Les dirigeants hommes au Nigeria oeuvrent à la protection de la santé de la femme

La mauvaise qualité des soins obstétricaux et l’accès restreint aux soins disponibles ou leur utilisation limitée augmente également le risque pour les femmes enceintes de développer des soucis de santé importants. Le Ministère nigérian de la Santé et le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), travaillent en collaboration pour améliorer la situation au Nigéria.

Des hommes d’honneur : Les dirigeants hommes au Nigeria oeuvrent à la protection de la santé de la femme

10/07/2007

AMBURSA, Kebbi State, Nigeria — Dans les halls du palais d’un émir, au Nord du Nigeria, les membres du Conseil des chefs traditionnels entrent dans la principale salle de réception, avec leurs robes blanches flottantes qui tombent doucement au moment où ils s’assoient. Un fonctionnaire s’est levé pour lire le message de Sarkin Kudun, Emir d’Ambursa.

« La naissance d’un enfant est un évènement universellement célébrée, une occasion de danses, de feux d’artifice et parfois de larmes de joie. Toutefois, chaque années, pour des milliers de femmes, l’accouchement n’est pas toujours un évènement joyeux, il peut être un enfer privé qui aboutit à la mort – et c’est ce que nous voulons éviter à notre communauté. »

Un discours que l’on n’a peut-être pas l’habitude d’entendre de la part d’un émir, mais un discours vraiment nécessaire. Une femme qui accouche au Nigeria est presque 100 fois plus susceptible de mourir en couches qu’une femme qui donne naissance dans les pays à revenu élevé. La mauvaise qualité des soins obstétricaux et l’accès restreint aux soins disponibles ou leur utilisation limitée augmente également le risque pour les femmes enceintes de développer une fistule obstétricale—une condition débilitante due à un travail difficile prolongé. Jusqu’à 800 000 femmes Nigérianes vivent dans ces conditions, et chaque année, plus de 20 000 rejoignent leur rang.

Le Ministère nigérian de la Santé et le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), travaillent en collaboration pour améliorer la situation. Grâce à divers partenariats, ils sont parvenus à améliorer la qualité des structures de santé de la reproduction, la formation du personnel médical, la fourniture de soins prénatals aux femmes enceintes, la distribution de produits contraceptifs ainsi que des informations sur la planification familiale. Toutefois, ici au Nord du Nigeria, société fortement dominée par les hommes, ces efforts pratiques ne sont qu’une partie de ce qui est nécessaire. Ici, pour faire parvenir les soins de santé aux femmes, il faut d’abord passer par les hommes.

« Vous savez, dans nos communautés locales, même si une femme se trouve dans un état critique, il lui faut nécessairement l’autorisation de son mari pour quitter la maison et aller à la recherche d’un traitement médical, » a déclaré Yusuf Lawal, Conseiller de l’UNFPA, dans l’état de Kebbi. « Il faut convaincre les hommes de laisser leurs femmes aller chercher un traitement. »

Travailler avec le réseau des imams pour la protection des femmes

Heureusement, le même système de valeur traditionnelle qui présente cet obstacle supplémentaire à la santé de la femme propose également un moyen de le surmonter. L’UNFPA a joint ses forces avec celle des chefs traditionnels, leur demandant leur assistance en vue de persuader les hommes nigérians de l’importance des soins médicaux modernes pour les femmes enceintes.

L’un des partenaires de l’UNFPA dans cette initiative est le Conseil influent d’Ulema et de Du’at de l’état de Kebbi – le réseau des imams ou les chefs religieux islamiques de l’Etat. Dans une région essentiellement musulmane, l’autorité religieuse des imams peut être un moyen essentiel de persuasion des hommes quant à l’importance de la santé de la reproduction.

