Le tourisme de prostitution, une industrie mondialisée florissante

Mélanie Claude, doctorante en sociologie travaillant sur la question de la pornographie et de l’hypersexualisation des jeunes, vient de publier "Prostitution et traite des êtres humains, enjeux nationaux et internationaux", sous la direction de Mélanie Claude, Nicole LaViolette et Richard Poulinle. Elle y aborde notamment le thème du "tourisme de prostitution" en pleine expansion, et qui toucherait femmes et enfants à travers le monde. Les retombées économiques locales et nationales de ces pratiques expliqueraient l’absence des réactions gouvernementales pour la mise en place de véritables mesures sociales préventives.

Le tourisme sexuel est un phénomène mondial. Facilité et consacré par l’industrie du tourisme, bien peu de pays échappent à ce type de voyage à caractère sexuel. Berceau du tourisme de prostitution, la Thaïlande, les Philippines, la Corée du Sud et le Vietnam ne sont désormais plus les seuls lieux prisés. À ces derniers s’ajoutent, entre autres, le Cambodge, l’Indonésie et la Chine. En Afrique, le tourisme de prostitution est en plein essor. Certaines villes du nord du continent sont particulièrement touchées, comme Le Caire, Casablanca et Marrakech. Les touristes sexuels parcourent également le Sénégal, la Gambie, la Zambie, la Tunisie et Madagascar. En Europe, la légalisation de la prostitution en Allemagne, en Grèce, en Hongrie et aux Pays-Bas a engendré une augmentation du nombre de touristes ayant des motivations d’ordre sexuel. En Amérique du Nord, le tourisme de prostitution se pratique dans les grandes métropoles, telles que Montréal, Toronto, Vancouver et Las Vegas. En Amérique latine, l’exotisme et la sexualité se conjuguent. Le Costa Rica et le Brésil sont devenus des destinations populaires pour le tourisme prostitueur d’enfants.

On estime en 2003 que 62% des enfants prostitués costaricains ont été la proie de touristes sexuels. Pour leur part, la République dominicaine, Cuba et la Jamaïque comptent parmi les pays où le tourisme sexuel féminin est en croissance.

Alors que les lieux les plus visités par ces touristes sexuels se trouvent majoritairement dans les pays en voie de développement, on constate que les voyageurs en quête de nouvelles sensations sexuelles proviennent pour leur part surtout des pays industrialisés, essentiellement de l’Australie, des États-Unis, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, du Japon, des Pays-Bas et du Canada. À cette liste s’ajoutent certains pays nouvellement industrialisés comme la Corée du Sud, Singapour et Taiwan.

Certains auteurs estiment qu’il existe dans le tourisme de prostitution un archétype des rapports coloniaux. Inspirés par certains mythes racistes et sexistes, les voyageurs avides d’expériences sexuelles cherchent à actualiser les stéréotypes de la femme asiatique soumise, de la femme africaine sauvage ou de l’homme noir chaud dont le sexe serait surdimensionné. En ce qui a trait aux rapports de pouvoir entre l’Occident et ses colonies, ils se perpétuent dans les relations inégales entre les touristes du Nord et les femmes et les enfants prostitués du Sud. Selon Franck Michel, le nouveau colonisateur ne se caractérise plus par son casque colonial ; il l’a troqué pour le short à fleurs. Bref, la conquête n’est plus celle de l’espace géographique, mais celle de l’espace corporel.

Prostitution et traite des êtres humains, enjeux nationaux et internationaux, sous la direction de Mélanie Claude, Nicole LaViolette et Richard Poulin, Les éditions l’Interligne, Collection « Amarres », Ottawa, 2009.
Extraits des pages 243 à 254.

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Pour consulter l’extrait plus complet : Sisyphe

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