Les associations de femmes du Maghreb demandent la fin des discriminations en matière d’héritage

Plusieurs associations de femmes du Maghreb ont lancé samedi 24 janvier à Tunis un plan d’action visant à promouvoir l’égalité des parts entre hommes et femmes dans les affaires d’héritage.
"La législation ne laisse pas suffisamment d’espace pour le changement", affirment les militantes féministes. "Nous devons également changer nos moyens de défense", a affirmé l’une d’entre elles.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 29/01/09

Plusieurs associations de femmes du Maghreb ont lancé samedi 24 janvier à Tunis un plan d’action visant à promouvoir l’égalité des parts entre hommes et femmes dans les affaires d’héritage.

Ce plan est venu conclure un séminaire de deux jours organisé au siège de l’Association des Femmes Démocrates, avec le soutien du Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme (UNIFEM). Des représentantes d’associations féministes de Tunisie, du Maroc, de Mauritanie et d’Algérie sont convenues d’intensifier leurs efforts aux plans local et régional pour mettre en lumière le coût des inégalités en matière d’héritage, et affirmer qu’il s’agit bien d’une forme aiguë de discrimination envers les femmes.

Ce séminaire, intitulé "Rien ne justifie la discrimination en matière d’héritage", a souligné la nécessité de renforcer les liens entre les femmes du Maghreb et de mettre en œuvre un plan unifié visant les associations et les organisations de la société civile qui travaillent à garantir l’égalité en matière d’héritage. Les participantes sont également convenues de mobiliser experts religieux, artistes, universitaires et parlementaires.

Après avoir examiné la législation de chacun de leurs pays, les participantes ont conclu que les lois sur le statut des personnes sont entravées par l’inégalité entre les sexes qui existe dans l’ensemble du Maghreb.

Elles ont toutefois reconnu les progrès accomplis dans le domaine de l’égalité en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Une nouvelle législation permet de rédiger un testament ou de prévoir des dons, ce qui "permet aux personnes de contourner la législation en matière d’héritage et de donner à leurs filles, par le biais de ces testaments, des droits égaux à ceux des héritiers mâles", a expliqué la Marocaine Nabia Haddouch, présidente d’une association de femmes.

La Mauritanienne Aminatou bent Mokhtar, présidente de l’Association des Femmes Soutiens de Famille, s’est plainte des injustices existant dans le Code de la famille en Mauritanie.
"Notre déception a été grande après son adoption", a-t-elle déclaré, "parce qu’il a ajouté de nombreux aspects négatifs, comme la confirmation de la polygamie, bien que les pratiques et les coutumes de la société mauritanienne ne l’autorisent pas."
Mme Bent Mokhtar a ajouté que le Code mauritanien de la famille, ratifié par le Parlement en 2001, était dérivé de l’ancien code marocain, pour l’élaboration duquel les femmes avaient été exclues.
"Nous n’avons pas été invitées à participer à la rédaction de ses articles. Ce sont des leaders religieux et des responsables politiques conservateurs qui ont supervisé sa préparation", a-t-elle conclu.

"Je ne crois pas que dépendre du public nous permettra d’atteindre nos objectifs", a déclaré Hayet, femme médecin urgentiste en Tunisie. "Aujourd’hui, la ’rue’ est balayée par une vague de fondamentalisme relayée par les chaînes de télévision satellitaires arabes."
l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, les femmes n’ont jamais intenté de procès pour protester contre les discriminations en matière d’héritage, "même si la loi tunisienne souligne le droit à l’égalité."
L’avocate tunisienne Alya Chammari s’est plainte de l’absence d’ijtihad dans le système judiciaire tunisien, basé sur la charia pour les questions relatives à l’héritage.

"Nous devons également changer nos moyens de défense sur la question de l’héritage", a déclaré Khadija Cherif, avocate et ancienne présidente de l’Association des Femmes Démocrates. "Il y a des années, il y avait eu une campagne contre le port du voile, mais ses résultats avaient été inverses, et le nombre de femmes voilées n’avait fait qu’augmenter."
Elle estime qu’il serait plus efficace de rencontrer directement les décideurs et de faire pression sur eux. Elle a également soulevé la question de savoir si la discussion sur la question de l’héritage devait être initiée à l’intérieur du système religieux, ou si elle devait se fonder sur des législations établies par l’homme et sur les conventions internationales.

Pour Sanaa Benachour, professeur de droit et présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, les femmes n’ont jamais intenté de procès pour protester contre les discriminations en matière d’héritage, "même si la loi tunisienne souligne le droit à l’égalité."

L’avocate tunisienne Alya Chammari s’est plainte de l’absence d’ijtihad dans le système judiciaire tunisien, basé sur la charia pour les questions relatives à l’héritage.
"Nous devons également changer nos moyens de défense sur la question de l’héritage", a déclaré Khadija Cherif, avocate et ancienne présidente de l’Association des Femmes Démocrates. "Il y a des années, il y avait eu une campagne contre le port du voile, mais ses résultats avaient été inverses, et le nombre de femmes voilées n’avait fait qu’augmenter."

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.

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