Les complexités koweitiennes : Femmes et Politiques

Pour la première fois au Koweït,
les femmes se sont présentées aux élections et ont voté le 29 juin 2007.
Aucune femme n’a pourtant été élue. AWID explore dans cet article bref, les
complexités de la participation politique des femmes au
Koweït.

Par
Rochelle Jones

En Mai 2005, les Koweïtiennes ont
pour la première fois acquis le droit de se présenter aux élections et de
voter. Cela n’a pas été une victoire facile ou sans opposition. Toutefois,
elles sont dorénavant reconnues comme étant des participantes égales dans la
politique de leur pays, mettant ainsi fin à des décennies de frustration
pour les groupes des droits de la femme. 28 des 252 candidats au Parlement
ont cette année été des femmes et elles représentaient 57 pourcent des
électeurs inscrits [1]. Pourquoi alors aucune d’entre elles n’a été
élue ?

Une des
candidates a déclaré que les femmes du Koweït leur ont fait défaut, parce
qu’elles n’ont pas
su offrir leur soutien aux candidates au cours des élections [2]. Cependant,
d’autres candidates blâment les complexités de la politique actuelle du
Koweït pour leur échec aux élections, choisissant d’adopter un point de vue
optimiste, typique du féminisme koweïtien issu des luttes des années 60 pour
le suffrage et soutenant que les élections furent une bonne pratique pour
les femmes du Koweït.

Après un examen approfondi, il est
clair que les raisons pour le soi-disant « échec » au bureau de
vote sont complexes et ancrées dans l’histoire. Il est évident que bien que
cette fois-ci les femmes n’ont pas gagné des sièges au parlement, elles
n’ont certainement pas perdu la bataille. Plusieurs complots ont influencé
les résultats des élections et des efforts pour comprendre ce qui s’est
réellement passé aux différents niveaux, révèlent que des subtilités
politiques et culturelles sont responsables de cet échec.

LA DIVISION DES
PARTIS

À
première vue et compte tenu de l’atmosphère d’euphorie qui a précédé
l’avènement anticipé du suffrage des femmes, il semblerait étrange qu’aucune
des 28 candidates n’ait obtenu un poste lors des dernières élections.
Toutefois, les réalités politiques juste avant les élections, n’ont accordé
que peu de temps aux femmes pour préparer leurs campagnes. Très peu connues
et dépourvues d’expérience dans le milieu politique, les femmes ont eu à
faire face à une opposition ardue venant des hommes politiques vétérans.

Le
parlement a été dissout à la fin du mois de mai lorsque des législateurs
réformistes ont claqué la porte après un violent débat sur la réduction du
nombre des circonscriptions au Koweït. Suite à cela, les électeurs étaient
divisés entre l’opposition réformiste et des membres plus conservateurs du
parlement tels que les Islamistes Sunni qui ont joué un rôle crucial dans la
libéralisation du Koweït de l’Iraq, et les traditionalistes, qui sont restés
proches de leurs origines tribales [3].

Négocier l’arène politique sur un
terrain aussi semé d’embûches aurait été tâche difficile pour n’importe quel
nouveau venu. Dans ce contexte, il était presque impossible pour les femmes
de faire leur entrée en politique et d’obtenir des sièges, en particulier
parce que les opposants les plus farouches aux droits politiques des femmes,
les Islamistes Sunni, ont prouvé avoir encore une influence incroyable dans
les rues du Koweït ; ils ont ainsi obtenu 3 sièges de plus au cours de ces
élections que dans le parlement précédent, raclant un total de 17 sièges sur
50.

L’opposition qui a ciblé sa campagne sur le débat relatif au nombre
de circonscriptions, a obtenu 33 sur 50 sièges au parlement, prouvant ainsi
que les femmes n’étaient pas les seules à rechercher une réforme au Koweït.
Les réformistes ont basé leur campagne sur le nombre important de
circonscriptions, ce qui a pour conséquences des politiques de
« quartier », avec comme corollaire l’achat des votes et d’autres
types de corruption - demandant que le nombre de circonscription soit réduit
de 25 à 5.

