économie en Afrique (GERA), elle a rejoint depuis peu le comité directeur de WEDO (Women’s Environment & Development Organization).

[3Jeannine Ramarokoto est économiste, formatrice en genre et développement et membre fondatrice de Simiralenta, centre d’observation et de promotion du genre à Madagascar.

[4Ont notamment participé :
- Niveau macro : Ministère de la Population, Ministère de l’Economie et du Plan, Ministère de l’Elevage, Institut National des Statistiques (INSTAT), Centre de Recherche Economique et d’Analyse (CREAM).
- Niveau méso : SAF FJKM, Fondation Tany Meva, Focus Development, Agence Nationale d’Actions Environnementales (ANAE)
- Niveau micro : des représentant(e)s d’ONGs et d’associations, notamment celle des femmes rurales.

[5Signalons le « mouvement 30-50% » qui mène des actions de lobbying pour atteindre le taux de 30% des femmes occupant des postes décisionnels en 2012 et 50% en 2015

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