Le développement face aux défis de la mondialisation : et si les femmes comptaient !

Repenser le développement dans les sociétés post-coloniales, tel est le défi que lance Fatou Saw qui préconise de dépasser les revendications pour mettre à jour la plus-value amenée par les femmes dans la société africaine.

Lors d’une conférence publique donnée à l’Université de Conakry le 6 juin 2003, la sociologue Fatou Saw interroge tant les Etats africains que le secteur privé, les universitaires et la société civile sur la fondamentale question de promouvoir ensemble, hommes et femmes, l’égalité entre les sexes pour repenser le développement dans les sociétés post-coloniales. La mondialisation et ses contraintes imposent de ne plus se cantonner à la revendication de la réduction de la pauvreté et à reconnaître aux femmes le rôle moteur qu’elles jouent, en particulier dans la société africaine.

Que ce soit au niveau des activités génératrices de revenu, ou parce qu’elles assurent les services délaissés par les fonctionnaires licenciés, les femmes deviennent les piliers d’une société libéralisée et privatisée sans pour autant se voir reconnaître des droits. La manipulation de la religion à des fins politiques ne fait qu’aggraver cette situation.

Parmi les principales tendances constatées, on peut noter :
-  la dérégulation de la croissance et la hausse du chômage ont transformé de plus en plus de femmes en chefs de ménage ;
-  le mari est pourtant celui qui en a le statut juridique, le seul détenteur de l’autorité familiale, auquel la femme doit obéissance ;
-  les femmes n’ont pas le droit de propriété sur le produit des activités économiques dont elles assurent brillamment la prolifération ;
-  les Etats, obligés par les institutions internationales à privatiser leurs ressources (eau, terre, forêt, minerais), connaissent en conséquence des problèmes de souveraineté ;
-  il n’existe pas de politique de redistribution égalitaire des richesses ;
-  la société africaine manifeste sa résistance à la liberté d’expression, de mouvement et d’autodétermination des femmes ;
-  les Etats ont institutionnalisé le genre par le vote de lois, la création de services et programmes en direction des femmes, sans tenir leurs engagements ;
-  ils ont concentré leurs dépenses sur la sécurité et l’armement ;
-  la religion est devenue un problème fondamental car elle est utilisée comme instrument d’accès au pouvoir politique.

De ces constats résultent ces principales recommandations :
-  repenser le développement avec les femmes ;
-  déconstruire les rapports sociaux de sexes ;
-  donner aux femmes le droit d’avoir le droit ;
-  revisiter la masculinité ;
-  négocier la lutte pour l’égalité de genre avec les hommes, les partis politiques et autres organisations de la société civile ;
-  ne pas séparer les rapports d’inégalité entre les sexes des autres formes de pouvoir et d’inégalité de classe, de caste, de race ;
-  dénoncer les formes patriarcales du pouvoir politique et de l’État ;
-  se battre contre le stéréotypage et l’utilisation du corps des femmes par les entreprises privées, l’État et les sociétés locales, porteuses de fondamentalismes culturels et religieux ;
-  imposer les rôles et les rapports entre les sexes comme variable d’analyse de toutes les situations.

Voir document intégral : http://www.chairesunescoafrique.org/article.php3?id_article=72

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