BRIDGE. Numéro spécial. Octobre 2004

La problématique homme-femme et ses mythes

Le travail en développement repose en grande partie sur des stéréotypes
sexuels de sources patriarcales et ... féministes. Exploration ...

Le travail en développement repose en grande partie sur des stéréotypes
sexuels : l’idée par exemple, que les agriculteurs sont des hommes. En
réaction, le féminisme a parfois créé des contre-stéréotypes comme celui
de la femme africaine qui travaille la terre et de son paresseux de mari. Exploration de ces mythes ...

Ces représentations ont énormément contribué à faire évoluer les idées sur
les sexes et à canaliser une part plus importante des moyens vers les
femmes. Cependant, certaines de ces représentations ont été exagérées et
sacralisées, créant des « mythes de la problématique homme-femme ». Ces
mythes sont un outil puissant au service de la réforme positive mais ils
comportent un certain nombre de risques et de dangers.

Une conférence sur
ce thème s’est tenue à l’Institute of Development Studies, au Royaume-Uni,
en 2003.

Ce numéro d’En Bref présente les principaux points de la
conférence en vue de réfléchir aux moyens de s’éloigner de stéréotypes
trop simplistes pour mieux promouvoir l’égalité des sexes.

Sommaire  :

- o La problématique homme-femme et ses mythes

- o Créer des mythes au sein et en dehors des institutions

- o Les mythes du foyer et de la famille

- o Les mythes de la solidarité et de la différence

- o Des voies pour progresser

Les sexes et leurs mythes



Nous vivons dans un monde de stéréotypes sexuels. Nous sommes entourés de
messages où les femmes paraissent faibles et les hommes forts, où les
femmes sont meilleures pour s’occuper des enfants et les hommes pour
gagner de l’argent ; un monde où tout le monde est censé être hétérosexuel
et marié ou y aspirer.

Les féministes ont combattu ces stéréotypes. Des arguments ont parfois été
simplifiés pour faire passer le message, créant du même coup des « 
contre-stéréotypes  » : les hommes boivent, les femmes sont sobres et l’on
peut compter sur elles, les hommes perpètrent la violence, les femmes sont
capables, les hommes sont paresseux, et ainsi de suite. Parfois, nous le
faisons de propos délibéré, dans un but précis - oui, nous sommes
capables, faites-nous confiance. Parfois, nous sommes moins simplistes.
Quoi qu’il en soit, même quand nous ne simplifions pas nos arguments,
d’autres que nous reprennent nos idées et les utilisent pour des buts très
divers. Certaines de ces idées finissent par s’imposer comme des
évidences. Nous cessons de nous demander si elles sont valables ou non et
elles prennent à la longue un caractère presque mythique, indiscutable.

’Les mythes de la problématique homme-femme’ offrent un ensemble de
représentations des hommes et des femmes qui nous poussent à comprendre ce
qu’ils ou elles font - ou ne font pas - de façons spécifiques. En
développement, ils ont fourni aux féministes quantité de matériaux
constructifs au service des objectifs de l’égalité des sexes - par
exemple, l’image des hommes comme ceux qui perpètrent la violence et des
femmes comme leur victimes a contribué à mobiliser une opposition plus que
nécessaire à la violence sexospécifique. Mais ces mythes peuvent aussi
avoir l’effet inverse de celui attendu - cette représentation des hommes
comme naturellement agressifs, ayant du mal à se contrôler, renforce
l’idée qu’il incombe donc aux femmes de rester sobres et calmes, de
désamorcer la situation et d’empêcher l’éclatement de la famille.

Il ne s’agit pas, en reconnaissant certaines des généralisations faites en
Genre et Développement sur les comportements, les caractères ou tendances
des hommes et des femmes en tant que « mythes sexuels » et en les
questionnant, de minimiser le dur travail et les avancées réalisées dans
ce domaine. Au contraire, cela nous donne l’occasion - bienvenue - de
revisiter certaines des conceptions que nous prenons pour acquises,
d’examiner où elles nous ont entraînés et, sur cette base, d’envisager
l’avenir et de quels nouveaux mythes nous pourrions aujourd’hui avoir
besoin.

