Les femmes dans l’administration publique guinéenne

Le thème intitulé « Les femmes dans l’administration publique en République de Guinée » présente une partie de l’étude réalisée pour le DEA .

COMMUNICATION DE : MICHELE SONA KOUNDOUNO
D.E.A DE SOCIOLOGIE
DIRECTRICE DE LA CHAIRE
UNESCO-GENRE/ GUINEE-CONAKRY
email de Michèle Sona Koundouno

Pour cerner ce thème, la recherche documentaire a constituée l’étape exploratoire. Bon nombre de textes spécialisés en rapport à ce sujet ont été consultés pour nous permettre de relever les principales questions soulevées en rapport aux disparités entre hommes et femmes dans l’administration publique.

Ces documents nous ont aussi permis de mettre en évidence les inégalités ou écarts qui existent du point de vue acquisition de pouvoir dans cette administration. Ce procédé nous a permis d’une part de mieux camper le sujet et davantage s’orienter, et d’autres part, cette démarche nous a permis de dégager un inventaire des données telles que les décrets et les autres actes officiels de promotion du personnel de l’administration, les statistiques des agents de la fonction publique, les ordonnances sur l’organisation de cette administration.

Les décrets et les autres actes officiels concernant la promotion dans l’administration ont servi à constituer les faits. Ces actes se trouvent essentiellement dans le Journal Officiel de la République et dans les quotidiens et hebdomadaires édités et diffusés en Guinée. La période couverte par l’investigation des données statistiques est comprise entre 1984 et 2002. Il est apparu important de partir de la guinée avant les indépendances en passant par l’ancien régime à l’administration de nos jours. Il s’agit dans le cadre de cette étude de dénombrer le nombre de femmes nommées et de déterminer les postes qui leur ont été attribués. Nous sommes partit du postulat que le nombre, la qualité et la régularité des promotions sont des indicateurs qui pourront être décelés dans ces documents.

Cette démarche a été soutenue par l’entretien semi directif. Cette technique de recherche a été utilisée pour récupérer en profondeur des informations dissimuler dans les actes, les décrets et les tableaux répertoriés lors de la recherche documentaire.

L’échantillon a porté sur soixante femmes agents de la fonction publique, elles sont ciblées sur la base du principe de la stratification. En effet, ces femmes identifiées n’occupent pas toutes des postes de responsabilité. Cette diversité au niveau des catégories choisies nous permet de cerner le processus d’intégration de la femme à travers des entrevues que réalisées auprès des agents de statuts différents. Il a été question de choisir vingt femmes occupant des postes de responsabilité, vingt femmes agents de soutien et vingt autres femmes agents d’exécution.

Dans la strate des femmes occupant des postes de responsabilité, l’objectif est de recueillir l’expérience de ces femmes sur leur parcours. Dans la seconde strate et la troisième strate, l’objectif est le même, c’est-à-dire réalisé un entretien permettant de recueillir des données sur le parcours de ces femmes. Cet échantillon de soixante cadres femmes de l’administration publique centrale est reparti de sorte que dans chaque ministère seules 3 femmes soit interviewées.

Ainsi donc les entretiens ont débuté en mi juillet pour prendre fin dans la première quinzaine du mois de septembre 2003. (A rappeler que étant venue à l’université de Besançon dans le cadre de la coopération franco-guinéenne, et travaillant sur un thème portant sur la Guinée, les données ont été collectées avant de venir en France sous les directives de ma directrice). Recueillir des données de nature qualitative présentent en effet un certain nombre d’avantages, ce qui ne doit pas cependant nous en cacher les limites auxquels l’on a pu être confronté. Je présenterai ici rapidement les uns et les autres. Le principal problème descellé dans la réalisation de ces entretiens, se situe à deux ordres, en premier lieu un ordre fonctionnel et en second lieu un ordre organisationnel.

L’ordre fonctionnel se subdivise en deux niveaux. D’une part l’inaccessibilité des lieux au niveau de certains départements comme ceux de la Sécurité, de la Présidence, de la Défense et de la Primature. D’autres part l’indisponibilité des agents au sein d’autres départements expliquent l’impossibilité de n’avoir pas touché la totalité de l’échantillon. La période d’investigation a coïncidé à une période de congé annuel qui s’étale sur une période de trois mois allant du mois de juillet au mois de septembre. Au cours de cette période, les fonctionnaires sont donc habilités à prendre un congé annuel d’une durée de 1 mois.

