Les femmes à Gaza

Les femmes de Gaza subissent le conflit d’autant plus durement qu’il vient s’ajouter à une longue période de blocus économique qui a déjà aggravé très lourdement la situation humanitaire et sociale. Ce sont elles qui cherchent l’eau potable, de la nourriture et un abri pour leurs familles, quand elles ne déterrent pas leurs enfants, ensevelis sous leurs maisons,..

Pauline Chabbert, janvier 2009

Après 22 jours d’offensive israélienne à gaza, la gouvernement d’Ehoud Olmert a déclaré un arrêt unilatéral des combats, ce samedi 18 janvier, suivi par le Hamas qui accepté un cessez le feu d’une semaine tout en demandant un retrait des troupes israéliennes et l’ouverture de points de passage pour laisser entré l’aide humanitaire.

Ce cessez le feu intervient 10 jours après l’adoption par l’ONU, dans la nuit du jeudi à vendredi 9 janvier 2009 de la résolution 1860 qui appellait un cessez le feu, le retrait des troupes israéliennes "condamnait « toute violence et hostilité dirigées contre des civils et tout acte de terrorisme", et appelle "à la fourniture sans obstructions (...) de l’aide humanitaire".

Depuis, le 27 septembre et le début de l’offensive israélienne à Gaza plus de 1300 palestinien-ne-s ont trouvé la mort–selon le chef des services d’urgences à Gaza, Mouawiya Hassanein, dont dont 410 enfants et 108 femmes, et plus de 5 300 blessés.

La survie du quotidien, les femmes sont touchées de manière sexo-spécifique

Les femmes de Gaza subissent le conflit d’autant plus durement qu’il vient s’ajouter à une longue période de blocus économique qui a déjà aggravé très lourdement la situation humanitaire et sociale.
"L’alimentation et l’eau potable manquent. Les coupures d’électricité, la pénurie de carburants entraînent de graves problèmes pour les pompes à eaux alimentant les réservoirs des immeubles et les générateurs de secours des hôpitaux. Il est impossible de cuisiner ou de se chauffer."

Ce sont elles qui cherchent l’eau potable, de la nourriture et un abri pour leurs familles, quand elles ne déterrent pas leurs enfants, ensevelis sous leurs maisons, comme le raconte Islah Jad, professeure et spécialiste des questions de genre, à l’univeristé de Bir Zeit, à Ramallah. Les manques de médicaments et de médecins sur les zones des bombardements, ainsi que la destruction de plusieurs hôpitaux de condamnent chaque jour un grand nombre de blessés à une mort certaine.

La prise en otage de la société civile (25% des pertes selon les Nations-Unies) est dénoncée par la communauté Internationale et de plus en plus de voix s’élèvent pour condamner cette offensive qui met en danger les populations civiles et bafoue le droit international. Dès le 7 janvier, Amnesty International dénonçait l’utilisation de la population civile comme « un bouclier humain », par les belligérants. Les difficultés d’accès des secours et leurs conséquences sont condamnées par les Ong françaises « de facto assimilables à une punition collective ou à une action de représailles menées contre la population dans son entier, ce qui est proscrit par le droit. »

Majeda al-Saqqa animatrice socioculturelle à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza et militante féministe (« la seule femme de Gaza qui ose sortir la tête nue ») raconte dans son journal de bord les heures d’angoisses passées terrée chez elles avec sa famille à entendre tomber les bombes et la galère de de la pénurie.

Pour Ramzy Baroud « Ce qui manque dans les rapports sur les inégalités entre hommes et femmes, c’est comment un conflit, une guerre et une intervention militaire peuvent compromettre, souvent et plus que toute autre chose, les droits et le bien-être des femmes. » En effet, les femmes sont touchées de manière spécifique par les conflits. Leur rôle et les tâches qu’elles accomplissent quotidiennement pour la survie de leur famille les mettent directement en difficultés face aux problèmes d’approvisionnement en eau, en alimentation et en énergie. Le taux de chômage sur-élevé à Gaza (49%), les contraint à trouver des moyens alternatifs et à exercer des emplois informels pour assurer la survie du foyer. Le chômage, les restrictions et la violence quotidienne sont des facteurs d’augmentation des violences conjugales. Les violences conjugales ont augmenté de 154 % depuis 1999, et 60 % d’entre elles en sont aujourd’hui victimes. "Les hommes, frustrés par la situation politique inextricable et par des difficultés économiques sans fin, projettent leur colère sur les femmes et les enfants", analyse Hala Al-Sarrag, psychologue au Women’s Empowerment Project (WEP), une des rares associations féminines existant à Gaza.

Les femmes, actrices de la paix

Le rôle politique qu’elles ont joué lors de la Première Intifada donnait l’espoir d’un changement et d’une valorisation de leur statut au sein de la société palestinienne ainsi que dans les combats politiques. Cependant, la retombée du souffle de l’insurrection, la montée des forces islamistes comme le Hamas et la confiscation de l’idéologie nationaliste par ce groupe a réduit le rôle des femmes et amputé toute évolution émancipatrice. L’islamisation des mœurs engendrée par la présence du Hamas dans le quotidien des familles, au travers des écoles, ONG et hôpitaux a une influence sur le quotidien de chacune. Dans le même temps, l’élargissement de l’accès mixte à l’éducation a contribué à créer une nouvelle génération de femmes plus modernes qui se différencient de leurs aînées en émettant des souhaits nouveaux, qui contrastent avec les générations précédentes. Ainsi, de nombreuses associations et réseaux de femmes sont actives en Palestine et à Gaza telles le WLAC ( Women Center for legal Aid and Counselling,), le WAC (Women Affair Center), l’ASWAT, organisation de femmes lesbiennes palestinienne, ou la Coalition des Femmes pour la paix.

Le courage des femmes de Gaza est salué par certains observateurs qui rapportent que des rassemblements spontanée ont osé braver les bombes et défier les chars en défilant de devant les maisons visées par l’armée israélienne pour les empêcher leur destruction.

Le 28 décembre, le Commission international des femmes pour une paix israelo-palestinienne juste et durable qui rassemblent des femmes palestiniennes, israéliennes et d’autres pays du monde a lancéu n Appel pour une cessation immédiate de l’agression des forces armées israéliennes à Gaza. De même, les organisations de femmes israéliennes ont lancé un appel pour l’arrêt des combats pour car « la danse de morts et des destructions soit finir. » Déclaration d’organisations de femmes israéliennes.

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon demande une enquête approfondie sur les bombardements contre les civils et des poursuites judiciaires contre les responsables de ces actes. Amnesty International exige également des enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales sur les atteintes aux droits international, humanitaires relatifs aux droits humains, et appelle la communauté internationale à imposer immédiatement un embargo sur les armes à Israël, le Hamas et les groupes armés palestiniens jusqu’à ce que des mécanismes efficaces soient mis en place afin de s’assurer que des armes ou des munitions et autres matériels militaires ne soient pas utilisés pour commettre de graves violations du droit international humanitaire.

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