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Créer des mythes à l’intérieur et à l’extérieur des institutions

Des participants ont raconté comment ils avaient eux-mêmes contribué à la
création d’un mythe :

Critiquer les mythes de survie et de capital social tels qu’ils sont
repris par la Banque Mondiale : Mercedes Gonzalez (centro de investigaciones
y estudios superiores en antropologia social, Mexico) décrit ses
expériences de travail avec la Banque Mondiale en tant que critique et
consultante en développement, au cours desquelles elle s’est aperçu que
ses idées étaient adoptées quand elles étaient susceptibles de s’insérer
dans une politique mais avaient beaucoup moins de chances de retenir
l’attention quand ce n’était pas le cas.

En 1986, Gonzalez écrivit un ouvrage intitulé ’The Resources of Poverty
[les moyens de la pauvreté], basé sur des études au Mexique juste après
les crises économiques des années 1980. Elle indiquait que les différentes
stratégies des foyers pour assurer leur subsistance comportaient un
échange social avec les proches et la communauté, s’entraidant
mutuellement par l’échange de travail non rémunéré et le prêt d’argent.
Les femmes étaient souvent les actrices principales de ces réseaux
informels et seuls les très pauvres étaient exclues de ces arrangements.

Ce type de stratégies a permis de limiter efficacement les conséquences
désastreuses des crises économiques des années 1980 sur les ménages
pauvres. Au cours des années 1990, la Banque entreprit d’étudier ces
stratégies de survie. L’idée de s’éloigner d’une vision économique étroite
pour reconnaître l’importance du social et du travail non-rémunéré des
femmes dans la construction d’un capital social (que l’on pourrait
définir, en gros, comme les réseaux sociaux qui permettent l’action
collective et l’aide mutuelle) n’était pas mauvaise. Mais, on en vint à
considérer l’ingéniosité des pauvres, des femmes pauvres en particulier,
comme un filet de sécurité susceptible de compenser les effets des
ajustements structurels et de se substituer à l’action étatique
. Les
pauvres étaient au bout de leurs possibilités. Les réseaux sociaux qui
étaient indispensables à leur survie se désagrégeaient ; il leur était
plus difficile de se prêter mutuellement de l’argent et le crime et la
guerre des gangs se développaient dans les quartiers pauvres, engendrant
la peur et la méfiance.

En réponse à cette nouvelle situation, Gonzalez écrivit un nouvel ouvrage
intitulé ’The Poverty of Resources’ (La pauvreté des moyens), inversant le
titre de son précédent livre
. Elle expliquait qu’il y avait des limites
aux ressources des foyers pauvres et que son premier ouvrage sur les
stratégies de survie avait sous-estimé l’importance du travail salarié
comme une précondition à d’autres stratégies familiales. Or, sa remise en
cause du mythe de la survie reçut : "un accueil hostile des universitaires, militants et professionnels
travaillant dans les agences de développement. Comment osais-je soutenir
que la réciprocité, la solidarité entre les pauvres et l’assistance
mutuelle pouvaient avoir des limites ? Mes critiques ne me faisaient pas
ressentir que j’avais tort, mais que je blasphémais". (Gonzalez 2003 : 3)

Utiliser les mythes pour mobiliser l’action en faveur de l’égalité des
sexes au sein du Ministère du développement international, au Royaume-Uni
À contrario, Rosalind Eyben (Institute of Development Studies,
Royaume-uni) raconte le potentiel positif des mythes pour mobiliser
l’action en faveur de l’égalité des sexes
au sein du Ministère du
développement international, au Royaume-Uni (DFID). Elle a travaillé de
nombreuses années au sein du DFID et a participé entre 1986 et 2000 à la
production de cinq brochures énonçant la position politique du
gouvernement sur les femmes et, plus tard, sur la problématique
homme-femme. Elle comptait, avec d’autres défenseurs de l’égalité des
sexes au sein du DFID, utiliser ces brochures pour décrire des pratiques
plus avancées que ce qu’elles étaient réellement au sein de l’institution
et pousser ainsi l’encadrement intermédiaire à penser qu’ils étaient en
retard sur les questions de l’égalité des sexes et devaient évoluer pour
se mettre à la page.

Chaque brochure présentait le mythe dominant de l’époque : une image
simplifiée du rôle des femmes
visant à faire passer un message précis. La
première, publiée en 1986, montrait les femmes uniquement en tant que
mères, en mettant l’accent sur le besoin de soignants bénévoles pour
réduire le taux de fécondité des femmes. Lorsqu’Eyben visita un programme
de santé financé par le Royaume-Uni en Inde en 1990 et vit comment des
docteurs de sexe masculin réprimandaient des soignantes bénévoles, elle
décida que ce mythe ne devait jamais plus reparaître dans une brochure du
DFID. L’édition de 1989 décrivait les femmes comme des agents du
développement. Dans la version de 1992, elles étaient montrées dans un
triple rôle de productrices, de reproductrices et de soutiens aux besoins
de la communauté et en 1995 comme des personnes dotées de droits. En l’an
2000, la brochure avait pour thème « les femmes et la pauvreté »,
reflétant la priorité du Ministère du développement à cette époque. La
brochure affirmait que les femmes constituaient 70 pour cent des pauvres,
même si ce chiffre n’a jamais été confirmé et s’avère parfaitement
fantasmagorique. Cette représentation a permis de mobiliser plus de moyens
en faveur des femmes pauvres. Elle impliquait cependant l’idée que les
droits des femmes et l’égalité entre les sexes n’importaient pas tant en
eux-mêmes que dans la mesure où ils rejaillissent sur la pauvreté.

Eyben estime que ce type de mythes est à double tranchant : "Ils peuvent être réduits à des slogans, repris par des forces non
féministes et conservatrices susceptibles de les utiliser pour leurs fins
propres, comme dans le message contenu dans les mythes de l’efficacité qui
dit que c’est aux femmes de travailler pour l’aide au développement et non
à cette dernière de travailler pour elles".
(Eyben 2004 : 9)

Toutefois, ils ont aussi puissamment contribué à mobiliser tant les
sceptiques que les défenseurs de la cause des femmes au sein de
l’institution, jusqu’à Eyben elle-même.

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Les mythes concernant le foyer et la famille

La science économique a de tout temps considéré le foyer comme une unité
dont les membres possèdent des intérêts communs
, en omettant de
reconnaître les inégalités et les conflits qui existent en son sein, sur
la base du sexe ou d’autres critères. Dans de nombreux cas, le foyer
reste aujourd’hui l’unité de base de l’analyse économique que mènent, par
exemple, les économistes engagés dans des processus de stratégies de
réduction de la pauvreté (PSRP) et qui contiennent implicitement le mythe
que les inégalités dans les divisions du travail et la consommation au
sein des foyers ne sont pas assez importantes pour mériter que l’on s’y
attarde (O’Laughlin 2003). En réaction, des féministes ont souligné
l’existence d’inégalités au sein des foyers. Ceux-ci ont été exploités et
développés en contre-mythes sous diverses formes.

La paysanne africaine et son paresseux de mari
Jusque dans les années 1970, voire au-delà, on assumait généralement, en
développement, que les agriculteurs étaient des hommes et que les femmes
étaient nécessairement des épouses contribuant pour une part inférieure au
travail agricole. Des féministes ont remis en cause cette opinion
préconçue ainsi que l’image d’un foyer égalitaire. Ces contre-arguments
ont été amplifiés, générant un nouveau mythe, celui de l’homme africain
fainéant, vivant sur le dos de la femme africaine, laquelle produit toutes
les ressources vivrières. Dans certaines familles, voire au sein de
certaines communautés, c’est bien sûr le cas. Néanmoins, il n’y a pas de
preuves tangibles démontrant l’étendue de cette situation, en partie parce
que la plupart des données ne sont pas ventilées au sein du foyer et que
sa composition n’entre pas en ligne de compte. Au lieu de cela, elle
s’appuie sur des preuves anecdotiques et un petit nombre d’études. Le
Programme Spécial de 1998 pour le Rapport sur la pauvreté en Afrique
produit par la Banque Mondiale a pioché dans une étude zambienne sur la
répartition du temps peu connue et menée sur une petite échelle qui
suggère que les femmes effectuent le gros du travail agricole, et en a
déduit que ce genre d’inégalité dans l’emploi du temps prévaut dans toute
l’Afrique sub-saharienne.