L’ordre organisationnel, s’articule autour de la date du 27 août retenue pour célébrer la fête nationale de la femme guinéenne. A l’occasion, le ministère en charge de la promotion féminine, des affaires sociale et de l’enfance de Guinée, a organisé une quinzaine de la femme guinéenne. Durant cette quinzaine des conférences-débats ont été organisées au palais du peuple invitant toutes les femmes à y prendre part. Il a donc été difficile de rencontrer même celles qui n’étaient pas en congé dans leurs lieux respectifs de travail.

Cependant vue l’urgence d’effectuer les entretiens, nous avons donc pris la décision de mener la recherche. Ainsi, l’échantillon ciblé 60 femmes pour l’ensemble des ministères n’a pas pu être atteint. Nous n’avons pu contacter que dix neuf (19) femmes agents de l’administration tous départements confondus.

La grille d’entretien utilisée, a été subdivisé en cinq rubriques. Cette grille d’entretien nous permet de voir en profondeur la distribution des ressources, des responsabilités et du pouvoir à travers les institutions que sont la famille, l’école, le ménage, la communauté et l’administration à l’intérieur desquels les agents enquêtés évoluent. De cette façon il est non seulement possible de saisir les évènements relatifs à chaque aspect de la vie de l’enquêté mais aussi leurs interférences par rapport au sujet.

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (1997:75) notent donc que « les techniques qualitatives paraissent incontournables pour appréhender les habitudes des dominants et les techniques sociales d’inculcation qui finissent par faire vivre les privilèges comme allant de soi et comme des avantages légitimes liés à l’excellence des personnes. Les techniques de l’entretien sont sans doute mieux à mettre en évidence les techniques d’inculcation délibérées qui passent par le langage ».

L’analyse est à la fois descriptive et explicative. La variable indépendante femme et celles dépendantes que sont enfance, école, ménage, communauté et administrations sont choisies de manière à tenir compte du caractère dynamique du processus étudié qui est la faible représentativité des femmes aux postes de prise de décision dans l’administration publique guinéenne. Il me sied pour élucider nos propos d’évoquer quelques phénomènes majeurs qui à travers la recherche documentaire ont servi de repères pour notre recherche.

Les femmes guinéennes, malgré leur poids (51%) démographique, ne constituent que 9,7% de la population active du secteur moderne. Si en 1998, sur les 51 000 agents de la fonction publique, 11 373 seulement sont des femmes soit 22,29% du personnel de la fonction publique (P.C.Ge.D,1998). En janvier 2003, il apparaît que l’effectif des agents que compte la fonction publique est passé à 52 847 personnes parmi lesquelles sont représentées 12 826 femmes soit un pourcentage de 24,27%. Le progrès réalisé par les femmes en terme d’effectif durant cette période quinquennale n’a été que de 1,98%. De cet effectif (12 826) de femmes employées du public, 16% appartiennent à l’encadrement supérieur et de soutien (hiérarchie A et B), 8,27% sont des agents d’exécution (hiérarchie C) et des contractuelles .

D’après les statistiques disponibles au conseil économique et social en 2000, on compte 11 femmes sur 45 conseillers soit 24, 40%. Sur les 31 ambassadeurs on ne compte 1 femme ; 3 femmes sur 14 à la cour suprême soit 21, 4% ; 1 femme sur 6 procureurs de la République ; 4 sur 35 présidents de tribunal et juges de paix, soit 11,4% ; 1 sur 12 présidents de conseil d’administration d’entreprises et de sociétés nationales.
Les emplois supérieurs des administrations centrales, déconcentrées et centralisées se composent de la manière suivante. Secrétaires Généraux, Directeurs de Cabinet des Ministères et Equivalents 0 femme/29 hommes soit 0% ; Chefs de Cabinet 4/25 soit 14% de femmes ; Conseillers ministériels 9/85 soit % ; Inspecteurs d’Etat et Inspecteurs Généraux 3 /11 soit 21% de femmes ; Inspecteurs Adjoints 1/8 soit 11% ; Directeurs Nationaux Directeurs généraux, Administrateurs Généraux, Directeurs de cellules 1/8 soit 11% ; Directeurs Nationaux Adjoint, Directeurs Généraux Adjoint 8/70 soit 10% ; Gouverneurs de régions 0/8 soit 0% ; Directeurs de Cabinet, Gouvernorats 0/8 soit 0% ; Préfets 0/33 soit 0% ; Secrétaires Généraux (Préfectures et communes) 1/65 soit 15%. ( MEFP : Août 2000)
Comme on le voit la Guinée semble encore loin des 30% de femmes aux postes de prise décision fixée par le conseil Economique et Social des Nations Unies pour 1995, même si celles-ci ont droit à tous les postes politiques de commandement et de direction.

