Législatives ivoiriennes 2011 : faible score des femmes

Cet article a été rédigé par Armand Kouakou Kan, économiste, diplômé d’études supérieures spécialisées en Genre et protection de la femme. Il est également chargé de la Prospective et de la Planification Stratégique, à l’APROGED (Association Pour la Promotion du Genre et du Développement), et responsable de Millennia2015 Côte d’Ivoire.

La nouvelle architecture de l’Assemblée Nationale ivoirienne aura sans doute une coloration unique : la couleur orange, celle qui constitue la teinte de fond du groupe RHDP (Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix). Les femmes y font une petite percée mais leur score reste insuffisant.

Quels sont les enseignements ?

Le contexte

Après le scrutin présidentiel du 28 novembre 2010 dernier marqué par une crise post-électorale sans précédent qui a fait environ 3000 morts dont de nombreuses femmes, ces législatives depuis près d’une décennie sont sensées consolidées un système démocratique encore trop fragile. Vue l’importance de la place du député dans la société ivoirienne et son rôle de porte voix des populations, des décisions ont été prises par le gouvernement d’Alassane Ouattara. Le découpage électorale a été modifié.

Le décret n°2011¬264 du 28 septembre 2011, portant dénomination des circonscriptions électorales pour les législatives 2011¬2016, stipule qu’il existe désormais 255 sièges à pourvoir soit 30 sièges supplémentaires. Bien que ce nouveau découpage fusse plus politique que rationnel, il a permis à de nombreux candidats, dont plusieurs femmes, de se lancer dans la course à l’hémicycle.

Une élection sans surprise

A l’annonce du boycott par le FPI (le Front Populaire ivoirien), la formation politique de l’ex-président Laurent Gbagbo, toutes les analyses des observateurs se sont fondues dans le même discours à savoir la victoire annoncée du camp Ouattara. Ainsi, le 16 décembre, la Commission électorale indépendante a annoncé officiellement les résultats des législatives ivoiriennes du 11 décembre avec une large victoire du camp présidentiel.

Sans surprise donc, l’Assemblée Nationale est aux couleurs du RDR et consacre Alassane Ouattara comme le maître du jeu politique ivoirien. Le parti du chef de l’Etat remporte presque la majorité absolue avec 127 sièges sur 255 que compte le Parlement ivoirien, suivi du PDCI de son allié, l’ancien président Henri Konan Bédié avec 77 sièges.

Par ailleurs, le taux de participation a atteint environ 36%, soit légèrement mieux que lors des dernières élections législatives en 2001 malgré l’appel au boycott lancé par les partisans de Laurent Gbagbo, l’ancien chef d’Etat désormais accusé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale.

Si en l’absence du FPI, l’enjeu de ces législatives demeurait le taux de participation pour certains analystes, pour d’autres moins nombreux parmi lesquels de organisations de défense des droits de la femme, l’enjeu restait le nombre de sièges remportés par les femmes compte tenu de leur rôle prépondérant dans l’actualité politique ces dernières années.

Faible score mais petite avancée pour les femmes

Les urnes ont livré leur verdict. On note pour le RDR, 15 femmes élues, contre sept pour le PDCI et cinq candidates indépendantes. Ce résultat représente une petite percée qui ne semble pas pouvoir atténuer la grosse déception affichée notamment par les femmes elles-mêmes, les organisations féminines et par des défenseurs des droits de la femme et de l’égalité des sexes. Les femmes n’ont gagné que huit sièges par rapport au scrutin de 2001, elles passent ainsi de 8 % en 2001 à 10,58 de représentativité à l’Assemblée Nationale ivoirienne.

Ce faible score entretient une fois de plus les illusions des femmes et des défenseurs de l’égalité et de la promotion du genre. A l’évidence, les partis politiques sont restés encore au stade des promesses. Chaque parti avait promis, avant la présidentielle et les législatives, d’accorder au moins de 30 pour cent des places aux femmes.

Une chose est certaine, ce résultat aurait pu être catastrophique si les femmes ne s’étaient pas portées de façon massive, pour une fois, sur la liste des candidatures. La commission électorale indépendante a enregistré 124 candidatures féminines. Cependant, malgré les efforts de celles-ci, les femmes ne représentent qu’environ le dixième des représentants du peuple à l’Assemblée Nationale ivoirienne. C’est une très faible moisson pour les femmes qui représentent un peu de 50% de cette population.

Les hommes font toujours la loi

Le processus de démocratisation amorcé dans les années 1990 en Côte d’Ivoire et auquel les femmes ivoiriennes ont pleinement apporté leur contribution, montre aujourd’hui, après vingt ans de multipartisme, ses faiblesses et sa difficulté à traduire dans les actes l’idéal d’égalité homme-femme qu’il était censé porter.

A la lumière de cette législative de 2011, il est possible d’affirmer que la politique n’est pas encore l’espace où s’exprime le plus les femmes en Côte d’ivoire. La principale conséquence de cette situation sera de voir le processus démocratique en Côte d’ivoire se conduire de façon presque unilatérale c’est-à-dire elle constituera encore un exercice qui est uniquement sinon principalement une exclusivité masculine.

Étant donné que la bonne gouvernance et la représentativité des femmes au sein des instances de décision sont deux conditions désormais nécessaires et suffisantes pour un processus démocratique dynamique et effectif, il est opportun de s’interroger sur la place que la société ivoirienne veut bien accorder aux femmes.

Mais, en attendant, et puisque les hommes font les lois, il serait intéressant pour la Côte d’ivoire de permettre aux femmes de faire le développement. Dans la perspective d’une démocratie réussie et d’un développement performant, encourageons les femmes à remporter massivement les futures élections municipales.

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Cet article a été rédigé par Armand Kouakou Kan.
Economiste, diplômé d’études supérieures spécialisées en Genre et protection de la femme, chargé de la Prospective et de la Planification Stratégique, à l’APROGED (Association Pour la Promotion du Genre et du Développement), responsable de Millennia2015 Côte d’Ivoire

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