Les femmes et la discrimination

Les femmes et la discrimination est le dernier ouvrage écrit par Saïda Douki Dedieu, célèbre psychiatre tunisienne, professeur émérite de psychiatrie à la faculté de médecine de Tunis et professeur associée à la faculté de médecine de Lyon. Parmi les thèmes favoris de recherche qui sont les siens, on trouve le travail et la santé mentale des femmes.

Le livre, découpé en deux grandes parties, traite de la santé mentale des femmes et de l’impact des facteurs sociaux et religieux qui y sont liés. L’auteure tente de dresser un tableau exhaustif de la condition de la femme à travers le monde et plus précisément celle des femmes musulmanes, fondé sur des études, enquêtes, statistiques et publications internationales, menées dans différents pays. Il apparaît que malgré l’évolution des sociétés survenue depuis des dizaines d’année, la condition féminine ne s’est guère améliorée voire pas du tout.

À partir de situations sociales très précises, l’analyse démontre le lien entre le statut des femmes et leur santé mentale, dépression et anxiété pouvant mener au suicide. Nombreux thèmes sont explorés : le travail, la famille, le mariage, la liberté sexuelle, la virginité, les grossesses hors mariage, la mixité, l’éducation, le travail, la fidélité, la fécondité et l’infertilité, le divorce (forme moderne de répudiation), la ménopause, la situation des femmes atteintes de maladies mentales, la situation des femmes en prison… et enfin la violence contre les femmes (les violences conjugales et domestiques, les mutilations génitales, le crime d’honneur, les femmes kamikazes). Les conclusions sont extrêmement inquiétantes et montrent par exemple une réelle régression dans certains pays.

À la lecture de cet ouvrage, l’émancipation des femmes semble être un mirage pour grand nombre d’entre elles tant les résistances au changement perdurent. La question sous-jacente est comment des sociétés entrées dans le XXIe siècle tolèrent les discriminations encore trop souvent vécues par les femmes comme des atteintes à leur dignité et à leur liberté d’être. Pour étayer ses propos, Saïda Douki Dedieu puise dans les écrits et la pensée de philosophes et chercheurs de différents bords qui corroborent la rupture, mentale mais aussi physique. Elle énonce « Un décalage entre une législation émancipatrice et une réalité sociale imprégnée de valeurs traditionnelles » qui maintient les femmes dans un état de sujétion. Les violences sont commises sous l’alibi religieux justificatif. Cet alibi est démonté au travers de citations du Coran et du Prophète et l’auteur souligne que ces violences prennent leur source dans des coutumes culturelles ou traditionnelles.
La dernière partie explore les responsabilités des hommes mais également des femmes, qui continuent à mettre les hommes de côté dans l’éducation des enfants, sans laisser de place au père, place qui dans la société arabo-musulmane est conditionnée à la relation fils-mère. Quel que soit le pays analysé, l’auteure démontre que la maternité est au cœur du destin féminin. La femme est faite pour être mère, pour s’occuper de ses enfants. En sont pour preuve les récents courants qui enferment les femmes dans ce rôle de mère, leur interdisant du même coup toute intégration dans la société professionnelle et donc l’accès à une certaine forme de liberté d’action.
Dans la culture musulmane, l’élément féminin est tenu à l’écart (absence de mixité). Naître fille est une malédiction. Des injonctions lourdes sont à porter par les filles : virginité, chasteté, pas de grossesse hors mariage. La jeune fille porte l’honneur du clan, très pesant. L’objectif pour les parents est d’anéantir tout signe de féminité et de marier au plus vite leur fille. L’ensemble de ces contraintes et de ces poids culturels entraînent confusion mentale et perte de repères. A ces contraintes « avouées » s’ajoutent l’inceste et les violences sexuelles des proches dans les jeunes années de la fille. Ces mauvais traitements ont un impact sur la santé mentale des filles qui se refusent à raconter ce qui est honteux et les entraînent dans des dérives comportementales telles que le suicide, l’abus de drogues et d’alcool. Les sociétés les plus archaïques continuent à tuer les fœtus fille et les très jeunes enfants de sexe féminin connaissent une mortalité très élevée par manque de soins.

Les sociétés occidentales ne sont pas exemplaires. Par exemple, le burn out professionnel est de plus en plus reconnu, dont l’origine est un manque de reconnaissance, une surcharge de travail, l’injustice, un manque de soutien y compris des proches, un manque de perspectives. Cela entraine des dysfonctionnements qui conduisent à l’arrêt de travail de longue durée. La femme renonce de fait à son autonomie et connaît le « repli » sur sa maladie.

Par ailleurs, l’auteure met à plat les théories anglosaxones « maternalistes », les « bonding », les « co-sleeping ». Pour elle, l’émancipation de la femme est en grand danger face à ces théories.

L’angoisse est surtout déclinée au féminin. Les facteurs de stress aux effets pathogènes sont très nombreux. La dépression est deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes et devrait encore progresser dans les vingt prochaines années et, est d’après l’OMS, le plus lourd fardeau pathologique. Au cours de son exposé, Saïda Douki Dedieu ne cesse de démontrer la corrélation entre le statut des femmes et leur santé mentale. Par conséquent, en faisant évoluer l’un, le second s’améliorera.

LES FEMMES ET LA DISCRIMINATION
Dépression, religion, société
Pre Saïda Douki Dedieu
Éditions Odile Jacob

***

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter