Le G20 doit financer l’égalité de genre, pas le contraire !

Claudy Vouhé, la présidente de l’Association Genre en Action, a participé à la dernière rencontre de la Pietra Coalition à Florence (Italie), en mai 2011, dont est issu l’appel au G20 Appel de la Coalition de la Pietra. Elle livre ici quelques réflexions personnelles sur les possibles dangers d’une vision néo-libérale de « l’autonomie économique des femmes ».

Les recommandations de la Pietra Coalition sont évidemment vitales. Les femmes sont des leviers essentiels pour le développement économique de toute société et tous les moyens doivent être mis en œuvre pour que les freins à leur autonomie financière soient levés.

Pour autant, il faut être prudent et ne pas instrumentaliser l’autonomie économique des femmes au profit de la croissance économique… ce que fait un peu trop à mon goût l’appel de la Pietra. Cette approche me gêne d’une part car elle subordonne les droits économiques des femmes à un objectif qui serait plus légitime : la croissance économique ! Je comprends bien que l’argument économique fait « vendre » l’égalité aux sceptiques, que c’est une stratégie. Mais attention à ne pas se faire prendre au piège. Je pense que si nous voulons faire avancer les droits économiques des femmes, nous devons le faire sans conditions, sans la rattacher à des ambitions plus globales. Ces droits se suffisent à eux-mêmes.

D’autre part, la croissance économique, telle que nous la connaissons depuis toujours, doit beaucoup à la subordination et à l’exploitation des femmes :
- leurs bas salaires,
- leur corvéabilité à merci,
- leur travail précaire,
- leur faible présence dans les syndicats etc.
sont autant d’atouts dont les entreprises ont bénéficié dans le système actuel. Sans oublier, et c’est vital, leur immense apport non rémunéré au travail de reproduction sociale (soins et travaux domestiques en tous genres dans la sphère privée) dont toute société a besoin pour « faire pousser » des générations futures, assurer la relève, y compris en termes de main d’œuvre. Fermement ancrée dans les mentalités et le système social et économique de la grande majorité des pays comme un rôle « naturel » des femmes, la reproduction sociale est bel et bien, depuis toujours, un « cadeau » des femmes à la société et… aux sociétés commerciales et industrielles ! C’est un facteur de production indispensable pour les entreprises. Et ce sont les femmes qui paient.

Dans ce contexte, l’autonomie économique des femmes doit aller de pair avec un changement profond des pratiques sociales et économiques, une révision des modes de production « productivistes », etc. Le développement durable et l’égalité de genre ne peuvent s’atteindre qu’à cette condition. On sait bien que l’éducation est nécessaire pour l’autonomie économique, que le savoir, les compétences et les revenus indépendants sont de puissants facteurs d’émancipation. Mais ils ne peuvent pas tout. Ils ne protègent pas contre la violence par exemple (même s’il est plus « facile » pour une femme de quitter un foyer violent quand elle est indépendante), ils ne réorganisent pas la division du travail au sein du foyer (les femmes qui le peuvent emploient des nounous, des aides ménagères… qui sont des femmes moins bien loties qu’elles). Et… et là, les exemples sont légions… A commencer par la France, ils ne donnent pas accès à la sphère décisionnelle, à la décision politique.

C’est pourquoi, bien que Genre en Action soutienne l’appel de la Pietra Coalition, je pense qu’il est important de faire entendre auprès du G20 d’autres voix et d’autres voies pour l’égalité de genre. Les décideurs du G20 doivent financer l’égalité de genre parce que c’est un droit humain. Pas seulement parce qu’elle va contribuer au développement économique des pays du G20 !

C’est pourquoi nous sommes tout particulièrement solidaires des Demandes des femmes vers Busan émis par des associations féministes. Ce sont les mêmes décideurs qui iront de Cannes à Busan, le message doit leur parvenir haut et clair. il ne peut y avoir de relâche !

Pour en savoir plus sur les campagnes pour le financement de l’égalité

Claudy Vouhé, Présidente de l’Association Genre en Action

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Pour en savoir plus :

Pas de G20 sans égalité de genre

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