Le Protocole Genre et développement de la Communauté de l’Afrique Australe : une victoire des activistes féministes.

Lors du onzième Forum de AWID sur « Le pouvoir de mouvements sociaux » tenu à Cape Town du 14 au17 novembre dernier, une session a été consacré au « Protocole sur le Genre de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) : une étude de cas sur l’organisation collective pour l’établissement d’un nouvel agenda de l’égalité des sexes ».

Lors du onzième Forum de AWID sur « Le pouvoir de mouvements sociaux » tenu à Cape Town du 14 au17 novembre dernier, la session sur « Protocole sur le Genre de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) : une étude de cas sur l’organisation collective pour l’établissement d’un nouvel agenda de l’égalité des sexes » a mis en évidence deux faits majeurs : i) les femmes ont réellement une autre vision des réalités et des enjeux de notre monde d’aujourd’hui. Elles sont à la fois réalistes et visionnaires et idéalistes. C’est ce qui fait leur force ; ii) l’implication des femmes, leur mobilisation pour être partie prenante, à part entière dans tous les lieux, structures de gouvernance et de prise de décision, sont effectives et portent des résultats. Pour preuve, le processus initié par les membres de l’Alliance du Protocole genre et développement pour l’Afrique Australe pour faire adopter celui-ci par les chefs d’Etat. L’Alliance de l’ Afrique Australe pour le Protocole du Genre englobe dix (10) ONG en provenance de toutes les parties de la region à savoir : Gender Links, the Gender and Media southern Africa (GEMSA) Network, the Media Institute of Southern Africa (MISA), SAFAIDS, women in Law and Development in Africa (WILDAF), Women in Law in southern Africa (WLSA), CREDO, the Women in Politics support Unit (WiPSU), women in Politics Caucus, Botswana and the Women Land and Water Rights, Southern Africa.
Cette action a montré combien un tel engagement peut être long et difficile. Mais la persévérance, la foi en une cause et la mise en œuvre de stratégie claire et rigoureuse ont garanti l’atteinte des objectifs. Il a fallu plus de trois années, à travers une stratégie de lobbying, de plaidoyer, de recommandations et de pression sur les Etats membres, pour obtenir deux succès majeurs. Le premier est la transformation de la Déclaration de la SADC sur le Genre et le développement vers un niveau supérieur de Protocole ; le deuxième est d’avoir porter la parité de genre dans tous les domaines de prise de décision à 50% d’ici 2015 au lieu des 30% pour 2020 définis initialement. Madagascar, bien que n’étant pas encore membre de l’Alliance, a participé à la finalisation du Protocole grâce à la mobilisation de plusieurs ONG et associations oeuvrant dans la promotion de la femme et ce sous le leadership de la Plate Forme nationale de la société civile.
La session sur le Protocole a donné l’occasion, d’une part de faire connaître son existence, d’autre part, de présenter son contenu, ses lacunes et ses atouts. Trois points forts peuvent être relevés :
- le caractère global du Protocole, en ce sens qu’il intègre toutes les problématiques en matière d’égalité et d’équité entre les sexes. Il touche toutes les sphères de la vie des communautés et des sociétés. Ceci est essentiel, car la réalisation de l’égalité des genres s’étend au-delà de placer des femmes dans des postes de pouvoir. Beaucoup d’autres sont requises pour s’assurer que l’égalité des genres est réalisée également dans les domaines économique, social, constitutionnel et juridique ;
- l’établissement d’échéances et d’indicateurs réalistes et mesurables. Il ne s’arrête pas à l’énoncé de principes, de déclaration d’intention. En effet, dans son article 6, est stipulé que la condition d’infériorité des femmes doit être abolie au plus tard en 2015. Son article 5 prend clairement position pour la « discrimination positive » qui devrait favoriser la levée des obstacles qui empêchent les femmes d’être actrices à part entière, dans toutes les sphères de la vie, notamment dans le domaine politique. Dans ce cadre, la partie 3 « Gouvernance » est explicite, puisqu’il énonce l’obligation pour chaque Etat d’atteindre un minimum de 50% des postes de décision dans les secteurs publics et privés ;
- l’obligation pour tous les pays de la SADC, pour adopter une législation complète en harmonie avec le Protocole et l’exhortation de consacrer des allocations budgétaires conséquentes pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes.
Les lacunes du Protocole sont au nombre de deux essentiellement :
-  l’absence de sanction pour les parties ne réalisant pas les objectifs définis ;
-  le non établissement de calendrier pour la ratification du Protocole par les Etats.
Les représentantes de l’Alliance ont insisté sur la question de l’opérationnalisation du Protocole dès son entrée en vigueur. L’importance de mettre en œuvre un suivi de son application par les Etats membres a été fortement souligné. C’est ainsi que deux actions prioritaires sont préconisées :
-  exercer une pression sur les Etats membres afin qu’ils le ratifient dans les meilleurs délais ;
-  mener une campagne d’information et de vulgarisation, en vue de l’appropriation par toutes les entités concernées ainsi que la population, de cet instrument juridique révolutionnaire sur la protection des droits des femmes dans la sous-région.
Ceci devrait être accéléré par certaines clauses du Protocole qui recommandent explicitement, l’adoption par les Etats de mesures législatives.
Pour l’Afrique, cet instrument constitue un pas de géant pour la reconnaissance des droits inaliénables des femmes à jouir de toutes les opportunités de participation à toutes les sphères de la vie. C’est d’autant plus crucial pour des sociétés où les hommes ont le monopole de contrôle de tous les Etats, ainsi que celui de leurs structures.

RAZAFIMBELO Marcelline Lily
Madagascar

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