Les crimes sexuels continuent dans l’impunité en Ouganda

Des milliers de femmes ont été violées pendant la guerre civile de l’Ouganda, mais le gouvernement a déployé peu d’efforts pour les assister, notamment par des services psychosociaux et de conseils.

La guerre de deux décennies au nord de l’Ouganda entre le gouvernement et les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) a entraîné le déplacement interne d’environ 1,5 million de personnes et la mort de milliers de gens. Les femmes qui étaient dans les camps des personnes déplacées internes (PDI) ont souffert de violences sexuelles de la part des soldats du gouvernement et de la part des civils.

Bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels sur le nombre de femmes touchées, les rapports montrent que cela a été un fait répandu. Les rebelles sont bien connus pour l’enlèvement des enfants utilisés comme des enfants soldats et pour celui des filles utilisées comme esclaves sexuelles.

La guerre a touché le nord et le nord-est de l’Ouganda jusqu’en 2007 au moment où les rebelles de la LRA ont été exclus de la RDC (République démocratique du Congo) après l’échec des négociations de paix avec le gouvernement, sous la médiation du gouvernement du Sud-Soudan.

Un récent programme de relèvement post-conflictuel du gouvernement lancé l’année dernière manque une composante abordant les conséquences sur les victimes de violences sexuelles pendant la guerre.

En outre, les recommandations, demandant des réparations pour les victimes des violences sexuelles, faites par une commission d’enquête sur les violations des droits humains en Ouganda, couvrant la période depuis l’indépendance en 1962 au deuxième régime d’Obote (1980–1985), n’ont jamais été mises en œuvre.

Des sanctions insuffisantes

Et selon un rapport de suivi de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies (RCSNU) sur l’Ouganda, publié le 9 novembre par le ’Center for Women in Governance’ (CEWIGO - le Centre pour les femmes dans la gouvernance) basé à Kampala, plusieurs cas de violences sexuelles en Ouganda ne sont pas poursuivis. La RSCNU 1325, qui a célébré son 10e anniversaire le mois dernier, a reconnu, pour la première fois, les violences basées sur le sexe pendant un conflit comme un crime de guerre et un crime contre l’humanité.

Le rapport, destiné à suivre le progrès de l’Ouganda sur l’application de la résolution, a constaté que de nombreux cas ne sont pas signalés. Le viol est l’infraction sexuelle la moins signalée en Ouganda et le droit ougandais ne reconnaît pas encore le viol conjugal.

De ces cas signalés, environ la moitié fait l’objet de poursuites et très peu sont passibles de peines au bout du compte.

En 2009, l’Ouganda a enregistré et examiné 619 cas de viol. Parmi ces derniers, 37 pour cent (228 cas) ont fait l’objet de poursuites et cinq pour cent seulement ont été sanctionnés. Plus de sept mille cas de viol d’enfants ont été signalés et seuls 467 de ces cas ont abouti à une peine. De même, 550 femmes ont signalé une atteinte à la pudeur et 79 cas seulement ont été sanctionnés.

Une injustice aux victimes de violences sexuelles

Maude Mugisha de CEWIGO déclare que la plupart des familles ne peuvent pas se permettre d’emmener les victimes pour l’examen médical ou de déplacer la police sur le lieu du crime. En conséquence, elles optent pour la négociation avec l’auteur de l’infraction. La justice pénale en Ouganda demande à toute personne ayant été victime de violence sexuelle d’avoir un test médical, ce qui joue sur la réussite ou l’échec d’un procès.

Cependant, seuls les chirurgiens autorisés de la police peuvent procéder à l’examen. Non seulement les chirurgiens de la police sont insuffisants mais les victimes doivent également payer entre 15 et 25 dollars pour être examinées.

"Ceci est la plus grande injustice à laquelle les survivantes de violences sexuelles sont soumises en Ouganda", déclare Judy Kamanyi, une consultante en questions de genre et de développement.

Rebecca Kadaga, vice-présidente du parlement en convient. "Ça ne peut pas être seulement un chirurgien de la police qui peut examiner une victime si nous voulons rendre la justice. Les services d’examens médicaux doivent être même effectués par les sages-femmes afin que les femmes arrêtent de payer beaucoup d’argent pour accéder à la justice".

Kamanyi déclare que le gouvernement doit établir des refuges pour les femmes dont la vie est en danger et proposer un plan d’urgence pour les femmes et les enfants victimes de sévices, assurant leur sécurité.

L’accès à la justice pour les survivantes des violences basées sur le sexe est aussi limité par le fait que les infractions sexuelles sont seulement jugées au niveau des tribunaux de grande instance et que ces derniers se retrouvent dans cinq régions seulement du pays. Les victimes parcourent de longues distances pour accéder aux tribunaux et pour seulement trouver qu’il n’y a aucun chirurgien de la police présent pour l’audience. En conséquence, les cas d’infractions sexuelles peuvent prendre des années pour être entendus.

Selon le CEWIGO, ces lacunes dans le fait de rendre justice aux femmes victimes de violences sexuelles montrent que l’Ouganda est loin d’appliquer les instruments régionaux et internationaux destinés à sauvegarder la vie des femmes, surtout dans le cas des viols en temps de guerre.

Miria Matembe, membre fondateur de CEWIGO, déclare que les femmes doivent continuer à faire pression sur les gouvernements, surtout dans la région des grands lacs de l’Afrique, pour l’application de la résolution 1325.

"Cette résolution demeure extrêmement importante pour nous... Nous sommes un continent encore infesté de conflits avec des niveaux élevés de violences basées sur le sexe", déclare-t-elle.

Les rebelles de la LRA demeurent actifs en RDC, en République centrafricaine et au Sud-Soudan, où ils continuent avec les enlèvements. (FIN/2010)
Rosebell Kagumire

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Source : IPS international

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