Pourquoi la Banque Mondiale extrapole-t-elle à partir de cette étude
limitée et imparfaite pour en appliquer si largement les conclusions ?
Ceci découle en partie des mécanismes de l’analyse économique, basés sur
des suppositions simplificatrices mais une autre motivation provient de
défenseurs de l’égalité des sexes au sein de la Banque Mondiale et
au-delà, qui cherchent à justifier le déblocage de moyens plus grands en
direction des femmes
. En regard de cet objectif louable, devons-nous
critiquer ce mythe ? Cependant, si nous ne le critiquons pas, devons-nous
laisser le développement international stéréotyper les hommes africains
comme des paresseux
 ? Enfin, les intérêts des femmes et des hommes des
foyers pauvres ont-ils une chance d’être mieux servis par des programmes
qui s’intéressent à leurs interdépendances (qu’elles soient volontaires ou
forcées) ? (Whitehead 2003)

Les foyers dont le chef de famille est une femme sont les plus pauvres
d’entre les pauvres Si les hommes ’pompent’ l’énergie et le temps des
femmes, en même temps que les ressources du ménage, comme l’implique le
mythe précité du foyer totalement inégal, les foyers dirigés par une femme
(FDF) peuvent-ils être plus efficaces et disposer d’un meilleur niveau de
vie ? Le mythe qui veut que le foyer dirigé par une femme soit le plus
pauvre d’entre les pauvres semble contredire cette conclusion. En fait,
les données manquent quant à l’étendue réelle de la pauvreté au sein des
foyers dirigés par une femme
. Il serait logique que ces foyers soient en
moyenne plus pauvres du fait de la position désavantagée des femmes en
terme d’offres d’emplois, de rémunérations, de moyens, du fait d’une
mobilité socio-économique restreinte, d’obstacles sur le marché du travail
et des charges reproductives qui leur incombent. Néanmoins, le contraire
se vérifie parfois dans certains endroits - des études sur l’Amérique
latine ont montré que des hommes empêchent leurs femmes et leurs filles de
travailler au nom d’une coutume sociale ou par jalousie, ce qui signifie
que le ratio total revenu du ménage/dépendants est inférieur à celui des
foyers dirigés par une femme.

L’avantage de ce mythe est d’attribuer des moyens aux foyers dirigés par
une femme. L’inconvénient est que les foyers dirigés par une femme sont
stigmatisés comme moins capables de s’en sortir que les foyers dirigés par
des hommes, avec cette conclusion logique qu’il convient de promouvoir les
familles traditionnelles et de décourager les foyers dirigés par des
femmes indépendants, même s’ils le sont par choix. Il est nécessaire de
combattre les inégalités dans les relations entre hommes et femmes et de
soutenir les femmes et les foyers dirigés par des femmes (Chant 2003).

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Mythes de la solidarité et de la différence

