Le couple « genre et gouvernance » - mariage de passion, de raison ou arrangé ?

Gouvernance genrée ou genre bien gouverné ? Ca sens vite l’essentialisme : les femmes gouverneraient « naturellement » mieux, seraient plus pragmatiques en politique et poursuivraient plus le bien collectif et la paix plutôt que leur intérêt et leur carrière personnels ? Non, cette attirance mutuelle spontanée entre genre et gouvernance est un mythe, le mariage de passion une leurre, les choses se présentant en réalité de manière beaucoup plus complexe.

A l’opposé, on ne peut pas non plus dire que le genre et la gouvernance se sont si peu familiers qu’il faut considérer un mariage arrangé, contre leur gré respectif… Plutôt un mariage de raison, car l’un sans l’autre fait l’impasse de certains enjeux clé : peut-on parler de bonne gouvernance si les femmes sont absentes des instances décisionnelles, si les acteurs clé d’une société ou d’une institution ne se saisissent pas des discriminations à l’égard des femmes, si les femmes n’osent pas défendre leurs points de vue devant les hommes dans les instances participatives de consultation ? Et est-ce qu’on peut travailler en faveur de l’empowerment des femmes sans que celles-ci puissent participer à la gestion de la chose publique à tous les niveaux ? Quelles conditions doivent être remplies pour que les femmes puissent saisir les opportunités offertes par le jeu démocratique, comment les soutenir pour qu’elles puissent pleinement agir comme citoyennes ? Quel est le rôle des hommes dans une gouvernance plus égalitaire ?

L’appel à communication pour le colloque « Genre et gouvernance : l’égalité femmes-hommes dans la décentralisation administrative, la participation politique et l’éducation citoyenne » (voir http://www.genreenaction.net/spip.php?article6760) reprend ces questions et d’autres. Mariage de passion, de raison ou arrangé entre ces deux termes, voire pas de mariage du tout, mais de nouvelles formes d’interactions et d’articulation, plus évolutive…, ce colloque veut approfondir la réflexion sur le croisement de ces deux thèmes, l’objectif étant de contribuer à remplir de sens ces « mots-valises ». En effet, les deux termes avaient un destin similaire dans les dernières décennies : importés avec une nouvelle signification du monde anglosaxon, suscitant beaucoup d’enthousiasme parmi des militant-es de toutes sortes, ouvrant une vision transversale et politique des choses qui donnait l’espoir de pouvoir surmonter la dérive techniciste du cloisonnement sectoriel, ils ont vite été aussi fortement instrumentalisés par certains organismes pour cacher des motivations avant tout économicistes.
Pour le colloque, nous tentons de remplir une valise commune pour ces deux termes. D’une part avec la décentralisation et la coopération décentralisée : l’espoir d’une meilleure gouvernance est un des arguments–clé en faveur de la décentralisation, la proximité étant censée être le gage de plus de transparence et de participation. Mais est-ce que les femmes peuvent saisir ces nouvelles opportunités au sein des collectivités territoriales et dans le cadre de la coopération décentralisée de la même manière que les hommes ? Est-ce que des ouvertures réelles existent pour œuvrer pour plus d’égalité ?
Ensuite, nous ajoutons la participation, un ingrédient clé de la gouvernance et un enjeu majeur d’un point de vue genre : la gouvernance est bonne si les processus politiques sont très inclusifs et créent des conditions pour une réelle participation - mais comment éviter le piège du paritarisme avec son accent sur la mixité de la présence physique, en passant outre les contraintes spécifiques et intérêts stratégiques des femmes ? Et qu’en est-il concrètement de la participation des femmes et des hommes aux démocraties électives et participatives ?
Enfin nous remplirons la valise avec les enjeux de l’éducation citoyenne comme facteur de gouvernance et d’égalité. Il s’agit de poser la question du rôle de l’éducation dans l’émergence de citoyen-nes, acteurs-trices de gouvernance. L’éducation à l’égalité femme-homme est-elle un élément clé de l’éducation citoyenne ? Quels sont les atouts et les limites de l’école pour remplir ce rôle ?
Pour permettre à plus d’entre vous de participer à ce colloque - surtout à celles et à ceux qui résident ou connaissent l’Océan Indien qui sera au cœur de cet évenement - nous venons de reporter la date limite pour soumettre des proposition au 31 janvier : diffusez l’appel à communication (aussi disponible en anglais à partir du lien http://www.genreenaction.net/spip.php?article6760) et proposez vos communications.

Mais au sein du réseau Genre en Action la question du mariage entre genre et gouvernance se pose également, comme en témoignent les contributions au forum « Réseau, réseautez, réseautons… » (http://www.genreenaction.net/spip.php?article6761 – merci à tou-tes celles et ceux qui ont déjà envoyé leur contribution !). In fine, c’est la gouvernance du réseau qui est en jeu : comment formaliser un réseau multi-acteur-trices, en grande partie virtuel (de part notre éloignement physique) et qui s’adresse à des personnes qui sont majoritairement très motivées, mais aussi trop débordées pour s’investir au-delà de la « consommation » d’information ? En cherchant une légitimation par l’acquisition d’une forme juridique, une formalisation de la gouvernance du réseau s’impose à un certain degré, mais le risque réel de créer une « usine à gaz » ingérable se pointe à l’horizon. L’objet même du réseau ne nous impose-t-il pas déjà en soi une certaine déontologie fondée sur notre intérêt commun pour les luttes contre les inégalités dont pâtissent les femmes ? Mais restons aussi réalistes, pragmatiques et conscientes des limites de nos ressources et ne brûlons pas des étapes d’une évolution d’en l’emballement risque de mettre en péril les acquis des premières 5 années du réseau. Mais comment avancer lentement et sûrement quand les ambitions et les attentes sont grandes ? Les questions méritent d’être posées de nouveau, le dernier bulletin étant arrivé à un moment qui correspondait pour beaucoup d’entre nous à la veille des vacances. Merci de poster vos contributions directement sur le forum en bas de l’article http://www.genreenaction.net/spip.php?article6761.

Rappelons aussi l’appel à contribution à l’ouvrage collectif « L’identité genrée au cœur des transformations : du corps sexué au corps genré » qui ne s’adresse pas seulement aux chercheur-es, mais aussi aux militant-es, décideu-res, praticien-nes, etc. (http://www.genreenaction.net/spip.php?article6755) et le forum de discussion autour de la présence féministe francophone au sein du Forum Social Mondial qui débutera au Brésil la semaine prochaine (http://www.genreenaction.net/spip.php?article6750). Et last not least, pour celles et ceux qui sont en France, sachez que le processus de formation en « genre et développement » piloté par le F3E commence par des journées d’information dans les quatre coins de la France pour continuer avec des formations plus thématique plus tard dans l’année (http://www.genreenaction.net/spip.php?article6770). Sans parler de toutes les autres nouveautés à découvrir ci-dessous…

Bonne lecture !

Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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