La lutte contre le VIH/SIDA au Cameroun : la fin des évidences

Cet article a été rédigé par Pauline Isabelle Ngo Nyouma. Elle est membre du Réseau Genre en Action et anime un blog sur la promotion de l’égalité des genres au Cameroun (http://pisanyoumaforgenderpromotionincameroon.over-blog.com).

Ce 1er décembre 2011 se célèbre la Journée internationale de la lutte contre le VIH/Sida, sur le thème « objectif zéro : zéro nouvelle infection à VIH, zéro discrimination, zéro décès lié au sida ». Comme de tradition, cette journée est l’occasion de faire le point sur toutes les activités liées à cette pandémie, en allant de la prévention, au traitement et à la prise en charge des personnes infectées.

Au Cameroun, le Ministre de la Santé Publique, Mr André MAMA FOUDA a fait l’état des lieux de la progression du VIH/Sida. Il en ressort qu’en 2011, les victimes de cette maladie sont majoritairement des femmes, qui représentent près de 60% des 570 000 personnes séropositives que compte le Cameroun. De plus, 70% des nouvelles infections dans la tranche 15-24 ans concernent les jeunes filles. Les régions les plus touchées sont respectivement le Nord-Ouest et l’Est avec des taux de prévalence respectifs de 8,7% et 8,3% (la moyenne nationale est de 5,1%), tandis que les régions les moins affectées sont l’Extrême-Nord avec 1,7% et le Nord avec 2%.

En tout état de cause, la situation du VIH/Sida au Cameroun reste préoccupante, et ce, en dépit des nombreux efforts de prévention fournis par le gouvernement, les partenaires internationaux et la société civile. Le moins que l’on puisse dire est que, depuis plusieurs années, les actions d’information et de sensibilisation visant à informer le public sur les moyens d’éviter la maladie ou de prendre en charge les séropositifs se sont multipliées sur toute l’étendue du territoire national. Aujourd’hui, il n’est pas excessif d’affirmer que la majorité des Camerounais savent que le préservatif, l’abstinence et la fidélité constituent les principales barrières à la pandémie, dont le premier mode de transmission demeure la voie sexuelle. Que reste-t-il donc à faire ? Certains observateurs estiment qu’il faudrait innover en réinventant les stratégies de prévention, les stratégies actuelles s’étant révélées inefficaces, un peu comme si les destinataires étaient devenus insensibles ou imperméables aux mises en garde inlassablement répétées. D’autres pensent qu’il est plutôt impératif de combattre les « racines » du problème, à savoir, la pauvreté, l’analphabétisme, la dépravation des mœurs, etc.

Pour ma part, je ne propose pas de solution particulière, tout simplement parce que je n’en ai pas. Mais je pense qu’il serait intéressant de mener, par exemple, une étude sociologique, qui nous permettrait de comprendre les raisons pour lesquelles les régions septentrionales du Cameroun enregistrent de meilleurs scores que les autres.

Sans vouloir tirer des conclusions hâtives, il me semble que le problème du VIH/Sida est davantage culturel, c’est-à-dire qu’il met en cause le rapport à la sexualité, qui peut être rigide ou plus libéral, mais aussi la nature même de la société. En effet, les communautés humaines du Nord et de l’Extrême Nord sont connues pour leur conservatisme, tant aux plans culturel que religieux. Paradoxalement, ces deux régions ne sont pas les mieux loties, s’agissant du niveau d’alphabétisation ou de pauvreté. La troisième Enquête Camerounaise auprès des Menages (ECAM 3) menée en 2007, révélait que les régions de l’Extrême-Nord (28,3%), du Nord (40,7%) et de l’Adamaoua (42,4%) étaient les trois régions les moins alphabétisées du pays. Toujours selon ECAM 3, le taux de pauvreté fluctuait autour de 50% dans le Nord-Ouest, l’Est et l’Adamaoua et à plus de 60% dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord. Une autre réalité apparemment surprenante est que les bons élèves du Cameroun en matière de taux de prévalence du VIH/Sida enregistrent par contre un bilan passable, dans le domaine de la condition féminine, alors qu’au Nord-Ouest et à l’Est, le statut des femmes est assez appréciable.

Ces statistiques interrogent les corrélations généralement admises quand on aborde le problème du VIH/Sida en Afrique. En fin de compte, le Sida est-il une excroissance de la pauvreté ou de l’analphabétisme ? N’ y aurait-il pas lieu d’oser poser d’autres questions peut-être plus dérangeantes, mais qui aideraient à progresser davantage ?

La réflexion est ouverte.

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Pauline Isabelle Ngo Nyouma est membre du Réseau Genre en Action et anime un blog sur la promotion de l’égalité des genres au Cameroun (http://pisanyoumaforgenderpromotionincameroon.over-blog.com).

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