Un mythe est né, souvent à l’initiative des féministes que nous sommes,
selon lequel les femmes ont des intérêts communs et s’uniront pour
représenter les intérêts des autres femmes. L’égalité des sexes est censée
être un travail de femmes et toutes les femmes sont censées être
conscientes des discriminations dont elles sont l’objet
. Mais il n’y a
aucune raison de supposer que les femmes s’identifient forcément aux
autres individus de même sexe qu’elles ; elles peuvent être attachées plus
fortement à d’autres identités, ethniques, sociales ou en fonction de leur
âge, ou qui ont à voir avec leurs relations avec d’autres hommes et femmes
en tant que patron ou employé, voisins ou collègues, mères et filles,
épouses ou amants.
Si la solidarité entre femmes est devenue un mythe, dans le même temps,
les femmes du Nord et du Sud ont été représentées de manière radicalement
différente - les femmes du Nord comme libérées, et celles du Sud comme
pauvres et ayant besoin d’aide. La présentation d’Eyben de cet
En Bref illustre certaines de ces représentations des femmes du Sud et
recherche comment et pourquoi elles ont été encouragées. Quoi qu’il en
soit, Everjoice Win (Action Aid, Royaume Uni) s’interroge sur les raisons
qui font que les femmes qui ne correspondent pas à cette image sont mises
à l’écart
 :
"Je veux ouvrir un débat sur la question de savoir qui est la femme en
développement ? Quelle est la femme que nous avons en couverture de notre
littérature ? Pourquoi avons-nous cette image d’une femme pauvre,
impuissante et enceinte ou avec un enfant sur le dos ou qu’elle traîne
derrière elle, lourdement chargée, etc., et pourquoi cette image
perdure-t-elle ? Telle est la femme qui a dominé l’imagerie du
développement. Oui, cette représentation de la femme a été utile pour
obtenir des fonds, mettre l’accent sur ses besoins, se préoccuper de ses
droits. Mais à quel coût ? Qui sont les autres femmes que nous laissons de
côté en reportant notre attention sur elle ? Avons-nous encore besoin de
cette femme ? Est-il encore judicieux d’y recourir ? Il y a une autre
femme que nous avons choisi d’ignorer et que nous avons rayée du discours
en développement, quelqu’un comme moi. Je suis du Sud, avec une assez
bonne éducation, je ne suis pas la plus à plaindre, je milite dans le Sud
et je joue aussi un grand rôle dans la défense de la cause des femmes dans
le Nord. J’ai une relative influence dans mon contexte local, je façonne
les programmes, les priorités et le/s mouvement/s avec lesquels je
travaille. Lorsque je viens ici, c’est en tant que représentante de cette
région. Parfois, je suis Ministre du gouvernement, parfois, je suis
directrice d’une ONG. Quelles sont mes préoccupations en tant que ce type
de femme ? Permettez-moi de me poser en victime, maintenant ; le virus
HIV/SIDA est un grave problème, j’ai perdu quatre de mes proches au cours
des 10 dernières années. C’est moi qui suis en charge de cette question.
Quelle est mon histoire au regard de cette réalité ? Je suis la femme qui
rentre chez elle et devra encore faire face à la violence, aux orphelins,
aux besoins sanitaires et sociaux et autres retombées du virus. Quelles
implications cela a-t-il de réduire au silence des femmes comme moi,
noyées dans le discours ? Est-ce délibéré ? On attend invariablement des
femmes comme moi que nous représentions « la base », ou du moins, que nous
en soyons issues - il y a une « villagisation de l’activité féministe ».
J’en ai été témoin à Beijing où les femmes étaient censées amener avec
elle des femmes de leurs villages. Nous ne sommes légitimes que si nous
rameutons la base. Mais nos soeurs du Nord ne connaissent pas la même
chose. Elles peuvent se rendre à une conférence en tant qu’universitaires
ou militantes, etc. Je ne suis légitime qu’en vertu de mes liens avec les
femmes du village ! Les bailleurs de fond ne sont pas étrangers au
problème. Je suis engagée dans un projet qui cherche à renforcer la
participation politique des femmes. Nous ne cessons d’insister sur le fait
qu’il NE porte PAS sur les femmes du village mais sur le renforcement des
capacités des femmes à être ministres. Mais les bailleurs de fond veulent
des villageoises assises sous un arbre. Pourquoi faut-il absolument mettre
l’accent sur la femme du village ? Pourquoi nos homologues nordistes ne
peuvent-elles s’engager avec des femmes du Sud comme moi, au même niveau ?
Pour ma part, je pense que c’est parce que nous représentons un défi pour
les femmes (et les hommes !) du nord, et que nous leur « répondons
 »".(Exposé de conférence)

