Le rôle des femmes dans la dégradation et la gestion de l’environnement au Togo

Au Togo, les ressources végétales s’appauvrissent, le cadre de vie aussi bien rural qu’urbain se dégrade. Quels sont les dégâts environnementaux causés par les tâches féminines ? Quel rôle peuvent-elles jouer dans la protection de leur environnement ? Quels sont les éléments essentiels que doivent prendre en compte la lutte contre la pauvreté des femmes sous la contrainte du respect de l’environnement ?

Au Togo, comme dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les femmes représentent la fraction la plus importante de la population (51,3%). Elles sont très inégalement réparties sur l’ensemble du territoire national, on en dénombre 75% en milieu rural contre 25 % seulement en milieu urbain. Dans l’agriculture, elles constituent près de 60% des actifs agricoles et sont présentes à toutes les phases des travaux agricoles où elles sont responsables de 40% des labours, 70% du sarclage et des récoltes, 80% des semis et 90% des activités de transformation agricole. Elles sont présentes dans bien d’autres activités et leur rôle dans les tâches domestiques est prédominant sur celui des hommes. Elles jouent un rôle irremplaçable en tant que mère et épouse.

Mais malgré leur rôle au plan social et dans les activités de production, elles font l’objet d’un certain nombre d’exclusion et d’interdits sociaux qui font d’elles les premières victimes de la pauvreté. Déplorable !

A l’heure actuelle, il est indéniable que toute avancée en matière de développement durable au Togo passe nécessairement par l’amélioration des conditions de vie des femmes, qui constituent un groupe social majoritaire, classé parmi les plus vulnérables. Cette vulnérabilité fait référence au manque de recours, à l’insécurité et à toutes les formes de risques auxquels elles sont exposées quotidiennement. Nous savons que le concept de développement durable est intimement lié aux préoccupations relatives aux ressources naturelles et à l’environnement qui doivent être bien gérés pour ne pas compromettre le potentiel de croissance pour les générations futures.
De ce fait, la lutte contre la pauvreté des femmes sous contrainte du respect de l’environnement doit prendre en compte trois éléments essentiels :

- * le rôle de la femme dans la dégradation de l’environnement


- * l’impact de la dégradation de l’environnement sur la situation économique précaire ou la pauvreté des femmes

- * le rôle des femmes dans la gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement

Le profil de l’environnement végétal au Togo

Les ressources végétales occupent les terres émergées qui constituent 95% du territoire national. Il aurait été très intéressant d’étudier la répartition de ces formations végétales, mais très peu de travaux ont été consacrés à ce sujet. Voici ci-dessous la répartition des ressources végétales sur le territoire national de 1981 : les terres et les formations végétales avec leur superficie (en 1000 ha) et leur superficie en % de la superficie totale du pays [1]

Superficie totale des terres : 5 407 ha / 95%

Superficie totale des eaux continentales : 255 ha / 5%

Forêts et Terres boisées productives : 403 ha / 7%

Forêts et Terres boisées non productives : 1 281 ha / 23%

Aires protégée : 793,288 ha / 14%

Jachères et formations arbustives : 3 720 ha / 66%

Ces chiffres montrent assez clairement la faiblesse des forêts productives (7%) et l’importance des jachères et formations arbustives (66%) et des forêts et terres boisées non productives (23%). Les aires protégées vastes de 793 288 ha, soit 14% du territoire, sont en constante dégradation, suite à une forte pression démographique, sans doute exacerbée par la pauvreté des populations rurales et même urbaines et les incendies répétés. Les formations végétales recensées sur le territoire comprennent les formations naturelles et les plantations.

Une déforestation soutenue

Le Togo présente toute une mosaïque de formations végétales naturelles que lui permet sa diversité climatique. Sur la base des données d’inventaires de 1989 actualisées jusqu’en 1997, il existerait une superficie totale de 34 733 ha de plantations forestières tous âges et toutes essences confondus. Selon les estimations de la FAO en 1980, les formations forestières du Togo qui couvraient une superficie de 449 000 ha en 1970, étaient réduites à seulement 288 000 ha en 1980, soit un taux de déforestation de 16 000 ha en moyenne par an. Entre 1979 et 1994, les différentes formations végétales, à savoir : les forêts denses semi-décidues, la forêt de montagne, la forêt dense sèche, le recru forestier, les savanes arborées, les savanes arbustives, les zones de cultures et autres, ont été sévèrement affectés.

Cette évolution défavorable des formations végétales entraîne des conséquences dommageables. La disparition de la forêt entraîne la perte des services écologiques dont elle est pourvoyeuse et qui sont très importants pour un développement durable (PNUD 1999). Il suffit de savoir par exemple, que les forêts de montagne jouent le rôle de protection des bassins versants, de régularisation des eaux des rivières et fleuves, qui sont si indispensables à la productivité de l’agriculture et de l’élevage et des barrages hydroélectriques pour se rendre compte de la gravité du problème causé par leur disparition. Sans entrer dans l’analyse des aspects économiques de ces services, il convient de signaler que, d’une façon générale, la forêt assure :
- * la protection et la stabilisation des ressources en sols et en eaux ;

- * la conservation de la biodiversité biologique ;

- * le stockage du carbone et la réduction du réchauffement planétaire ;

- * les loisirs et l’agrément ;

- * la protection des zones littorales et des pêcheries continentales et côtières ;

- * l’appui à la productivité de l’agriculture ;

- * et l’absorption des pollutions aéroportées des industries.

Les facteurs de cette déforestation alarmante sont essentiellement l’agriculture itinérante, la production de combustibles ligneux (bois de chauffe et charbon de bois) et les feux de brousse.

Le cadre de vie : pollutions rurales et urbanisation peu contrôlée

A l’heure actuelle, ce qui caractérise le plus le cadre de vie, aussi bien en milieu rural qu’urbain est sa dégradation. L’inobservation des règles d’hygiène constitue un problème surtout en milieu rural.
La défécation dans la nature, notamment aux abords des points d’eau (puits, rivières, retenues d’eau), ainsi que les pratiques de lessive et de baignade dans les rivières, l’abreuvage et la pâture des animaux dans les rivières et les retenues d’eau, la mauvaise gestion des eaux usées et des eaux de pluie conjuguée au manque d’éthique hygiénique, constituent autant de facteurs de pollution des eaux en milieu rural au Togo. Une autre source de pollution est l’utilisation des pesticides et des engrais, surtout dans les zones où sont pratiquées les cultures de décrue. Ces pratiques entraînent la dissémination de polluants chimiques, la propagation de germes pathogènes, la prolifération de maladies et des infections d’origine hydrique, qui réduisent la capacité de travail des individus les plus pauvres, qui ne peuvent s’offrir le luxe des dépenses élevées en soins de santé.

Le milieu urbain, lui, se caractérise par une société urbaine émergente, la faiblesse des capacités d’intervention des municipalités, le manque de concertation entre les acteurs institutionnels, créant ainsi des dysfonctionnements aux plans du contrôle de l’urbanisation, de la mise en place des équipements, de la mobilisation des ressources financières et de l’implication de la population à la gestion participative des affaires de la cité. L’absence d’une politique de l’habitat social accentue le besoin de maisons individuelles. Les impacts sociaux des politiques d’ajustement structurel et la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994, ont renforcé la précarité des conditions de vie, ce qui se traduit par une diminution du pouvoir d’achat des ménages et une accentuation de la paupérisation urbaine.

Les femmes dans la dégradation et la gestion de l’environnement

La femme, principal agent du prélèvement des ressources forestières (bois) est l’instrument qui assure le fonctionnement du mécanisme économique, victime qu’elle est de sa pauvreté et du partage des tâches au sein des ménages. En effet, elle est poussée dans ce rôle, d’abord du fait de son rôle au sein de la famille - c’est à elle qu’incombe la responsabilité de cuisiner et donc de trouver la source d’énergie nécessaire : elle prélève les combustibles ligneux pour son autoconsommation ; elle y est poussée ensuite par la nécessité de survivre, par la pauvreté qui l’étreint, la rive à cette source d’énergie ou l’entraîne dans les circuits de la commercialisation du bois, à la recherche d’un revenu monétaire qui lui permettrait d’améliorer son pouvoir d’achat. Espoir vain, car elle se trouve enrôlée dans le cercle vicieux de la pauvreté : la dégradation que son activité fait subir aux formations végétales rend la nature moins clémente à son égard, elle s’appauvrit plus qu’avant, et sollicite davantage la forêt, qui, est ainsi soumise à une dégradation plus intense.

Pour desserrer l’étau, il faut agir à la fois sur la demande dans le sens d’une diminution de la pression qu’elle exerce sur les ressources en bois d’énergie et sur l’offre dans les sens de l’accroissement de la restitution par les activités de plantation et de reboisement. Sans minimiser l’importance de la voie d’une réglementation administrative souple, applicable et contrôlable.

En décembre 1998, le gouvernement a adopté une Politique Nationale de l’Environnement élaborée dans le cadre du processus du PNAE (Plan National d’Action pour l’Environnement). Les objectifs visés par cette politique sont :

- * promouvoir une gestion rationnelle des ressources naturelles et de l’environnement dans tous les domaines de l’activité et


- * consolider les mesures de redressement économique destinées à asseoir le développement sur des bases écologiquement viables.

Les principes sur lesquels repose cette politique, sont au nombre de sept :

1. la responsabilisation
2. la concertation
3. la participation
4. le partenariat
5. la coopération
6. l’intégration et
7. la coordination tant au niveau local, régional, national qu’international.

Pour atteindre le premier objectif de cette politique, le gouvernement a mis en place le Programme National de Gestion de l’Environnement (PNGE) étalé sur trois phases successives de cinq ans chacune.

C’est dans le cadre du PNGE que les femmes pauvres qui sont à la fois victimes et agents de la détérioration des ressources naturelles et de l’environnement pourront être associées à leur gestion, en application des principes de responsabilisation, concertation et participation. Sensibilisées, informées et formées, elles pourront apporter leur contribution en tant que productrices, consommatrices et éducatrices des enfants, dans la gestion des ressources naturelles et de l’environnement pour un développement durable.

Bibliographie :

Ministère de l’Environnement et de la Protection Forestière : PNAE, 1998
PNUD, Rapport sur le développement humain durable au Togo,
1999
PNUD/FAO, Etude économique du secteur forestier et de faisabilité pour la création d’un fonds de développement durable forestier au Togo, 1999

Sigles :
FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
PNAE : Plan National d’Action pour l’Environnement
PNGE : Programme National de Gestion de l’Environnement
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

[1] Source : PNAE 1999, citant FAO/PNUD (cité dans PNUD 1999)

P.-S.

Massan d’ALMEIDA (newsletter AWID.org)/ Les Pénélopes

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