L’ACCÈS DES FEMMES SUR LE
TERRAIN

Allant
plus loin encore, les enjeux d’ordre culturel et religieux ont aussi joué un
rôle primordial dans le résultat des élections au Koweït. Nathan Brown, du
Carnegie Endowment for International Peace et Professeur de sciences
politiques et des affaires internationales à George Washington University, a
analysé les chances des femmes de gagner, une semaine avant les
élections :

« Je pense qu’une femme qui
présente sa candidature dans une circonscription très religieuse va
rencontrer des problèmes compte tenu du conservatisme des électeurs. Il ne
s’agit pas uniquement d’amener les femmes à voter pour elles, mais aussi de
pouvoir avoir accès aux électeurs. Par exemple, les rassemblements publics
sont composés traditionnellement par des hommes uniquement ; plus récemment,
ils se font selon les sexes. Je dirai donc que pour qu’une femme gagne, il
faudra qu’elle ait le soutien des libéraux ou des circonscriptions laïques
de la société ». [4]

Juste après que les femmes eurent
reçu le droit de vote et de se présenter aux élections, les membres
islamiques du parlement ont ajouté une clause déclarant que les femmes
doivent respecter la loi musulmane lorsqu’elles votent et font campagne.
Cela a réduit l’accès des candidates aux électeurs et vice versa, et a donné
lieu à des campagnes avec des règles de jeu non équitables.

L’AVENIR DE LA PARTICIPATION
POLITIQUE

La semaine dernière, le nouveau
parlement a signé une loi longtemps attendue portant sur la reforme qui
réduit le nombre des circonscriptions à 5. Si approuvée par l’Émir, elle
aura un impact important sur l’avenir de la participation politique des
femmes. Avec un nombre élevé de circonscriptions, les enjeux abordés sont
essentiellement ciblés sur qui promeut les intérêts de certains quartiers,
ce qui ne signifie pas nécessairement une attention ciblée sur les enjeux
politiques et sociaux en général [5]. Réduire le nombre de circonscriptions
veut dire élargir essentiellement les plateformes politiques et cela peut
signifier que les candidates auront l’opportunité de sensibiliser le public
sur les enjeux qui leur sont importants et d’avoir plus de crédibilité dans
des endroits qui ont été historiquement dominés par des hommes politiques
chevronnés ayant un corps électoral farouchement loyal.

Les Koweïtiennes ont fait d’énormes
progrès dans leur lutte pour le suffrage. Prendre les résultats de
l’élection comme un échec pour les femmes, serait de nier les décennies de
bravoure et de persévérance. Ainsi, bien que les dernières élections peuvent
être considérées comme un bond en arrière pour certain-e-s, elles peuvent
également être vues comme un vecteur de changement dans la politique
koweïtienne qui prépare peut-être le terrain pour
les femmes leaders de l’avenir.

Notes :

[1] International Herald Tribune,
29 juin 2006. Les Femmes koweïtiennes votent pour la première fois.
Disponible au :
http://www.iht.com/articles/2006/06...

[2] International Herald Tribune,
30 juin 2006. Les Réformistes remportent les élections au Koweït : les femmes
perdent.
Disponible au :
http://www.iht.com/articles/2006/06/30/news/Koweït.php

[3]
Association pour les droits de la femme et le développement, 15 mai 2005. Le
Féminisme au Koweït : Un rapport sur la lutte pour la participation politique
des femmes.
Disponible au :
http://www.awid.org/go.php?list=analysis&prefix=analysis&item=00246

[4] Zvika
Krieger, Newsweek, 28 juin 2006. Le Dégel du Koweït. Disponible au :
http://www.msnbc.msn.com/id/13594699/site/newsweek/

Source : AWID Carrefour Vol.5 N°31

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