Le mythe persistant des femmes du Sud qui seraient impuissantes,
silencieuses et opprimées a pris une nouvelle dimension avec la
justification, au nom de la libération des femmes, des guerres dirigées
par les USA en Afghanistan et en Irak
. Deniz Kandiyoti (School of Oriental
and African Studies, UK) relate comment elle s’est sentie ’coincée’ par le
soutien impérialiste aux droits des femmes : "La difficulté de ma situation provient de mon engagement dans un projet
d’UNIFEM en Afghanistan par intérêt pour le féminisme et le développement,
tout en travaillant dans un projet pour les femmes en Afghanistan. Y
a-t-il une réponse féministe adéquate à ces situations ? Au niveau
mondial, quelles politiques féministes seraient appropriées après 2001 ?
Les droits humains ou le féminisme en tant qu’impérialisme ? Les femmes
musulmanes ont-elles réellement besoin d’être sauvées ? Sommes-nous en
face de guerre impériales ou d’interventions bienveillantes ? Il y a une
certaine continuité dans l’ingérence coloniale, nous devons nous méfier
des dames françaises en Algérie et des Laura Bush qui prétendent venir
sauver et libérer les femmes. Il y a cette idée de la culture et de la
religion, qui seraient responsables de l’oppression des femmes : « la
culture, une fois de plus, empêche d’avancer » ! Nous devons accepter la
possibilité de la différence, différence dans les conceptions politiques
et les plaisirs de la vie". (débat de conférence)

*****************************************

Pour avancer

Placer les mythes de la problématique homme-femme dans le cadre plus large
de la situation géopolitique actuelle nous oblige à reconnaître qu’en
dépit de tous les gains obtenus, nous ne avons encore de vastes combats à
mener. Il ne suffit pas, pour répondre à ces défis, travailler avec la
différence et aboutir à un développement plus inclusif et équitable, de
réinventer le mythe de l’existence d’une communauté de soeurs à l’échelle
mondiale. Il convient d’user de prudence quant aux termes d’engagement, et
d’examiner longuement et sans passion qui bénéficie des pratiques du
développement actuelles - et quelles sont leurs limites. Il est clair que
la « généralisation de l’analyse selon le genre » n’a pas encore commencé
à répondre à ces défis. Amina Mama (African Gender Institute, South
Africa) insistait, « Nous avons besoin d’études qui se penchent sur les
expériences de partenariats. Les partenariats féministes ont-ils été
différents ? Jusqu’à quel point ? Reproduisent-ils les inégalités que nous
déplorons ? » Ann Whitehead (University of Sussex, UK) soutenait que nous
avions besoin de ramener tout ceci à la politique de l’individuel : "Je veux souligner l’importance de garder à l’esprit les problèmes
d’inégalité du partenariat, il ne suffit donc pas de demander des comptes
aux gouvernements et aux associations, nous devons également nous sentir
comptables l’un envers l’autre. Sans verser dans le romantisme sur la
solidarité et l’internationalisme, car il y a trop de sang répandu, je
pense que c’est absolument indispensable".
(Débat de conférence)

En 1908, Georges Sorel défendait l’idée que l’humanité a besoin de mythes
pour vivre, pour se sentir capable de vaincre des obstacles qui, sinon,
paraîtraient insurmontables. Plutôt que de se demander si les mythes de la
« problématique homme-femme » sont vrais ou faux, il est utile de se
demander si ils aident ou entravent l’engagement féministe dans la sphère
du développement
. Peut-être est-il temps de réviser certaines conceptions
devenues mythes sur l’égalité des sexe en développement pour trouver de
nouveaux moyens de faire passer nos convictions et répondre aux défis
d’aujourd’hui - mais aussi les nouveaux mythes, révisés ou remaniés dont
nous avons aujourd’hui besoin.

