Les Citronniers

Comme le dit l’un des personnages des Citronniers, « seuls les films américains se finissent bien ». Les Citronniers n’est pas un film américain, c’est une fable proche-orientale, celle du pot de fer contre le pot de terre ; mais ici, si le plus fort est celui qu’on sait, le plus solide n’est pas celui qu’on croit. Une fable au goût acide comme les citrons et suave comme la boisson qu’on en tire.

Les Citronniers a beau être une fable, tout y est - hélas - d’un réalisme désespérant. Des histoires comme celles-ci, il y en a des dizaines en Cisjordanie, où l’on cultive plutôt l’olive que le citron. C’est le choc de deux mondes : l’un où l’on cache ses bijoux dans l’oreiller, l’autre où l’on converse sur Skype avec les Etats-Unis. C’est aussi « l’histoire de cette région », une guerre sans fin pour la terre. « Il devrait y avoir une solution », s’étonne la femme de Navon, qui se sent de plus en plus proche de sa voisine. « Personne n’en a trouvé depuis trois mille ans », tranche son mari. Elle conclut : « Tu nies la réalité, comme toujours. » Le réalisateur israélien, Eran Riklis, dénonce la société qu’il connaît le mieux, celle dont il est issu. A commencer par le « mur de séparation », cette monstruosité qu’il filme avec un dégoût évident.

Salma Zidane est une veuve palestinienne, dont les trois enfants sont partis pour se marier ou tenter leur chance en Amérique. Il ne lui reste plus que son verger, hérité de son père. Son voisin, Navon, est le nouveau ministre israélien de la Défense. Rien ne les sépare, sauf la ligne verte, qui marque la frontière entre Israël et les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Monstruosité. Le lendemain de l’emménagement de Navon, Salma voit des ouvriers installer des caméras de surveillance, du fil barbelé et un mirador avec vue plongeante sur ses arbres. Des soldats et des gardes du corps, l’oreillette vissée à l’oreille, surveillent ses moindres faits et gestes. Mais ce n’est pas assez : on est en pleine Intifada et, d’après les services secrets israéliens, un terroriste pourrait s’infiltrer entre les arbres. Salma reçoit donc de l’armée l’ordre d’arracher ses citronniers. Elle devrait s’estimer heureuse : on lui promet un dédommagement. Mais elle décide de ne pas se laisser faire. Elle prend un avocat et va jusqu’à la Cour suprême, l’ultime recours dans un pays qui ne s’est toujours pas doté d’une constitution. L’armée, piquée au vif par tant d’outrecuidance, enferme Salma dans sa maison et décrète le verger « zone militaire fermée ».

Extrait de la Critique cinématographique de Libération

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