Si sous la première république, seules deux femmes ont été jugés capable d’assurer les fonctions de gouverneur de région, de préfet ou de sous-préfet, il apparaît qu’en 2002 seule une femme à l’échelle décentralisée de base, dans le district de Siguiri, dirige une communauté rurale de développement (CRD). Sur les 33 secrétaires généraux de préfecture on ne compte qu’une femme.

Au niveau des membres du gouvernement, de 1958 à 2003, le nombre de femmes Ministre varie entre un minimum de 1 et un maxima de 3 dans chaque équipe gouvernementale sauf à des moments rares. Sur les 24 ministres du gouvernent de janvier 2000, il n’y a que 3 femmes soit 12, 5% et 2 femmes conseillères sur 111 conseillers ministériels. Sur les 44 secrétaires généraux et chef de cabinet on ne compte que 4 femmes soit 9,09% et 1 femme sur 22 chargés de mission. Au niveau des autres instances de décisions, on constate la même tendance avec 6 femmes directrices nationales sur les 120 directeurs nationaux et 1 femme sur les 33 directeurs d’hôpitaux et aucune femme sur les 6 Recteurs d’université. (Données de 2000).

On peut donc accepter que les postes supérieurs, par rapport au pouvoir et au prestige, concernent très majoritairement les hommes, tandis que l’on retrouve les femmes dans les emplois subalternes et/ou dans les professions d’aide, de soins et d’enseignement élémentaire. En conséquence admettre aussi que sur le plan professionnel, les postes supérieurs, par rapport au pouvoir et au prestige, ainsi que les nominations, concernent très majoritairement les hommes, tandis que l’on retrouve les femmes dans des positions subalternes. A chacun de ces constats, revient la question du politique et de l’État.

De tout ce qui précède comme constat, l’on se poserait la question de savoir comment expliquer ce décalage entre les textes et la réalité ou plus précisément la faible présence des femmes aux postes de prises de décision ?

Ce questionnement, par le biais de cette étude, constitue la phase préliminaire d’une recherche conduisant à une thèse. Par cette étude, nous voulons donc principalement la compréhension de la faible présence des femmes dans les postes de responsabilités à nomination par décret. De cet objectif premier, découlent des objectifs spécifiques. Ils se résument entre autres par la construction méthodique et rationnel de la problématique des femmes dans l’administration publique à partir d’une approche bibliographique et empirique du thème et le dégagement de la place occupée et le rôle joué par la femme dans cette administration qui représente l’un de ces cadres de vie.

Cette interrogation suscitée par ce constat, nous amène à formuler l’hypothèse que la faible représentativité des femmes à des postes de prise de décision résulterait du faible niveau d’alphabétisation à travers une contrainte éducative que nourrit la société. Le fait d’être analphabète est une hypothèse à partir de laquelle émergent d’autres parmi lesquels la domination masculine retiendra notre attention. En ce sens que le rôle et la place que les femmes assument dans cette société sont imposés et sont le fruit de la phallocratie.

L’Approche compréhensive du sujet, à travers la conceptualisation des termes récurrents de cette étude que sont : La Prise de décision et Administration, la femme rôle et place dans la société, la domination masculine et enfin l’alphabétisation nous ont permit de camper en profondeur le sujet. Le féminisme et la théorie de l’administration ont servit de cadre et de toile de fond pour objectiver ces concepts.

Le choix de ce thème répond à un double enjeu : la presque inexistence des données en rapport aux femmes dans l’administration et la faible intégration des femmes aux postes de responsabilités. Evoquer la participation des femmes aux postes de prise de décision au sein de cette structure, sur la base de nos pré analyse s’avère d’une très grande complexité et d’un très grand intérêt dans un contexte guinéen où la politique administrative guinéenne est posé sur un socle gérontocratique et fonctionne sur une rationalité habile et méthodique du pouvoir des hommes et des hommes âgés seulement les attitudes et la culture sont et demeurent profondément imbriquées. Sur ce sujet, beaucoup de choses reste à dire, le champ est encore immense.

Cet article n’a aucune prétention d’épuiser l’analyse des relations entre l’administration et les femmes. L’ambition de cet essai se limite à une interprétation préalable du processus d’intégration des femmes vis à vis de l’administration publique considéré comme exogène en Afrique et de poser d’autres hypothèses.

Il reste important d’orienter les recherches à des niveaux multiples. Le défrichement se poursuivra à travers les études prochaines.

Conakry, le 26 septembre 2005

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