« Il existe trois facteurs contributifs [qui sous-tendent la mauvaise volonté des hommes à laisser leurs femmes chercher des soins médicaux], » explique Sheikh Ummaru Ika, le chef de l’organisation. « Le premier est l’ignorance de son importance. Le second est la crainte que si une femme va à l’hôpital, elle pourrait perdre son utérus. Le troisième facteur est la pauvreté : les hommes craignent que cela coûte cher d’envoyer les femmes à l’hôpital. »

En réponse à ces trois problèmes, les imams ont adopté une approche sur deux fronts. Le premier est la persuasion : dans leurs sermons du vendredi à la mosquée, ils prêchent les avantages des soins médicaux des femmes enceintes et réfutent les mythes qui les entourent. Ils encouragent également leurs disciples à s’acquitter de leurs devoirs islamiques de protection de leurs femmes en s’assurant qu’il leur soit dispensé des soins corrects.

Surmonter les questions relatives au coût

Toutefois, malgré toutes les explications probantes du monde, il demeure le problème du coût – et il peut être important. Dans les hôpitaux qui reçoivent le soutien de l’UNFPA, les services de santé de la reproduction sont fournis gratuitement, mais les femmes continuent de supporter les coûts du transport vers l’hôpital même. Dans d’autres hôpitaux, les soins peuvent être coûteux. Une femme enceinte avec des complications peut payer jusqu’à 10 000 – 15 0000 naira (environ 80-100$) pour bénéficier de soins. Au Nigeria, ce chiffre représente un dixième du revenu annuel d’un citoyen moyen.

Les imams essaient également de trouver une solution à ce problème. Dans chaque village ou petite ville, dans lequel ils travaillent, une personne avec un véhicule a été désignée pour assurer le transport vers l’hôpital de toute femme en travail ou qui en a grand besoin. Chaque communauté dispose également d’une caisse de donation supervisée par l’imam lui-même, et dans laquelle les résidents peuvent faire des dons aux femmes qui pourront les retirer en cas de besoin.

Des progrès sont réalisés par petite étape – mais ils sont visibles. « Désormais, les femmes sont généralement emmenées à l’hôpital », déclare avec fierté l’Imam Mohammed Bellow. « Ce jour même, trois femmes y sont allées pour accoucher. »

Assurer le concours des puissants chefs traditionnels

L’UNFPA a toujours cherché a travailler avec les émirs locaux, les puissants chefs traditionnels, dans plusieurs régions du nord. Dans un pays de plus de 130 millions d’habitants – un vaste amalgame d’ethnicités, de religions et de cultures – les autorités traditionnelles locales ont encore une très grande influence.

« Lorsque l’émir demande que l’on fasse quelque chose, » explique Kori Habib, l’administrateur de programme de l’UNFPA au Nigeria, « les sujets le feront. »

L’émir d’Ambursa n’est pas une exception, et il a fait très bon usage de son autorité. Contacté par le Ministère de la Santé et l’UNFPA pour les aider à convaincre ses sujets de l’importance des soins médicaux aux femmes enceintes, il a répondu énergiquement.

« Ma communauté … a reconnu que c’est notre devoir d’accorder une attention particulière à la santé maternelle, » a-t-il déclaré.

L’émir a donné instruction à ses chefs de village, chefs traditionnels qui viennent juste après lui, de parler régulièrement avec leurs communautés de l’importance des soins médicaux modernes pour les femmes. Les femmes enceintes de sa région peuvent désormais s’adresser à une organisation dénommée « Ward Development Committee » (Comité de développement de quartier) qui, à l’instar des caisses communautaires gardées par les imams, fournit des fonds pour le transport à l’hôpital ou l’achat de médicaments essentiels. Enfin, sa communauté a effectivement aidé à la construction de son propre centre de santé – qui est maintenant utilisé par plus de 40 000 personnes – et à qui l’UNFPA a fait un don de matériel de santé de la reproduction, de produits contraceptifs et dispensé des sessions de formation à l’intention du personnel.

C’est un fait avéré que pour le moment, les hommes détiennent la clé des perspectives sanitaires au Nord du Nigeria. Toutefois, avec des dirigeants comme l’Ulema de Kebbi et l’émir d’Ambursa, ces perspectives s’améliorent.

— Arthur Plews

Source : http://www.unfpa.org/news/news.cfm?...

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