Le viol en Inde : un crime trop souvent impuni

Genre en Action souhaite ici publier un article écrit par Kamala Marius, Enseignante chercheure à l’Université de Bordeaux 3 et à l’Institut Français de Pondichéry (Inde). Cet article traite du décès de la jeune étudiante de 23 ans qui avait été victime d’un viol collectif et d’une agression extrêmement violente dans un bus fin décembre 2012.

En raison de ce viol collectif du 16 décembre 2012 qui a provoqué par la suite la mort de la victime, l’Inde vit sans doute un tournant de son histoire. La réaction de Delhi a été très virulente en ce qu’elle a mobilisé avant tout les femmes, mais aussi pour la première fois, les hommes de toutes les couches de la société, toutes castes, classes et communautés confondues. C’est ce qui explique son énorme médiatisation.

Pendant longtemps, les nombreux viols commis sur les femmes de basse caste de la part des « dominants » que sont les politiciens, les hommes de haute caste, de la police ou encore de l’armée n’avaient pas suscité autant de réactions. Depuis la mort de cette jeune femme éduquée de la classe moyenne, les manifestations et les débats sont quasi quotidiens, sans compter dorénavant le fait que la presse relate quotidiennement l’histoire d’un viol de femmes mais aussi de fillettes. Certes, Il faut préciser que dans le contexte indien, 90% des viols commis sont avant tout des viols conjugaux ou commis par des proches de la victime, que ce soit des frères, des oncles, des cousins ou des voisins. Cela s’explique par les inégalités de genre valables de la naissance au veuvage. Dès qu’une femme n’est plus repérée comme épouse, mère, soeur, tante, elle risque aussitôt d’être considérée comme simple objet de désir. Ancré dans les psychismes masculins depuis l’enfance, ce schéma entre violemment en conflit, avec l’émancipation récente des jeunes femmes d’une classe moyenne de plus en plus importante. Le problème vient du manque criant de sensibilisation auprès des jeunes garçons, notamment par les mères qui les considère comme des rois.

Dans cette société patriarcale et masculiniste, la préférence va aux garçons comme le montre les dernières statistiques : Sur les 1,210 milliards d’habitants recensés en 2011, il manquerait donc 38 millions de femmes pour obtenir un nombre égal d’hommes et de femmes (624 millions d’hommes contre 586 millions de femmes). Une étude sur la masculinité (2011) , menée dans plusieurs pays du monde montre que la violence des hommes envers leurs partenaires est la forme la plus courante en Inde : un homme interrogé sur quatre a reconnu avoir commis des violences sexuelles au cours de sa vie, tandis qu’un homme sur cinq affirme avoir déjà forcé sexuellement sa compagne. Les Indiens sont en tête des inégalités de genre concernant la répartition des tâches domestiques. 86 % des hommes pensent que « changer les couches des enfants, leur donner le bain et les nourrir relève de la responsabilité des femmes », tandis que seuls 16% des hommes participent aux tâches ménagères quotidiennes.

Dépassé par les manifestations sans précédant, le gouvernement a sollicité en urgence un comité d’expert pour revoir les lois sur les agressions sexuelles. Actuellement, le viol est puni de sept à dix ans de prison. A partir des 80 000 suggestions du public, le comité dans un rapport (le « rapport Verma ») de 631 pages (en ligne) préconisait entre autres de reconnaître enfin le viol conjugal mais aussi de sanctionner les nombreux viols commis par les forces armées (notamment dans le Nord Est). Ce comité condamne la peine de mort au profit de la prison à perpétuité.
Cependant, allant au-delà de l’avis des juges (rapport Verma) qui avaient reçu l’aval de la société civile, le gouvernement indien puis le Président de la République -en attendant la ratification par le Parlement- viennent d’approuver en ce mois de février, un durcissement des peines pour les violeurs, allant de 20 ans de prison au lieu de 7 à 10 actuellement -sans possibilité de libération anticipée- jusqu’à la peine de mort si une victime décède ou se retrouve dans un état végétatif.

Malgré les vols quotidiens sur des fillettes et des jeunes femmes, il faut continuer à se battre pour le vote et l’application des lois préconisées par ce comité d’experts comme le prouve à nouveau les manifestations récentes. Les viols conjugaux, comme les viols commis par l’armée, mais aussi toutes les autres formes d’agressions sexuelles et non sexuelles, notamment à l’acide, doivent être condamnées et jugées. Il faut que les femmes puissent aller au bout des procédures entamées. Il faut aussi lutter contre la corruption des agents de justice que sont les policiers ou les juges, puisqu’elle étouffe purement et simplement les démarches juridiques. La société indienne ne peut plus reculer. Les femmes sont partout, dans les instances du pouvoir, dans la police, dans l’administration, dans la justice, il faut que leurs droits soient reconnus et que l’égalité entre femmes et hommes progresse pour de bon.

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