*********************************************

Références

Ce numéro d’En Bref s’appuie sur les présentations suivantes tirés de la
Conférence ’Feminist Fables Gender Myths’ de juillet 2003, qui s’est tenue
à l’Institute of Development Studies, au Royaume-Uni. Elles sont pour la
plupart disponibles sur le site www.siyanda.org(taper ’gender myths’) :

Chant, S. ’Dangerous equations ? How female-headed households became the
poorest of the poor : causes, consequences and cautions’

Gonzalez, M., ’The construction of the myth of survival’

Molyneux, M., ’Social capital : a post-transition concept ? Questions of
context and gender from a Latin American perspective’

O’Laughlin, B., ’A bigger piece of a very small pie : intra-household
resource allocation and poverty reduction in Africa’

Whitehead, A., ’Women, men and African agriculture’

Win, E., ’Not very poor, powerless or pregnant : the African woman
forgotten in development’


Autres références
 :

Eyben, R., 2004, ’Battles Over Booklets : Gender Myths In The British Aid
Programme’, in A. Cornwall, E. Harrison and A. Whitehead, (eds),
’Repositioning Feminisms in Development’, IDS Bulletin Vol 35 No 4

Sorel, G., 1941, Reflections on Violence, New York : Peter Smith (pubs),
trans. T.E. Hulme

IDS Bulletin Vol 35 No 4, October 2004, ’Repositioning Feminisms in
Development’, regroupe des documents issus de cette conférence. Il est
disponible auprès de l’IDS Communications Unit, Institute of Development
Studies, University of Sussex, Brighton BN1 9RE, UK, Tel : +44 (0)1273
678269, Fax : +44 (0)1273 621202, IDS Bookshop online :
http://www.ids.ac.uk


NB : toutes les adresses électroniques fournies dans ce numéro étaient
valides en septembre 2004



En Bref est aussi disponible en ligne en anglais et en espagnol sur le
site de BRIDGE.

Nous remercions le Ministère du développement international (DFID), au
Royaume-Uni, l’Agence suédoise de Coopération Internationale au
Développement (Asdi) et le Ministère suédois des affaires étrangères
d’avoir bien voulu financer la Conférence « fables féministes et mythes de
la problématique homme-femme » et l’édition de ce numéro d’En Bref.

BRIDGE soutient les efforts déployés dans la sphère politique et sur le
terrain en faveur de la prise en compte du genre, en comblant le fossé
entre théorie, politique et pratique, par l’apport d’informations
accessibles et variées sur toutes les questions relatives à la notion de
genre. C’est un service de recherche et d’information spécialisé dans le
domaine du genre et développement, basé à l’Institute of Development
Studies (IDS), au Royaume-Uni. BRIDGE remercie les organisations suivantes
pour leur soutien financier : le Ministère du Développement International
au Royaume-Uni (DFID), Development Cooperation Ireland (DCI) [Coopération
irlandaise en Développement], l’Agence Néo-zélandaise pour le
Développement International (Nzaid), l’Agence suédoise de Coopération
Internationale au Développement (Asdi) et la Direction du Développement
et de la Coopération (DDC), en Suisse.

© Copyright : Institute of Development Studies 2004
ISSN : 1358-0612

Rédactrice : Susie Jolly
Merci à Andrea Cornwall, Elizabeth Harrison, Hazel Reeves et Ann Whitehead
pour leurs conseils éditoriaux et à Judy Hartley pour la préparation de
copies.

Pour de plus amples informations sur BRIDGE, contacter :
BRIDGE, Institute of Development Studies, University of Sussex, Brighton
BN1 9RE, UK Tel : +44 (0)1273 606261
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Courriel : bridge chez ids.ac.uk

Visitez le site internet de BRIDGE

Siyanda : ressources en ligne pour l’intégration d’une perspective
d’égalité des sexes :http://www.siyanda.org/

BRIDGE : téléchargement gratuit de tous nos rapports et des Cutting Edge
Packs : http://www.bridge.ids.ac.uk

L’IDS est une institution à but non lucratif et à responsabilité limitée,
inscrite en Angleterre au registre des organisations caritatives sous le
no. 877338.

Charlie Sever
Research and Communications Officer
BRIDGE
Institute of Development Studies
tel : +44 (0) 1273 877747
fax : +44 (0) 1273 621202
email : C.Sever chez ids.ac.uk

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