Les femmes et les adolescentes, grandes oubliées de la lutte contre le Sida : cela doit changer et ce n’est pas une fatalité !

Dès les années 90, l’OMS révélait que le taux d’infection à VIH/Sida augmentait plus rapidement chez les femmes. ONUSIDA, en 2011, recensait environ 2,2 millions de nouvelles infections dont 54,5% concernent des femmes. En Afrique sub-saharienne, cœur de l’épidémie, ce taux grimpe à 60%.

Les perspectives ne sont pas réjouissantes notamment pour les jeunes chez qui les inégalités liées au sexe s’accentuent. Dans certains pays africains, une adolescente a sept, huit ou neuf fois plus de risques de contracter le VIH qu’un adolescent. Comment enrayer cette évolution ? Malheureusement, aucune réponse concrète, aucune action ne sont esquissées contre cette féminisation galopante de l’épidémie.

Non les femmes ne sont pas plus enclines à contracter le virus du Sida car si les facteurs biologiques existent, ils sont marginaux. Ce sont bien les facteurs culturels, sociaux, économiques et juridiques et les différences statutaires qui sont prépondérants. La dépendance financière, le niveau d’éducation inférieur, les abus sexuels et les relations imposées ou contraintes, le système prostitutionnel et la traite des femmes comme le manque d’accès à l’information et aux méthodes de prévention assortis du déni des droits fondamentaux des femmes sont le creuset de cette féminisation de la pandémie.

Si les stratégies de lutte contre le Sida dans les pays en voie de développement se sont avérées moins efficaces qu’espéré, c’est qu’elles reposaient sur des idées reçues et contre-vérités. Non, le mariage ne protège pas du sida surtout si la femme n’a pas son mot à dire. Non, les adolescentes ou les femmes non mariées ne peuvent pas toujours compter sur le soutien de leur entourage. Oui, prôner l’abstinence pour les jeunes comme moyen de prévention est totalement inefficace ! Poser un tel interdit en niant la sexualité des jeunes favorise des prises de risques, invalide toute démarche de prévention et dénie aux jeunes filles ce droit d’utiliser une protection.
Certes, la lutte contre le sida a fait des progrès significatifs, notamment dans la transmission mère-enfant. Mais avant d’être mère, chaque femme a le droit de se protéger de cette maladie. Si le « traitement comme prévention » apporte un espoir, cette approche n’éradiquera pas le VIH/Sida car le défi n’est pas uniquement médical.

La France contribue chaque année pour environ 500 millions d’euros à la lutte contre les trois grandes pandémies dans le monde (VIH/Sida, tuberculose, paludisme). Elle doit peser de tout son poids pour exiger qu’enfin :
-  Soient prises en compte les inégalités femmes/hommes dans les domaines économique, culturel, social, et juridique tout en facilitant l’accès aux outils de prévention adaptés aux femmes et les filles et dont elles ont la maîtrise.
-  Les recherches soient poursuivies et développer pour la mise à disposition rapide et optimisée des microbicides.
-  Une communication continue sur le préservatif féminin et sa mise à disposition à coût équivalent au préservatif masculin soit organisée. Cet outil de protection des IST-VIH/Sida et des grossesses non voulues contribue à promouvoir efficacement l’ensemble des droits en matière de sexualité des femmes et des hommes.
S’attaquer aux inégalités de genre, limiter le nombre de femmes et de jeunes filles contaminées, c’est réparer –enfin- une injustice flagrante et avoir une approche globale bénéficiant à l’ensemble des sociétés, et ce, bien au-delà de la seule lutte contre le VIH/Sida. A défaut, la lutte contre le sida restera une course sans fin.
La France, au regard de son engagement, doit donc pleinement intégrer cette approche des rapports sociaux de sexe dans les politiques et programmes de lutte contre le Sida qu’elle soutient avec ce focus droits des femmes. Elle a de surcroît toute la légitimité pour défendre cette vision au plan international.

Signataires :
Carine Favier, présidente, Le Planning Familial,
Nicola Rainaud, Equilibres et Populations,
Catherine Coutelle députée, Présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, Brigitte Gonthier-Maurin, Sénatrice, Présidente de la Délégation aux droits des femmes du Sénat, Sandrine Mazetier, Vice-présidente de l’Assemblée nationale, Sylviane Alaux, députée, Marie-Nöelle Battistel, députée, Brigitte Bourguignon, députée, Danielle Bousquet, Présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Christophe Bouillon, député, Naïma Charaï, conseillère régionale d’Aquitaine, Christiane Demontés, Sénatrice, Guy Delcourt député, Sébastien Denaja, député, Olivier Dussopt, député, Chantal Guittet, députée, Adeline Hazan, Maire de Reims, Conchita Lacuey, députée, Annick Le Loch, députée, Jean-René Marsac, député, Nathalie Nieson, députée, Ségolène Neuville, députée, Sébastien Piétrasanta, député, Christine Pires Beaune, députée, Barbara Pompili, députée, Catherine Quéré, députée, Bernard Roman député, Jean-Louis Touraine, député.

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