Les contrecoups de l’offensive israélienne sur Gaza

Une approche du point de vue des droits de l’homme. Jessica Montell répond à une interview de AWID. Par Kathambi Kinoti

Le conflit israélo-palestinien semble ne pas devoir connaître de trêve. Quelle que soit la position politique que l’on défende, il est indéniable que les séquelles de la récente offensive israélienne sur la bande de Gaza sont lourdes du point de vue des droits de l’Homme.

Il y a quelques semaines, alors que les combats faisaient rage, nous avons interviewé* Islah Jad, professeur et militante palestinienne. Israël a depuis annoncé un cessez-le-feu. Nous nous sommes entretenues avec Jessica Montell de B’Tselem - centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés - au sujet de cette offensive et du cessez-le-feu.

AWID : Comment expliquez-vous la récente offensive militaire d’Israël contre Gaza ?

JESSICA MONTELL : Il y a eu d’énormes pressions sur le gouvernement pour qu’il intervienne afin de faire cesser les tirs de roquettes sur le sud d’Israël. Pour B’Tselem, en tant qu’organisation de défense des droits de l’homme, la question centrale n’est pas de savoir si la décision qui a été prise de lancer une attaque sur Gaza était justifiée ou cohérente. Notre préoccupation va dans le sens de savoir si les combats ont été menés dans le respect du droit humanitaire international ; selon les lois de la guerre. Nous formulons des critiques sur la manière dont l’armée israélienne a conduit les opérations : le bombardement d’infrastructures civiles en raison de leur relation avec le Hamas, l’ampleur des forces déployées, le type d’armes utilisées, les difficultés faites aux équipes médicales pour secourir les blessés. Certes, le comportement d’Israël doit être examiné à la lumière des actions des combattants du Hamas. Israël a accusé les combattants palestiniens de mettre volontairement en danger la population civile, d’avoir attaqué des ambulances et d’établir des positions de tirs dans des hôpitaux. Tous ces faits doivent faire l’objet d’enquêtes et les responsables, répondre de leurs actes.

Ce qui est patent en revanche, c’est que la population palestinienne souffre énormément. Le nombre élevé des morts et des maisons détruites tend à faire oublier la tragédie individuelle et quotidienne que vit chaque famille. Il est choquant de constater l’absence de tout débat public en Israël sur la réalité palestinienne. Pendant les affrontements, personne ne s’intéressait aux souffrances qu’enduraient les Palestiniens de l’autre côté de la frontière. Les médias ont agi comme si cette réalité n’existait pas, ce qui explique en partie le soutien qu’a reçu l’opération militaire. Maintenant que les combats ont cessé, on s’intéresse un peu à l’aspect moral et légal et à la souffrance humaine, mais un peu seulement. La plupart des Israéliens n’est pas prête à affronter la vérité sur nos agissements à Gaza.

AWID : De quelle manière les organisations de femmes en Israël réagissent-elles à l’offensive et à ses effets ?

JM : Les organisations de femmes, à l’image de la société israélienne dans son ensemble, soutiennent dans leur immense majorité l’opération militaire. Que je sache, seule la Coalition des femmes pour la paix s’est mobilisée contre cette attaque.

AWID : Est-ce que B’Tselem ou d’autres organisations de femmes israéliennes ont travaillé avec des organisations de femmes palestiniennes, à l’occasion des événements récents ou avant, pour s’élever contre cet interminable conflit ?

JM : B’Tselem travaille principalement avec les organisations traditionnelles de défense des droits de l’homme, israéliennes et palestiniennes, mais nous ne travaillons pas de manière officielle avec des organisations de femmes palestiniennes.

AWID : Quel est la situation aujourd’hui, après le cessez-le-feu ?

JM : Le cessez-le-feu est à l’évidence fragile. Il y a toujours des tirs de roquettes en provenance de Gaza, et Israël riposte. Gaza est sous le choc. Des milliers de personnes sont sans abri ; des familles entières ont été décimées ; les infrastructures publiques sont inutilisables. La reconstruction va prendre un temps considérable et demander les efforts de toute la communauté internationale. Il va sans dire que cette situation fait peser un poids additionnel sur les épaules des femmes palestiniennes, responsables de leur foyer et de leurs enfants.

En Israël, l’omniprésence du problème de sécurité a fait que l’espace public soit occupé de manière disproportionnée par des généraux en retraites. Ainsi, pour les élections législatives qui se sont tenues la semaine dernière, les listes des trois grands partis regorgeaient de généraux et les femmes y étaient évidemment sous-représentées.

AWID : Comment envisagez-vous le règlement définitif de cet éternel conflit israélo-palestinien ?

JM : B’Tselem est une organisation de défense des droits de l’homme et non une organisation politique, nous insistons beaucoup sur cette distinction. Cependant, notre opinion est que les atteintes aux droits de l’homme continueront tant qu’une solution par la voie diplomatique ne sera pas apportée au conflit et tant que durera l’occupation israélienne. Notre tâche est de veiller à ce que cette solution diplomatique soit mise en œuvre dans le respect des droits de l’Homme.


* Voir : The war in Gaza : What is the impact on women ? [ La guerre à Gaza : quelles conséquences pour les femmes]

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