Le machisme se dévoile...

Une vague de réactions machistes a suivi l’annonce de l’intention de Ségolène Royal de se présenter comme candidate aux élection présidentielles en France en 2007. Voici deux articles de presse qui en font echo.

Libération, lundi 26 septembre 2005 :
Ségolène Royal, raillée par ses amis

Par Blandine GROSJEAN

Ségolène Royal, « fébrile et excitée comme une gamine », découvre l’interview dans Paris Match, raconte un participant des journées parlementaires du Parti socialiste (Libération du 23 septembre). Un autre se gausse : « Mais qui donc va garder les enfants ? » Sur France Info, le même jour, un journaliste demande en direct à la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes si elle sollicitera l’autorisation de François avant de se présenter. Ségolène se fâche et refuse de répondre. Au 20 heures de France2, un autre participant des journées parlementaires persifle : « La présidentielle, ce n’est pas un concours de beauté. » Un autre, selon l’AFP, « interprète la candidature de madame Royal comme le signe que l’actuelle direction fait une croix sur 2007 ». Le même déclare sur France 2 : « Voyez la mère Merkel, poum dans le popotin. » Le lendemain un autre de ces hommes du PS souhaite, au micro de l’AFP, que « le congrès du PS permette de définir une ligne politique » et ne se transforme pas « en concours de beauté » (bis). Le Parisien titre « Ségolène exaspère ».

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Le Figaro : 27 septembre 2005
Ségolène Royal crée contre elle l’union des présidentiables du PS

Myriam Lévy

Ségolène Royal n’est pas mécontente de son petit effet. Voilà près de trois semaines qu’elle vole la vedette aux hommes socialistes avec sa déclaration de candidature à la candidature pour 2007. Elle y voit une des explications de la violence de leurs réactions. Aux journées parlementaires de Nevers, découvrant les deux doubles pages que lui consacrait Paris-Match la semaine dernière, ils n’ont pas pu retenir quelques commentaires méprisants. « Je vais rajouter une balle dans le fusil de chasse », affirmait Henri Emmanuelli, tandis que Laurent Fabius, devant l’afflux de candidats potentiels, proposait qu’on instaure une « présidence tournante », l’adjectif étant en l’occurrence assez mal choisi.

Aujourd’hui, la compagne de François Hollande s’amuse d’autant plus de leur réaction qu’elle reçoit moult messages de soutien. Député de la Nièvre et membre de la majorité hollandaise, Gaëtan Gorce a même pris sa défense par écrit. Pour lui, ces messieurs ont fait « machos nul ! » Et de dénoncer leurs « réactions déplacées », leur « vision datée de la politique ». « Que notre parti puisse, au final, choisir une femme pour le représenter serait un formidable pas en avant », conclut-il.

Mme Royal, forte de ses bons sondages, s’amuse donc des réactions que suscite son succès médiatique, « alors que je n’ai pas dit, comme d’autres candidats, que je serai candidate coûte que coûte, mais seulement si j’étais la mieux placée ». Pour François Hollande, expliquent certains de ses proches, la candidature de sa compagne n’est pas une mauvaise affaire. En multipliant les prétendants dans son camp, il pourrait, le jour venu, apparaître comme le meilleur rassembleur. Dans la majorité, certains y voient aussi une manière de contester à Martine Aubry le monopole de la candidature féminine. Mais « personne n’a peur de Ségolène Royal », affirme Jean-Christophe Cambadélis, le lieutenant de DSK.

Il est vrai qu’elle n’a pas de troupes dévouées comme les autres présidentiables et que sa popularité dans le parti est moins forte qu’à l’extérieur. Mais tout de même : après sa première déclaration au Monde (« Toute annonce de candidature de ma part serait prématurée », déclarait-elle le 7 septembre), des membres de la majorité s’étaient émus auprès de François Hollande du brouil-lage causé par ces déclarations, alors que lui-même répète que le Congrès de novembre ne doit pas servir de pré-désignation du candidat pour 2007. Le premier secrétaire leur aurait alors promis qu’elle rectifierait le tir dans une prochaine interview.

Mais les deux pages d’entretien dans Match, agrémentées d’une double page photo avec sa fille Flora, n’ont pas été interprétées comme une mise au point. Au contraire ! Elle n’est pourtant pas la seule à s’afficher en famille : la semaine précédente, Jack Lang posait avec ses petites-filles dans le même magazine. Quant à Laurent Fabius, il avait lui-même présenté ses fils au public il y a environ un an.

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Ecoutez aussi (jusqu’au lundi 3 octobre inclus) le portrait du jour Une femme à la présidence que Marc Kravetz avait fait le mardi 28 septembre sur la chaîne radio France Culture. Il insistait sur le fait que beaucoup de pays du Sud peuvent rire de cette vague d’hostilittés machistes que l’annonce de la candidature de Mme Royal a déclenché. Dans ce domaine, ce ne serait pas la France qui est un pays en voie de développement ?

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